La mission humanitaire du gouvernement de la République démocratique du Congo est arrivée dimanche 11 janvier 2025 à Dar-es-Salam, en Tanzanie. Elle est conduite par la Ministre d’État, Ministre des Affaires sociales, Actions humanitaires et Solidarité nationale, Ève Bazaiba Masudi, et par le ministre délégué auprès du Ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, chargé de la Francophonie et de la Diaspora, Crispin Mbadu Phanzu. Cette mission, qui fait suite aux résolutions du Conseil des ministres après l’occupation de la ville d’Uvira, dans la province du Sud-Kivu, par l’AFC/M23 soutenue par le Rwanda, constitue la deuxième étape de la mission, après son passage au Burundi.
Comme au Burundi, pays d’Évariste Ndayishimiye, Ève Bazaiba Masudi, cheffe de la délégation congolaise, a indiqué sur son compte X que la délégation va apporter une assistance humanitaire aux compatriotes congolais réfugiés à Kigoma (Tanzanie), dans le cadre de la mission humanitaire et de solidarité du gouvernement. Cette mission vise également à renforcer la coordination avec les autorités burundaises et tanzaniennes, ainsi qu’avec les partenaires humanitaires, dans un contexte de crise régionale nécessitant une mobilisation accrue de l’aide internationale.
"Plus de 67.000 de nos compatriotes ont reçu de l’aide humanitaire de la part du Gouvernement Congolais sur le site de Busuma au Burundi. Un acte de solidarité nationale témoigné en vue de soulager la peine des nôtres contraints à l’exil à cause de la guerre d’agression du Rwanda. Apporter du sourire,réconfort et espoir à nos compatriotes en situation délicate notamment dans le site des déplacés au Burundi et en Tanzanie , c’est le fondement de la mission gouvernementale d’assistance humanitaire que nous conduisons avec mon collègue Crispin Mbadu", avait souligné Ève Bazaiba lors de son séjour au Burundi.
Malgré les conditions difficiles que traversent les Congolais sur les sites de déplacés en raison de la guerre d’agression du Rwanda, a-t-elle souligné, le gouvernement congolais ne ménagera aucun effort pour apporter sa solidarité et son assistance, tout en œuvrant pour le retour de la paix.
"Au nom du gouvernement de la République, nous sommes venus pour le réconfort, le réconfort moral, et que nos compatriotes sachent que nous ne les avons pas oublié et que ce qui leur est arrivé, nous arrivent à nous tous, nous sommes entrain de nous battre nuit et jour pour le retour de la paix voilà pourquoi nous sommes engagés dans les processus de Doha et de Washington pour la paix et que la paix revienne le plutôt possible, chaque minute ou seconde qui passe, c'est une souffrance de plus non seulement pour nous les congolais mais aussi pour ceux qui nous ont accueilli mais aussi pour la région et le monde entier" a fait savoir Ève Bazaiba, cheffe de la délégation
La situation humanitaire au Burundi continue de se détériorer à la suite de l’intensification des combats entre la rébellion de l’AFC/M23, soutenue par le Rwanda, et les forces gouvernementales congolaises dans l’Est de la République démocratique du Congo. Ces affrontements, qui ont précédé l’occupation de la ville d’Uvira, dans la province du Sud-Kivu, ont entraîné d’importants mouvements de populations, en dépit de l’annonce du retrait de la rébellion sous la pression des États-Unis d’Amérique.
Cette situation préoccupe vivement l’Agence des Nations unies pour les réfugiés (HCR), qui a alerté sur l’atteinte d’un seuil critique en raison de l’afflux massif et rapide de réfugiés et de demandeurs d’asile fuyant les violences dans l’Est de la RDC. Selon le HCR, depuis le début du mois de décembre, plus de 84 000 personnes en provenance du Sud-Kivu ont franchi la frontière vers le Burundi. Ce nouvel afflux porte à plus de 200 000 le nombre total de réfugiés et demandeurs d’asile congolais actuellement présents sur le territoire burundais.
Au Burundi, les centres de transit et les sites d’accueil informels sont largement saturés, certains atteignant près de 200 % de leur capacité, laissant des centaines de familles dans des conditions extrêmement précaires. La pénurie aiguë d’eau potable et d’installations sanitaires accroît considérablement le risque d’épidémies de maladies potentiellement mortelles, telles que le choléra et la variole. Le HCR souligne l’urgence d’un approvisionnement en abris, latrines, eau, nourriture et médicaments afin de répondre aux besoins essentiels des populations affectées.
Face à cette pression, le gouvernement burundais a désigné un nouveau site d’accueil à Bweru, dans la province de Ruyigi Buhumuza, à l’est du pays, pour désengorger les structures existantes. À ce jour, près de 21 000 réfugiés ont été transférés vers ce site. Toutefois, les conditions de vie y demeurent difficiles. Faute de tentes en nombre suffisant, de nombreuses familles dorment encore à la belle étoile, exposées aux intempéries et aux températures nocturnes basses, aggravées par des pluies persistantes, précise le HCR.
De l’autre côté de la frontière, dans la province du Sud-Kivu en RDC, la poursuite des violences, les attaques de drones et les bombardements ont contraint plus de 500 000 personnes à fuir leurs foyers. Beaucoup ont été déplacées à plusieurs reprises au cours de l’année. Des dizaines d’écoles servent désormais de sites d’hébergement surpeuplés, tandis que les premiers cas de choléra ont été signalés. Selon le HCR, l’insécurité persistante continue de restreindre l’accès humanitaire, limitant la capacité des acteurs à venir en aide aux populations en situation de détresse extrême. Là où l’accès est possible, l’agence onusienne et ses partenaires poursuivent leurs activités de protection et d’assistance vitale.
Cette dégradation humanitaire intervient dans un contexte marqué par l’annonce, jugée controversée par Kinshasa, du retrait de l’AFC/M23 de la ville d’Uvira. Les autorités congolaises estiment que cette déclaration vise essentiellement à détourner l’attention et à réduire la pression internationale, notamment celle exercée par les États-Unis, sur Kigali, considéré par les Nations unies comme le principal soutien de cette rébellion. Sur le terrain, l’AFC/M23 poursuit ses conquêtes territoriales et met en place une administration parallèle échappant au contrôle des autorités de Kinshasa.
Ville stratégique dans le dispositif sécuritaire du gouvernement congolais au Sud-Kivu, Uvira était passée sous le contrôle de l’AFC/M23, renforçant ainsi l’emprise de la rébellion dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Ce verrou sécuritaire est perçu comme un point clé susceptible de faciliter une avancée vers l’espace du Grand Katanga, considéré comme le poumon économique de la RDC.
Clément MUAMBA