Arrêté à son domicile de Kinshasa à la mi-janvier 2026 par des hommes armés, Aubin Minaku, ancien président de l’Assemblée nationale et haut cadre du PPRD de Joseph Kabila, reste depuis lors détenu dans un lieu tenu secret, sous le contrôle du Conseil national de cyberdéfense, service spécialisé rattaché à la Présidence de la République. Près de quatre mois après son interpellation, son épouse, Daddie Minaku, dénonce une détention prolongée qu’elle juge inhumaine et constitutive de violations de ses droits et libertés.
Dans une correspondance adressée à Jean-Claude Bukasa, coordonnateur de ce service, l’épouse de l’ancien président de l’Assemblée nationale attire son attention sur la situation « extrêmement préoccupante » dans laquelle se trouve son époux depuis son « enlèvement » le 18 janvier 2026. Plus particulièrement, Mme Minaku déplore le fait qu’elle ne peut pas servir la nourriture directement à mon époux, car elle est obligée de la déposer auprès des agents de sécurité qui, à leur tour, la remettent au détenu.
« Au sujet de l'alimentation, le dispositif mis en place, qui m'oblige à déposer la nourriture dans les bureaux du CNC sans possibilité de remise directe ni de vérification des conditions de transmission, a eu des répercussions visibles et préoccupantes sur l'état physique de mon époux, dont la perte de poids est manifeste. Une telle organisation ne permet ni de garantir la qualité, ni la régularité de son alimentation, et ne répond pas aux exigences minimales de dignité et de sécurité auxquelles toute personne privée de liberté est en droit de prétendre. Il s'agit d'un traitement dégradant, au regard des standards constitutionnels et internationaux en matière de respect de la dignité humaine, dès lors qu'elle porte atteinte aux conditions essentielles d'existence et à l'intégrité de la personne détenue », a déploré Daddie Minaku.
Pour elle, cette situation pèse lourdement sur sa famille, ses enfants et elle-même, ainsi que sur l’ensemble de ses proches, durement touchés par cette épreuve, dont la nature et les modalités soulèvent de sérieuses interrogations quant au respect des principes fondamentaux de l’État de droit au pays. Selon elle, sa démarche n’est guidée que par une seule préoccupation : attirer la haute attention sur plusieurs questions essentielles liées aux conditions de détention de son époux, dans l’espoir qu’une réponse juste et conforme aux valeurs de la République puisse y être apportée.
Dans sa lettre, elle dénonce une détention opaque et juridiquement préoccupante. Elle rappelle que, depuis son « enlèvement » nocturne, son époux est maintenu en détention dans un lieu tenu secret, sans qu’aucune information officielle claire ne soit fournie quant aux motifs de sa privation de liberté ni aux conditions, qu’elle qualifie d’obscures, dans lesquelles il est retenu.
« Une telle situation, caractérisée par la dissimulation du lieu de détention, l'absence de reconnaissance transparente de sa situation par les autorités compétentes et le défaut de garanties procédurales élémentaires, le place de facto en dehors de la protection de la loi. En droit, la combinaison de ces éléments caractérise une privation de liberté d'une gravité exceptionnelle, dont les modalités, marquées par l'opacité, la dissimulation et l'absence de garanties sont de nature à relever de la qualification de disparition forcée au regard des normes internationales relatives à la protection des droits fondamentaux », dénoncé Daddie Minaku.
Créé par ordonnance présidentielle en 2023 et rattaché à la Présidence de la République en tant que service spécialisé, le Conseil national de cyberdéfense (CNC), dirigé par Jean-Claude Bukasa, est depuis quelque temps sous les projecteurs dans l’environnement sociopolitique congolais, à la suite d’interpellations et d’arrestations visant notamment des officiers supérieurs et généraux des Forces armées de la République démocratique du Congo, des acteurs sociopolitiques, ainsi qu’un nombre important d’opposants et d’autres personnalités. Son activisme coïncide avec un contexte marqué par la guerre d’agression rwandaise, menée par l’entremise de la rébellion de l’AFC/M23 dans l’Est de la RDC.
Dans un récent rapport, les Nations Unies, à travers leur Bureau conjoint des droits de l’homme (BCNUDH), ont révélé le maintien en détention, depuis janvier dernier, d’un total de quarante-deux membres de partis politiques, dont des opposants. Elles précisent que ces personnes, arrêtées par des services de renseignement et par la justice militaire dont la plupart sont issues des partis Ensemble pour la République de l’opposant en exil Moïse Katumbi et du PPRD de l’ancien président Joseph Kabila sont détenues dans la prison militaire de Ndolo, à Kinshasa, tandis que d’autres sont écrouées « dans de nombreux cachots clandestins gérés par le Conseil national de cyberdéfense » (CNC), une institution pointée du doigt pour de nombreux abus à l’encontre des opposants.
En janvier dernier, Emmanuel Ramazani Shadary, Aubin Minaku et Dunia Kilanga, respectivement secrétaire permanent, vice-président et secrétaire national chargé de la mobilisation du parti de Joseph Kabila, ont été arrêtés à leurs domiciles, selon des méthodes quasi similaires, par des hommes armés en uniforme et d’autres en tenue civile.
Malgré les appels pressants d’organisations nationales et internationales de défense des droits de l’homme à la clarification de leurs dossiers, voire à leur présentation devant leurs juges naturels, ces opposants restent, selon leurs proches et leurs familles politiques, détenus au secret, en violation de toutes les procédures judiciaires.
Clément MUAMBA