L'Assemblée provinciale de la Tshopo s'adresse directement au chef de l'État pour tenter d'empêcher ce qu'elle décrit comme une paralysie annoncée de la province. Dans une lettre datée du 6 novembre 2026, son président, Mateus Kanga Londimo, demande au président Félix Tshisekedi d'intervenir personnellement. Il souhaite que soit suspendue, dans la Tshopo, l'interdiction de naviguer imposée aux baleinières en bois, qui doit entrer en vigueur le 15 novembre.
Cette mesure a été rendue publique dans la province par un communiqué de service du 28 octobre 2026, signé par la cheffe de division provinciale des Transports, Voies de communication et Désenclavement. Elle interdit strictement, à partir du 15 novembre, aux baleinières en bois de naviguer sur le fleuve Congo, ses affluents, les autres cours d'eau et les lacs. Elle applique une instruction du vice-premier ministre chargé des Transports, Jean-Pierre Bemba, contenue dans une lettre du 6 octobre 2026. Cette instruction a été suivie d'un communiqué officiel du secrétaire général aux Transports, publié le lendemain.
L'Assemblée provinciale ne conteste pas l'objectif de la réforme. Elle dit soutenir « pleinement » la volonté du gouvernement de sécuriser la navigation fluviale et de mettre fin aux naufrages répétés qui endeuillent les populations. Elle approuve l'interdiction formelle du transport de personnes à bord des baleinières en bois.
Elle refuse en revanche l'interdiction immédiate du transport de marchandises. Pour les élus provinciaux, il faut une période de transition d'au moins un an, afin que les opérateurs économiques puissent remplacer progressivement leurs embarcations en bois par des baleinières métalliques. Le président de l'organe délibérant reproche aussi au gouvernement de n'avoir prévu aucune solution de remplacement pour maintenir le trafic fluvial.
Une province qui vit du fleuve
La lettre avance trois arguments. Le premier est la dépendance de la province au fleuve. Largement enclavée et sans réseau routier utilisable en toute saison, la Tshopo reçoit par voie d'eau l'essentiel de ses vivres, de ses médicaments et de ses biens de première nécessité. C'est aussi par là que circulent les personnes.
Le deuxième argument est l'absence de flotte de remplacement. Selon Mateus Kanga Londimo, la province ne compte « pratiquement pas » de baleinières en métal. Interdire les embarcations en bois sans alternative reviendrait donc à arrêter complètement le trafic fluvial et à isoler plusieurs territoires.
Le troisième est le contexte sécuritaire et social, que la lettre décrit comme fragile. L'élu redoute qu'une interruption du trafic entraîne des pénuries alimentaires et une forte hausse des prix, avec les risques sociaux qui en découleraient.
Ce n'est pas la première démarche de l'Assemblée provinciale. Le 14 octobre 2026, son président avait déjà écrit au vice-Premier ministre des Transports sur le même sujet. Cette lettre est restée sans réponse. Selon lui, c'est ce silence qui a conduit l'Assemblée à se tourner vers le président de la République, « en dernier recours ».
Mateus Kanga Londimo demande donc au chef de l'État d'ordonner au ministre des Transports de reporter l'application de la mesure dans les provinces comme la Tshopo. Ce report durerait le temps de mettre en place un plan de transition « progressif et réaliste ». Ce plan comprendrait le recensement des embarcations, le renforcement des normes de sécurité, l'encadrement des exploitants et une aide à l'achat progressif de baleinières métalliques.
« Nous ne voulons pas subir la crise, nous voulons l'anticiper », écrit le président de l'Assemblée provinciale. Il assure que l'institution est prête à accompagner le gouvernement dans cette réforme, à condition de tenir compte des réalités de la province.