Lors de la réunion du Conseil de sécurité des Nations Unies axée sur le thème "Maintien de la paix et de la sécurité internationale : Énergie, minéraux critiques et sécurité" , la Secrétaire générale adjointe aux affaires politiques et à la consolidation de la paix de l’ONU, Rosemary DiCarlo, a souligné l’importance croissante des minéraux critiques dans l’économie mondiale.
Devant les représentants des différents pays membres de l’ONU, jeudi 5 mars 2026, elle a rappelé que ces minéraux figurent parmi les principaux moteurs de l’économie du XXIᵉ siècle. Selon elle, il y a dix ans, des ressources comme le lithium, le cobalt et le nickel avaient une importance stratégique limitée ; aujourd’hui, elles constituent la base des technologies qui alimentent l’économie numérique et la transition énergétique.
En 2023 seulement, le commerce des minéraux bruts et semi-transformés a atteint environ 2 500 milliards de dollars, soit plus de 10 % du commerce mondial. La demande pourrait tripler d’ici 2030 et quadrupler d’ici 2040. Cette hausse spectaculaire représente, selon la diplomate onusienne, une opportunité unique pour toute une génération : créer des emplois, diversifier les économies et promouvoir un développement durable.
"La forte demande en minéraux critiques alimente également la concurrence géopolitique et affecte les chaînes d'approvisionnement mondiales. L'exploitation de ces minéraux a été associée à des violations des droits de l'homme et à la dégradation de l'environnement. Il incombe tant aux pays producteurs qu'aux pays consommateurs de mettre en place des cadres de gouvernance et de réglementation pour gérer ces ressources de manière responsable, dans l'intérêt de tous. Les opportunités et les risques que représentent les minéraux critiques sont particulièrement criants dans le cas des États touchés par un conflit", a déclaré la Secrétaire générale adjointe aux affaires politiques et à la consolidation de la paix de l’ONU, Rosemary DiCarlo.
C’est dans ce contexte que la diplomate onusienne a indiqué avoir identifié trois priorités afin d’aider les pays touchés par des conflits à exploiter le potentiel des minéraux critiques. Selon elle, la réalisation de ces objectifs nécessitera une action concertée des États membres, du secteur privé, de la société civile et des Nations Unies.
"Premièrement, l’exploitation de ces ressources doit aboutir à des résultats justes et équitables. Au sein du système des Nations Unies, nous collaborons étroitement avec les autorités nationales pour les aider à renforcer les institutions qui gèrent leurs ressources naturelles, à améliorer leurs cadres réglementaires et à optimiser les retombées positives pour la consolidation de la paix. Nous aidons les gouvernements à renforcer leur capacité à négocier des accords miniers équitables, à développer leurs capacités nationales de traitement et de raffinage et à atténuer les effets néfastes de l'exploitation minière", a-t-elle fait savoir lors de son intervention.
Au sujet de la deuxième priorité, la diplomate onusienne a évoqué l’urgence et l’importance d’une action multilatérale et régionale pour renforcer la gouvernance et améliorer la traçabilité des minéraux, afin de lutter contre les flux illicites et de bâtir des chaînes d’approvisionnement plus résilientes. Selon elle, un dialogue entre les pays producteurs et consommateurs, ainsi qu’avec l’industrie et les organisations régionales, est indispensable.
"Troisièmement, nous devons déployer nos instruments de médiation pour atténuer et résoudre les conflits relatifs aux ressources naturelles. Nos médiateurs tiennent compte des considérations liées aux ressources naturelles dans les pourparlers de paix. Cela peut aider les parties en conflit à trouver des moyens de partager les avantages et à développer des relations de coopération. Avec le soutien de ce Conseil, nous continuerons de privilégier la diplomatie et de créer un espace politique propice au dialogue sur ces questions. Les perspectives qui s'offrent à nous sont considérables. L'exploitation équitable et responsable des ressources minérales critiques peut contribuer à sortir des centaines de millions de personnes de la pauvreté et à promouvoir la paix", a souligné la diplomate onusienne.
Cette session intervient dans un contexte où l’Est de la République démocratique du Congo fait face à une agression rwandaise à travers la rébellion de l’AFC/M23, qui occupe de vastes pans des provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. En toile de fond de ces agressions répétitives, Kinshasa y voit depuis longtemps des guerres économiques, selon les autorités congolaises, dont l’objectif principal serait la prédation et l’exploitation illicite des matières premières en RDC, tout en apportant un soutien militaire à des groupes rebelles, comme c’est le cas actuellement avec la rébellion de l’AFC/M23.
Du côté de Kigali, ces accusations sont rejetées. Depuis plus de trente ans, le Rwanda évoque la menace représentée par les FDLR (Forces démocratiques de libération du Rwanda), qu’il considère comme une menace à sa sécurité en raison de leur idéologie génocidaire. Quant à son soutien militaire à la rébellion de l’AFC/M23, le Rwanda l’a toujours nié, malgré plusieurs éléments de preuve, notamment des rapports d’experts de l’ONU et de diverses organisations internationales. Kigali estime que les tensions entre Kinshasa et l’AFC/M23 relèvent d’une crise interne, liée à une prétendue maltraitance de la communauté tutsie.
Ces différentes questions ont été abordées dans le cadre des processus de Washington, qui traite des tensions entre Kinshasa et Kigali, ainsi que celui de Doha, qui s’intéresse à la crise entre Kinshasa et la rébellion de l’AFC/M23. Malgré ces initiatives pilotées par les États-Unis d’Amérique et le Qatar appuyées par l'Union africaine, des résultats concrets peinent à se matérialiser, et les hostilités se poursuivent sur le terrain, mettant en danger les populations civiles et aggravant une situation humanitaire déjà précaire, dans un contexte de baisse croissante des financements internationaux pour l’aide humanitaire.
Clément MUAMBA