Kinshasa–Limete : la rivière de l’avenue Forgerons, entre déchets et eaux usées

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Rivière Funa à Limete

Dans plusieurs quartiers de Kinshasa, l’insalubrité est devenue un problème quotidien. Les rues sont envahies par des tas d’immondices, des eaux stagnantes et, plus alarmant encore, des matières fécales à ciel ouvert. À Limete, l’avenue Forgerons illustre parfaitement cette situation.

Cette avenue, traversée par la rivière Funa en direction de l’avenue de l’Aérodrome de Ndolo, est devenue un point critique. Selon des riverains, la rivière sert fréquemment de dépotoir improvisé. De nombreux habitants y déversent leurs déchets ménagers et, plus grave encore, y font leurs besoins, particulièrement en période de pluie, lorsque les eaux de ruissellement facilitent l’évacuation.

À cela s’ajoute une pratique dénoncée par les habitants, celle de certaines entreprises de vidange qui déverseraient directement dans cette rivière les déchets collectés par leurs camions, notamment ceux issus du curage des caniveaux et des fosses. Une situation qui aggrave considérablement la pollution du cours d’eau.

« Il manque une véritable politique de gestion des déchets, car il y a un sérieux problème dans la vidange des poubelles. Les gens profitent souvent de la pluie pour évacuer les déchets de leurs maisons, ce qui contribue à la saleté quotidienne dans nos quartiers », affirme Tony Lugoma, étudiant et habitant des environs.

Plusieurs estiment que la solution serait de mettre en place de bonnes politiques publiques en matière d’assainissement et de gestion des décharges. Ce phénomène reflète à la fois un manque criant d’infrastructures sanitaires, des difficultés sociales profondes et une insuffisance d’éducation civique. 

De son côté, Kethia Mwange, directrice adjointe des ressources humaines à Zimbali Flowers et résidente du quartier, met en avant l’importance de la sensibilisation.

« Ce qui empêche de garder l’environnement propre au quotidien, je pense que cela est dû à un facteur de faiblesse au sein de la population, ou même à un problème d’ordre mental. La population congolaise n’est pas toujours disposée à maintenir un environnement propre. Cela peut s’expliquer par le fait qu’elle n’a pas été suffisamment informée des inconvénients de garder un environnement sale, ou encore par une difficulté à adopter de manière constante des comportements favorables à la propreté », estime-t-elle.

L’expert environnemental Bertin Mbuya alerte quant à lui sur les risques sanitaires. Il explique que les matières fécales contiennent des bactéries dangereuses et que les enfants qui jouent souvent dans la rue, sont exposés à une chaîne de contamination, notamment en manipulant des objets souillés avant de manger.

« Nous voyons que toutes ces eaux se déversent dans les ruisseaux et dans le fleuve dans lequel nous avons tous les poissons que nous consommons, qui vont consommer les matières fécales déjà contaminées par des bactéries pathogènes. À leur tour, ces poissons vont être consommés par nous et nous contaminer par ce qu’on appelle la chaîne alimentaire. Donc, ce sont des conséquences réelles. Parfois, on n’arrive pas à faire le lien direct entre la maman qui a jeté ces matières fécales et toute la chaîne de contamination. Il y a un grand problème de santé publique », souligne-t-il.

Selon lui, trois causes principales expliquent cette situation : un urbanisme inadapté marqué par la promiscuité, une mauvaise gestion des déchets qui obstrue les caniveaux et favorise les inondations, ainsi qu’un déficit de responsabilité collective.

Dans la même lancée, le sociologue Claude Mukuth souligne que cela peut être lié à une certaine inconscience ainsi qu’à l’absence de contrôle régulier de la part du gouvernement provincial qui devrait mettre en place des services d’hygiène capables d’encadrer la population. 

« A ce niveau, le rôle de l'éducation est d'amener ces habitants à prendre conscience de leurs mauvaises habitudes et comprendre leurs conséquences sur leurs santés », explique-t-il. 

Les conséquences sur la santé publique sont préoccupantes. Les eaux stagnantes favorisent la prolifération des moustiques, tandis que les déchets et matières fécales exposent les populations, en particulier les enfants, à des maladies telles que la diarrhée, le choléra ou encore le paludisme. Dans certains cas, ces maladies peuvent être mortelles, alertent des experts.

Lina Muyumba, stagiaire UCC