Résurgence des ADF à l'Est de la RDC: le gouvernement appelle à la confiance et renforce les mesures sécuritaires

Une maison incendiée dans la localité de Ngite (Beni) au cours d'une attaque attribuée aux ADF
Une maison incendiée dans la localité de Ngite (Beni) au cours d'une attaque attribuée aux ADF

Le gouvernement de la République démocratique du Congo a réaffirmé sa solidarité envers les populations victimes des récentes attaques attribuées aux terroristes ADF dans les provinces de l'Ituri et du Nord-Kivu, dans l'Est de la République démocratique du Congo.

Face à cette recrudescence des violences, le gouvernement, par l'entremise de son porte-parole, Patrick Muyaya, assure que des mesures opérationnelles ont été prises afin de renforcer la sécurité dans les zones affectées. Répondant à une question de la presse, jeudi 4 juin 2026, à l'occasion d'un briefing presse, Patrick Muyaya a rappelé que les forces congolaises poursuivent leurs opérations en coordination avec l'armée ougandaise dans le cadre de la mutualisation des efforts visant à lutter contre les groupes armés.

"Je voudrais réitérer notre compassion et notre solidarité à toutes nos populations touchées, ce ne sont pas seulement les populations récemment touchées à Beni, mais également celles qui ont été touchées il y a quelques jours à Mambasa. Je crois qu'ici, évidemment, je ne dirais pas tout mais ce qui est évident, c'est que nous avons des secteurs opérationnels qui interviennent à la fois en Ituri et au Nord-Kivu. Je crois que des dispositifs de renforcement et des mesures ont déjà été prises et n'oubliez pas que nous sommes dans une mutualisation avec l'Ouganda", a-t-il expliqué lors de son intervention.

Selon le porte-parole du gouvernement, les attaques spectaculaires menées par les ADF visent principalement à semer la peur au sein des populations civiles.

" Ils agissent généralement ainsi en représaille lorsqu'ils se sentent acculés, ils posent des actes d'une extrême violence, horreurs mais pour ce qui nous concerne", a-t-il fait remarquer lors de son intervention.

Au-delà de la réponse militaire, les autorités mettent également l'accent sur l'assistance humanitaire aux victimes. Patrick Muyaya a indiqué que la situation des populations affectées fait désormais l'objet d'un suivi régulier au sein du gouvernement.

"En ce qui nous concerne, il n'y a pas seulement des mesures sécuritaires qui ont été prises sur place, à la fois en Ituri ou au Nord-Kivu autour du gouverneur militaire Somo Kakule. Il y a également un volet humanitaire. Tous les vendredis au Conseil des ministres, la ministre d'État en charge des Affaires sociales revient devant le gouvernement pour s'assurer que nous apportons l'appui nécessaire aux populations touchées", a affirmé le porte-parole du gouvernement Patrick Muyaya.

Le gouvernement appelle enfin les Congolais à maintenir leur confiance dans les institutions et dans les efforts engagés pour restaurer durablement la sécurité dans l'Est du pays. Il a également réitéré " un message de soutien, de compassion et de solidarité " à l'endroit de toutes les populations touchées par ces violences.

"Le message est donc de continuer à faire confiance au président de la République et à l'ensemble du gouvernement. Nous continuons à travailler. Il reste encore du travail à faire parce que des actes terroristes continuent malheureusement d'être commis, mais nous avons des militaires bien mobilisés et déterminés à neutraliser et éteindre cette menace", a rassuré Patrick Muyaya, porte-parole du gouvernement.

La République Démocratique du Congo reste secouée par les attaques terroristes des Forces démocratiques alliées (ADF) dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri, précisément dans les territoires de Beni, Lubero, Irumu et Mambasa. Ces islamistes, qui ont fait allégeance à l’État islamique (EI), tuent des civils depuis plus de dix ans. La violence ne faiblit pas, en dépit des opérations conjointes menées par les armées congolaise et ougandaise depuis mai 2021.

D’après un récent rapport d’Amnesty International, organisation non gouvernementale internationale de défense des droits humains intitulé « Je n’avais jamais vu autant de corps » : les crimes de guerre commis par les Forces démocratiques alliées dans l’est de la République démocratique du Congo, ce document met en évidence les attaques violentes des ADF contre des civils, les enlèvements, le travail forcé, le recrutement et l’utilisation d’enfants, ainsi que d’autres abus visant particulièrement les femmes et les filles, notamment les mariages forcés, les grossesses forcées et diverses formes de violences sexuelles.

Selon ce rapport, les actes commis par les ADF, groupe lié à l’État islamique, constituent de graves violations du droit international humanitaire, dont plusieurs s’apparentent à des crimes de guerre et à des crimes contre l’humanité. Ces attaques se produisent sur de vastes zones de l’est de la RDC, où le Mouvement du 23 mars (M23), soutenu par le Rwanda, est également impliqué dans des offensives de grande ampleur contre des civils. Alors que l’attention nationale et internationale était concentrée sur les avancées du M23 au début de l’année 2025, les ADF ont profité de ce détournement de l’attention et des forces militaires pour intensifier leurs exactions.

Selon les données du Bureau conjoint des Nations unies aux droits de l’homme (BCNUDH), en 2025, les membres des ADF ont été responsables de 465 atteintes ayant fait 1 749 victimes, dont 344 femmes et 129 enfants, dans les provinces du Nord-Kivu, de l’Ituri et de la Tshopo. Les exécutions sommaires représentent 46,45 % des cas (216), suivies des atteintes à l’intégrité physique (24 %, soit 111 cas) et des atteintes au droit à la propriété (15 %, soit 71 cas).

Clément MUAMBA