Ce vendredi 11 décembre, l’heure est au réquisitoire dans le cadre du procès de Roger Lumbala qui se tient depuis le 12 novembre à la Cour d’assises de Paris. L’ex-chef rebelle et ministre congolais est poursuivi pour complicité des crimes contre l’humanité pour des faits de viols, meurtres, tortures et pillages commis par des soldats de l’opération «Effacer le tableau », entre 2002 et 2003 en Ituri et le Haut-Uélé, dans l’Est de la RDC. Même si l’accusé qui a boudé son procès depuis le début a affirmé devant les juges d’instruction qu’il n’était qu’un responsable politique dans son deal RCD-N/MLC, les avocats généraux Nicolas Perron et Claire Thouault expliquent à la Cour que Roger Lumbala tente plutôt de se soustraire de la justice.
Dans leur réquisitoire en cours depuis ce matin, ils expliquent aux juges et jurés qu’avant de bénéficier de l’appui du MLC, le RCD-N de Roger Lumbala était bel et bien un groupe armé qui avait hérité des militaires déserteurs du RCD-KML, appuyés par l’Ouganda. En quelques mois, il s’est imposé et a conquis un territoire quatre fois plus grand que la Belgique », font remarquer les avocats généraux, évoquant la volonté du RCD-N de se faire important dans un contexte qu’il fallait avoir des troupes et un contrôle effectif sur un territoire en vue d’être présent à la table des négociations, et de bénéficier par conséquent des dividendes de la transition: «des postes, des salaires et des voitures ».
Pour les avocats généraux, Roger Lumbala était bel et bien le responsable de l’opération militaire « Effacer le tableau ».
«Il se déplace dans les localités conquises…en tenue militaire, se présente dans la posture d’un chef de l’Etat dans sa république, il tient des meetings à Epulu, Mambasa et Isiro, il vante ses conquêtes, présente des objectifs militaires précis de conquérir les espaces de Mbusa Nyamwisi, il demande pardon pour les crimes commis par ses éléments et ne les attribue jamais à quelqu’un d’autre, il a un service de renseignements efficace, fait payer des taxes comme efforts de guerre,…il avait donc une connaissance sur l’opération », ont soutenu les avocats généraux. «Il avait la possibilité d’apporter des finances, de l’armement et de ravitaillement aux troupes», notent-ils, s’appuyant sur les déclarations des victimes, témoins, experts, rapports et articles de presse.
Pour eux, Roger Lumbala avait un pouvoir sur l’armée et donnait des ordres à Constant Ndima, commandant de l’armée de Jean-Pierre Bemba prêtée à Lumbala et qui s’était installé à Isiro «où se trouvait le pouvoir ».
Ils ont dénoncé l’absence de tout procès dans la zone de Lumbala en vue de sanctionner ses militaires coupables d’atrocités. Ils ont évoqué, toutefois, le cas de deux militaires du RCD-N qui avaient été exécutés à Isiro sur ordre et en présence de Roger Lumbala pour avoir commis le viol et le meurtre. Une exécution sans toute forme de procès perçue comme une réponse à la pression de l’opinion gênée par un cas de viol commis par son militaire sur une fille de 11 ans dans les rues d’Isiro.
Pour eux, l’opération « Effacer le tableau » était une opération militaire planifiée et coordonnée par le plus haut niveau de l’Etat, le niveau politique piloté par Roger Lumbala. Et menée par des anciens officiers de Mobutu, Bule et Ndima, appuyés par des officiers Ougandais.
«Les militaires n’étaient que des exécutants chargés de mettre en œuvre la volonté des politiques », ont-ils fait remarquer.
Le réquisitoire se poursuit et les avocats généraux présentent les faits au cas par cas, avant de faire un débat sur le droit et de se prononcer sur ce qu’ils attendent comme sort ou la peine à réserver à Roger Lumbala.
L’affaire va être prise en délibéré ce vendredi pour un jugement attendu au début de la semaine prochaine. Roger Lumbala encourt une réclusion criminelle à perpétuité.
Claude Sengenya, envoyé spécial à Paris