En séjour à Londres au Royaume-Uni, dans le cadre du Forum RDC-Royaume-Uni, le ministre de la Communication et Médias, porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, a abordé, devant la diaspora congolaise, la situation sécuritaire dans l'Est de la République démocratique du Congo, l'apparition de l'ancien président Joseph Kabila aux côtés de l'AFC/M23 devenue FRN, ainsi que les enjeux politiques et institutionnels liés à la crise actuelle. Il a dénoncé la complicité de l'ancien chef de l'État avec le Rwanda dans l'agression dont la RDC est victime.
Évoquant les 18 années de pouvoir de Joseph Kabila, le porte-parole du gouvernement a parlé de « 18 ans d'occupation, de complicité et de complaisance ».
« Aujourd'hui, avec l'apparition du président honoraire, je vous donne un exemple. Nous sommes à Londres, la capitale de James Bond. En fait, vous êtes dans un film, dans un thriller. On vous attaque massivement et c'est sur lui que vous comptez. C'est le président de la République. Et pourtant, c'est le premier complice. Comment sortez vous de la guerre ? Il ne va pas nous dire qu'il n'a pas été de connivence avec eux depuis qu'il était au pouvoir. Donc, nous avons eu 18 ans d'occupation, de complicité et de complaisance », a-t-il déclaré devant les Congolais vivant à Londres.
Patrick Muyaya a également relevé les contradictions dans le parcours de l'ancien président, notamment au regard de ses relations actuelles avec certains membres de la rébellion du FRN.
« Comment pouvez-vous imaginer que celui qui avait été chassé de l'armée à l'époque (NDLR : Sultani Makenga), et que c'est la même personne qui assure sa sécurité aujourd'hui ? », s'est-il interrogé.
« Comment expliquer que nous ayons eu des Mamadou Ndala qui sont morts en héros et qu'aujourd'hui, après les sacrifices de nos martyrs, celui qui était commandant suprême vienne être avec ceux qui nous ont toujours tués ? Et donc, est-ce que vous, les Congolais, vous qui êtes ici à Londres, vous pouvez accepter cela ? Parce que ce qui était grave, c'est qu'en 1997, notre chef d'état-major était Rwandais. Là, ils reviennent un peu comme dans une deuxième vague pour achever, en réalité, tous les élans que nous avons commencés », a-t-il souligné.
Face à cette situation, Patrick Muyaya a tenu à rassurer la communauté congolaise sur la détermination du gouvernement à poursuivre les efforts engagés pour rétablir la paix et préserver l'intégrité territoriale du pays. Il a notamment présenté la stratégie gouvernementale articulée autour de cinq piliers.
« Je voudrais vous rassurer, d'abord, que nous tenons et que nous avons une stratégie qui repose sur cinq piliers : le front militaire, le front diplomatique, le front économique, le front judiciaire et le front médiatique. Et si vous regardez aujourd'hui, sur tous ces fronts, il n'y a aucun front sur lequel nous n'avons pas avancé, même si une partie du pays est sous occupation » a-t-il rassuré.
En République démocratique du Congo (RDC), un nouveau mouvement politico-militaire dénommé Front pour la refondation de la nation (FRN) a vu le jour lundi 12 octobre 2026 à Goma, chef-lieu de la province du Nord-Kivu. Ce mouvement, appuyé par le Rwanda et qui succède à l’AFC/M23 est désormais présidé par Joseph Kabila Kabange, ancien président de la République. Il est secondé par Corneille Nangaa et Bertrand Bisimwa, tous deux nommés vice-présidents.
Selon la composition annoncée, Emmanuel Sultani Makenga conserve ses fonctions de chef d’état-major général de la branche armée, avec rang de vice-président. Freddy Kaniki occupe le poste de secrétaire général, tandis que Benjamin Mbonimpa, chargé des négociations de l’AFC/M23 dans le cadre du processus de paix de Doha, devient secrétaire général adjoint. Enfin, Désiré Rukomera est nommé secrétaire permanent du Collège des fondateurs.
Cette mutation de l’AFC/M23 en FRN intervient dans un contexte où, malgré les initiatives diplomatiques en cours, les processus de Washington et de Doha, appuyés par l’Union africaine, peinent à produire les résultats escomptés sur le terrain. Parallèlement, des divergences de vues persistent avec Kinshasa autour de l’initiative du dialogue national pour la paix, la stabilité et la refondation de la nation.
Clément MUAMBA