Il s’agit de l’audience la plus longue depuis l’ouverture du procès de Roger Lumbala. De 8 h 45 à 20 h 15, les avocats généraux Nicolas Perron et Claire Thouault se sont relayés pour prononcer leur réquisitoire très attendu. Après avoir rappelé les faits et exposé le cadre juridique applicable aux crimes jugés, ils ont requis contre l’ancien chef rebelle la réclusion criminelle à perpétuité pour complicité de crimes contre l’humanité pour des faits d’exécutions sommaires, tortures, traitements inhumains, viols et pillages.
Selon eux, les témoignages des victimes, des témoins, des experts ainsi que les rapports d’enquête d’organisations internationales confirment que Roger Lumbala s’est rendu coupable de complicité, par ordre et par assistance, des crimes commis à Bafwasende, Epulu, Mambasa, Mambndima et Isiro.
« Il a fourni aux auteurs directs les moyens de commettre les crimes : munitions, rations. Il paradait en tenue, entouré de gardes armés et muni d’un bâton de commandement. Il ravitaillait les militaires en nourriture et transportait des munitions lors de ses déplacements dans les localités. Ses taxes étaient même baptisées “efforts de guerre”. Sans complicité, de tels crimes ne peuvent atteindre l’ampleur qui les caractérise », ont rappelé les avocats généraux.
Pour eux, Roger Lumbala a participé à une entreprise visant à commettre ces crimes : il aurait noué des alliances dans une logique d’occupation territoriale afin d’évincer Mbusa Nyamwisi et d’influencer les négociations politiques, espérant en tirer pouvoir et enrichissement personnel. Ainsi serait-il passé du statut de simple courtier en assurances en France à celui de ministre du commerce dans son pays, « un homme ambitieux et opportuniste », soulignent-ils.
Les avocats généraux demandent donc une réclusion criminelle à perpétuité - rester en prison durant toute sa vie - assortie d’une interdiction définitive du territoire français, une peine susceptible de l’exposer à plusieurs décennies de détention, rappellent-ils en citant des cas jurisprudentiels. Ils réclament également la confiscation des objets placés sous scellés.
« Il ne faut pas permettre à Roger Lumbala d’échapper à ses responsabilités. Il faut répondre à l’impunité par le droit », ont-ils insisté.
« Aucune paix durable sans justice », a renchéri l’avocate Claire Thouault.
Selon l’accusation, la décision de la Cour contribuera à la lutte contre les crimes internationaux et pourra servir de référence à d’autres juridictions amenées à se pencher sur les conflits armés en République démocratique du Congo, y compris « la guerre du M23, qui continue de faire couler le sang en RDC et que Roger Lumbala, dans un message adressé aux enquêteurs, a qualifiée de “mal nécessaire” ».
Claude Sengenya, envoyé spécial à Paris