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Kinshasa : l’Académie des Beaux-Arts plaide pour un dialogue entre savoirs endogènes et pratiques contemporaines de restauration des œuvres d’art

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L’Académie des Beaux-Arts de Kinshasa a organisé, mercredi 4 novembre, sa rentrée scientifique autour de la conservation-restauration des œuvres d’art, avec un accent particulier sur la complémentarité entre les savoirs traditionnels des communautés et les approches scientifiques contemporaines. Cette rencontre visait notamment à promouvoir les connaissances locales dans les stratégies de préservation du patrimoine culturel congolais.

Placée sous le thème "Savoirs endogènes et pratiques de conservation-restauration des œuvres d’art : dialogue entre les savoirs communautaires et les approches contemporaines", cette matinée scientifique a réuni des enseignants, des chercheurs, des professionnels du patrimoine et des étudiants dans la salle du musée de l’Académie des Beaux-Arts.

Ouvrant les travaux, le directeur général de cette institution, Henri Kalama, a présenté cette initiative comme une manifestation de l’engagement de l’Académie en faveur de la recherche scientifique et de la valorisation du patrimoine culturel national.

Il a notamment insisté sur la nécessité de documenter, d’analyser et d’enrichir les connaissances locales par la recherche contemporaine, sans pour autant les marginaliser au profit des méthodes scientifiques importées.

« La modernité scientifique ne devrait pas nous conduire à oublier nos propres intelligences. Elle devrait plutôt nous donner les moyens de les interroger, de les documenter, de les éprouver et de les enrichir », a-t-il déclaré.

Pour Henri Kalama, « la préservation des œuvres d’art ne peut se limiter à leur dimension matérielle. Ces objets portent également des mémoires, des techniques, des traditions et des représentations culturelles qui nécessitent une approche à la fois scientifique, culturelle et humaine ».

Dans cette perspective, il a souhaité que les échanges ouvrent de nouvelles pistes de réflexion pour une meilleure prise en compte des réalités culturelles congolaises dans les pratiques de conservation-restauration.

Concilier les techniques traditionnelles et les méthodes contemporaines

Au cœur des discussions, la place des savoirs transmis au sein des communautés dans les processus de conservation et de restauration des œuvres d’art a constitué l’un des principaux axes de réflexion.

Se référant aux pratiques antérieures à la création du département de conservation-restauration en 2013, Mit Makambu, enseignante à l’Académie des Beaux-Arts et conservatrice-restauratrice, a souligné l’existence de techniques locales de réparation qui méritent d’être réexaminées et documentées.

Selon elle, certaines de ces pratiques pourraient être remises en application, en tenant compte des acquis des méthodes contemporaines de restauration.

« Cette démarche suppose notamment de ne pas considérer les techniques traditionnelles et les méthodes scientifiques modernes comme deux approches opposées, mais comme des ressources susceptibles de s’enrichir mutuellement », a-t-elle expliqué.

Le professeur Bwiza, secrétaire général à la recherche de l’Académie des Beaux-Arts, a également défendu cette complémentarité. Dans sa communication, il a notamment mis en évidence l’importance des connaissances détenues par les communautés dans le diagnostic, l’analyse et la documentation des œuvres.

Il a relevé que les méthodes enseignées dans les écoles spécialisées et appliquées dans les musées sont généralement issues de théories et d’approches développées ailleurs, notamment en Occident. Leur application au patrimoine congolais devrait donc également tenir compte des contextes culturels et des connaissances des communautés auxquelles appartiennent les œuvres.

« Il ne faut pas dissocier les deux savoirs, le savoir que nous avons, le savoir de nos ancêtres, le savoir de nos communautés et le savoir qui nous vient d’ailleurs. Il faut plutôt chercher à faire dialoguer ces savoirs dans les diagnostics, dans l’analyse des œuvres, mais surtout dans leur documentation », a-t-il expliqué.

Et d’ajouter :

«  Le recours aux communautés permet notamment de retrouver des connaissances nécessaires à la compréhension des techniques et des pratiques ayant présidé à la réalisation des œuvres anciennes ». 

Une formation tournée vers la sauvegarde du patrimoine

Intervenant également au cours de cette matinée, Francine Mava, cheffe du département de conservation-restauration des œuvres d’art, a présenté le fonctionnement de cette formation, qu’elle compare à une « clinique des œuvres d’art ».

Elle a expliqué que le département accueille des objets fragilisés, endommagés ou détériorés afin d’examiner leur état, de stabiliser leur condition et de ralentir leur dégradation.

« Les altérations peuvent notamment résulter du vieillissement, des mauvaises manipulations, de l’humidité, des variations de température et d’autres conditions environnementales défavorables », précise-t-elle.

Cette approche vise, selon elle, à préserver la valeur patrimoniale des œuvres en intervenant sur leur état de conservation, tout en tenant compte de leurs caractéristiques matérielles et historiques.

De son côté, Élodie Cacheux, cheffe de projet du Pôle EUNIC RDC, a souligné les résultats déjà obtenus par cette formation, présentée comme unique en Afrique centrale. Elle a notamment évoqué la restauration de dizaines d’œuvres en collaboration avec l’Institut des Musées nationaux du Congo.

Elle a également rappelé le rôle des conservateurs-restaurateurs dans la préservation de la mémoire collective, particulièrement dans le contexte des restitutions des œuvres d’art africaines.

S’adressant aux étudiants, elle a insisté sur les exigences de ce métier, qui nécessite de la passion, de la patience, de l’humilité et de l’intégrité.

« Les œuvres que vous toucherez ne sont pas de simples objets, ce sont des fragments de l’histoire de l’humanité. Prenez-en grand soin. Vous serez demain les restaurateurs, les conservateurs, les chercheurs et les experts du patrimoine », a-t-elle déclaré.

James Mutuba