Kinshasa : le livre « La justiciabilité des lois de révision constitutionnelle en droit congolais » porté sur les fonts baptismaux

Photo d'illustration
Cérémonie de vernissage du livre par le professeur Boshab

Le monde académique et juridique congolais s’est donné rendez-vous ce samedi 25 avril 2026 à Kinshasa pour le vernissage de l’ouvrage « La justiciabilité des lois de révision constitutionnelle en droit congolais » de Me Janvier Lemere Kiyombo Makonga. Une cérémonie portée par son parrain, M. Mualu Muela, opérateur culturel, social et éducatif actif depuis trois décennies à travers plusieurs continents.

Dans ce livre à forte portée doctrinale, l’auteur aborde une question sensible et encore peu explorée en droit constitutionnel congolais : celle du contrôle juridictionnel des lois de révision constitutionnelle. En d’autres termes, Me Janvier Lemere Kiyombo interroge la possibilité pour le juge constitutionnel de vérifier la conformité des modifications apportées à la Constitution, pourtant considérées par certains comme relevant d’un pouvoir souverain échappant à tout contrôle.

Une réflexion au cœur de l’État de droit

L’ouvrage, préfacé par le Professeur Placide Moudoudou, Agrégé de droit public, Doyen honoraire de la Faculté de Droit, actuellement juge à la Cour constitutionnelle du Congo-Brazzaville, s’inscrit dans un contexte où la Constitution du 18 février 2006 a introduit des garde-fous importants pour encadrer sa propre révision. Celle-ci prévoit notamment des limitations strictes : interdiction de réviser en période d’état de siège ou d’urgence, impossibilité de modification en cas d’intérim à la présidence, ou encore protection des principes fondamentaux comme l’alternance démocratique, l’indépendance de la justice et le pluralisme politique.

Cependant, comme le souligne l’auteur, ces garanties demeurent incomplètes en l’absence d’un mécanisme juridictionnel explicite permettant d’en assurer le respect. D’où la problématique centrale de l’ouvrage : la Cour constitutionnelle peut-elle contrôler une loi de révision alors même qu’elle n’en a pas reçu explicitement compétence ?

Une approche audacieuse face aux résistances doctrinales

Dans son analyse, Me Janvier Lemere Kiyombo reconnaît les obstacles théoriques à une telle évolution.

 « Le premier obstacle, c’est la nature constitutionnelle de la loi de révision. Le contrôle de constitutionnalité suppose normalement une hiérarchie entre normes. Or ici, il s’agit de normes de même rang », a-t-il expliqué.

L’auteur évoque également l’absence d’habilitation expresse du juge constitutionnel ainsi que la conception dominante du pouvoir de révision comme un pouvoir souverain. Mais il défend une lecture plus nuancée, estimant que ce pouvoir reste limité et peut être encadré, y compris lorsqu’il s’exprime par voie référendaire.

S’appuyant sur le droit comparé, il met en lumière les leviers dont pourrait disposer la Cour constitutionnelle congolaise pour exercer un tel contrôle, contribuant ainsi à renforcer l’État de droit et la stabilité institutionnelle.

Prenant la parole lors de la cérémonie, le Professeur Evariste Boshab, qui a procédé au vernissage, a salué la profondeur intellectuelle de l’ouvrage dans un monde marqué par la rapidité et la superficialité des échanges.

« Cette œuvre scientifique pose de vraies questions, qui nous permettent de construire ici dans le présent, pour agir et faire exister un futur clair et juste », a-t-il déclaré, évoquant également les défis contemporains liés à l’intelligence artificielle et à la surconsommation de l’information.

Selon lui, la capacité à interroger les fondements du droit et des institutions demeure une spécificité essentielle de l’homme, et constitue un levier indispensable pour penser l’avenir.

Un débat ouvert pour la doctrine congolaise

À travers cet ouvrage, Me Janvier Lemere Kiyombo Makonga ouvre un champ de réflexion inédit en République démocratique du Congo. En questionnant les limites du pouvoir de révision constitutionnelle et le rôle du juge, il invite juristes, universitaires et décideurs à repenser les mécanismes de protection de la Constitution.

Plus qu’un simple travail académique, « La justiciabilité des lois de révision constitutionnelle en droit congolais » se présente ainsi comme une contribution majeure au débat sur la consolidation de l’État de droit en RDC, à un moment où les enjeux institutionnels restent au cœur de l’actualité nationale.

Pour rappel, le livre porté sur fonts baptismaux ce samedi est une réédition. La première édition a été publiée aux Presses universitaires de Lubumbashi en janvier 2025. Le livre a été prefacé par le Professeur Evariste Boshab et Postfacé par le Professeur Joseph Kazadi Mpiana. Le vernissage avait eu lieu à Lubumbashi.

La deuxième édition a été publiée aux éditions du Cygne à Paris (France) en mars 2026. L'ouvrage a cette fois-là été prefacé par le Professeur Placide Moudoudou. Agrégé de droit public, Doyen honoraire de la Faculté de Droit, actuellement juge à la Cour constitutionnelle du Congo-Brazzaville.

À propos de l’auteur

Diplômé d’études approfondies en droit à l’Université de Lubumbashi, Janvier Lemere Kiyombo Makonga est doctorant au département de droit public, où il évolue comme chercheur en droit constitutionnel. Il s’intéresse principalement aux questions de justice constitutionnelle ainsi qu’aux mutations constitutionnelles et politiques. Membre du Club des jeunes constitutionnalistes congolais, il exerce également comme chercheur associé au Centre d’études de recherche et de prospective en Afrique (CERPA), basé à Bamako (Mali), et à l’Institut pour la démocratie, la gouvernance et la paix en Afrique (IDGPA), situé à Kinshasa (RDC). Il est aussi avocat au barreau du Haut-Katanga.