Le ministère de la Culture, Arts et Patrimoine a réuni, vendredi 16 octobre 2026, au Musée national de Kinshasa, des représentants de l’administration publique, des corporations artistiques et des médias autour de la mise en œuvre de la Politique culturelle nationale. Organisé avec l’appui technique du Bureau de l’UNESCO à Kinshasa, cet atelier vise à faire passer les orientations définies dans les textes à des actions concrètes en faveur des artistes, des professionnels de la culture et des communautés.
Pour la ministre de la Culture, Arts et Patrimoine, Yolande Elebe Ma Ndembo, l’enjeu est désormais de traduire le cadre juridique en changements perceptibles dans le quotidien des acteurs culturels. Elle a notamment insisté sur la nécessité de renforcer la protection des créateurs, de préserver le patrimoine et de structurer les industries culturelles et créatives.
« Un texte porte une promesse. Mais notre honneur doit tenir cette promesse. Celle d’un quotidien qui change pour les artistes. Celle de perspectives qui s’ouvrent pour les professionnels de la culture », a déclaré Yolande Elebe Ma Ndembo, appelant à faire de la politique culturelle un instrument opérationnel plutôt qu’un simple cadre de référence.
Cette démarche s’inscrit dans le prolongement de l’ordonnance-loi n° 25/030 du 12 mars 2025 portant principes fondamentaux relatifs à la culture et aux arts en RDC. Le texte établit un cadre général pour le secteur, notamment en matière de financement culturel, de protection du patrimoine, de promotion des arts et de développement de l’économie culturelle. Son projet de loi de ratification a été adopté par l’Assemblée nationale le 8 mai 2025.
Le cadre juridique comprend également le chantier relatif au statut de l’artiste et du professionnel de la culture, destiné à mieux structurer les professions artistiques, à encadrer les relations de travail et à renforcer la protection des créateurs. Le projet de décret correspondant avait été adopté par le gouvernement en mars 2025.
Pour les participants, l’existence de ces textes constitue une avancée, mais leur portée dépendra de leur application, de la définition des responsabilités institutionnelles et des moyens mobilisés.
Christian Gombo, directeur de l’Inspection et de la coordination des bibliothèques de l’État au sein du réseau Lecture pour tous, estime que la politique culturelle nationale doit désormais être rendue effective par les acteurs du secteur. Il considère que le texte constitue une base à partir de laquelle chaque domaine artistique pourra développer des orientations adaptées à ses réalités.
« Notre pays n’en avait pas et il a fallu des efforts. Je pense que s’il y a quelque chose qui a été fait de très positif, en tout cas pour nous les artistes pendant les mandats du chef de l’État actuel, c’est cette politique culturelle nationale qui s’impose aujourd’hui à nous tous parce qu’elle existe, elle a été promulguée et maintenant c’est à nous artistes de donner un contenu à cela, de faire vivre cela parce que jusque-là c’est au niveau des textes, maintenant ce sera à nous de rendre ces textes très vivants », a-t-il expliqué.
Dans le domaine du livre, Christian Gombo plaide pour l’élaboration d’une politique nationale spécifique, qui permettrait notamment d’améliorer l’accès aux ouvrages et de tenir compte des réalités économiques du marché congolais. Il évoque la possibilité de faciliter l’importation des livres, de soutenir l’impression locale et de favoriser les investissements nécessaires à la production.
« Si le livre devient très accessible en termes de prix, il y aura plus de Congolais qui pourraient l’acquérir », a-t-il soutenu, estimant qu’une politique nationale du livre devrait répondre aux besoins des lecteurs, des auteurs et des professionnels de la chaîne du livre.
La question des mécanismes de financement et des modalités d’accompagnement des artistes a également été soulevée par Me Omar Kigalu, avocat au barreau de Kinshasa-Gombe et conseiller juridique de l’Association des professionnels du septième art (APRO7). À ses yeux, les textes posent des bases utiles, mais certaines dispositions restent trop générales, notamment en ce qui concerne les conditions d’accès aux financements publics.
« Nous avons également révélé des faiblesses et nous l’avons formulé sous forme de suggestions afin que les ministères puissent s’amender, notamment l’absence de mesures concrètes, l’accent étant limité à évoquer des dispositions de manière générale. L’État va accompagner les artistes, ils seront soutenus, mais l’on n’a pas précisé de manière détaillée quelles sont les conditions pour avoir accès à ces financements », a relevé le juriste.
Me Omar Kigalu estime que des mesures complémentaires pourraient préciser les critères d’éligibilité aux subventions et les montants disponibles. Il appelle également à un contrôle de l’utilisation des budgets affectés à la culture, ainsi qu’à une meilleure appropriation des textes par les artistes et les organisations professionnelles.
« Une loi n’a de sens que si elle est connue, si elle est réclamée, si elle est revendiquée. Si on ne sait pas revendiquer, réclamer les droits qui nous sont reconnus, cette loi demeurera une lettre morte », a-t-il averti, invitant les acteurs culturels à s’impliquer dans la vulgarisation et le suivi de leur application.
L’atelier du Musée national de la RDC doit ainsi permettre de clarifier les responsabilités des institutions, d’identifier les difficultés rencontrées dans la mise en œuvre de la politique culturelle et de dégager des priorités pour la période 2026-2027. Les échanges portent notamment sur la coordination entre les administrations, les établissements publics, les corporations artistiques et les professionnels des médias.
Pour Yolande Elebe Ma Ndembo, la réussite de cette politique dépendra de sa traduction dans les décisions administratives, les pratiques professionnelles et les possibilités offertes aux créateurs. La ministre a appelé les participants à formuler des propositions applicables et à contribuer à la construction d’un cadre de collaboration durable entre les pouvoirs publics et les acteurs culturels.
L’enjeu concerne aussi la capacité de la RDC à faire de la culture un levier de développement économique, de cohésion sociale, de préservation du patrimoine et de rayonnement international.
Kuzamba Mbuangu