Un recensement numérique de la population est en cours dans la ville de Beni, chef-lieu provisoire du Nord-Kivu, dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC). Cette opération, menée par la Cellule provinciale du développement du numérique et d’archives (CPDA), vise à actualiser les données démographiques et à mettre en place un fichier dynamique permettant de suivre les mouvements de la population, les naissances, les décès ainsi que les changements d’adresse.
Selon Augustin Ndimubanzi Bazirake, coordonnateur de la CPDA, cette opération a été amorcée à Beni avant son extension à d’autres entités de la province. Elle consiste notamment à documenter l’ensemble de la population et les activités exercées par les habitants.
Il précise qu’il s’agit d’un recensement de routine effectué par les cadres de base au niveau des entités territoriales décentralisées (ETD), et non d’une opération exceptionnelle de recensement général. La particularité réside dans la numérisation des informations habituellement collectées sur des fiches papier au niveau des communes, des quartiers et des avenues.
L’objectif est notamment d’accompagner les autorités locales de Beni et de Butembo dans la gestion durable de leurs populations, grâce à des données fiables et régulièrement actualisées. Les informations relatives aux naissances, aux décès, aux arrivées, aux départs et aux changements d’adresse seront ainsi enregistrées dans une base de données hébergée sur un serveur provincial géré par la CPDA.
Le coordonnateur indique que les activités avaient connu une interruption en raison de la situation liée à l’épidémie d’Ebola. Elles ont été relancées au quatrième trimestre de 2026 afin de compléter les données des derniers mois de l’année et de permettre l'établissement des statistiques démographiques annuelles.
« Nous sommes en train de promouvoir un recensement digital. Le recensement de routine, qui se fait trimestriellement dans les entités territoriales décentralisées (ETD), constitue une référence pour les informations sur la population et permet également de suivre ses mouvements. Il s’agit notamment d’enregistrer les naissances, les décès, les arrivées de personnes provenant d’autres entités pour s’installer dans la ville de Beni, ainsi que les départs et les changements d’adresse. Nous essayons d’accompagner les ETD, notamment les mairies de Beni et de Butembo, afin de leur permettre de gérer durablement leurs populations à partir de données fiables. Les statistiques seront ainsi gérées au niveau des entités, avec la possibilité de connaître, pour chaque année, le nombre de naissances et de décès enregistrés. Toutes ces informations ne seront désormais plus conservées uniquement sur papier. Elles seront numérisées afin de faciliter le travail des autorités locales de base et de leur permettre de disposer d’un fichier dynamique de la population, archivé sur un serveur de base de données que nous gérons pour le compte de la province du Nord-Kivu », a-t-il déclaré.
Les équipes de recensement sont actuellement déployées dans plusieurs quartiers de Beni, notamment à Matonge, après être passées par Tamende. Les chefs d’avenues, les responsables de quartiers et les agents recenseurs procèdent à l’enregistrement des habitants ménage par ménage, suivant le système du porte-à-porte. Les trente quartiers que compte la ville sont concernés par cette opération.
Une base de données démographiques actualisable
Face aux mouvements de population et aux évolutions démographiques observés dans les villes du Nord-Kivu, la CPDA mise sur les outils numériques pour améliorer la collecte, le traitement et la conservation des données.
Depuis 2016, cette structure technique du gouvernement provincial du Nord-Kivu, issue d’un programme de coopération internationale communale entre la commune belge de Woluwe-Saint-Pierre et la province du Nord-Kivu, a introduit un système d’enregistrement numérique utilisant notamment des tablettes et des smartphones.
Ce dispositif vise à constituer une base de données sécurisée et hébergée sur un serveur provincial. La CPDA, qui compte onze agents, a également formé des cadres de base à l’utilisation de ces outils numériques afin de faciliter la collecte des informations sur le terrain.
À travers cette démarche, les autorités provinciales entendent disposer de statistiques démographiques actualisées, notamment sur le nombre de ménages, les naissances et les décès enregistrés au cours de chaque année.
Le RGPH-2 confronté aux difficultés d’accès dans l’Est
Cette opération intervient alors que le gouvernement congolais prépare le deuxième Recensement général de la population et de l’habitat (RGPH-2). La campagne nationale de sensibilisation en prélude à ce processus avait été annoncée pour le 15 juillet par le ministre d’État chargé du Plan et de la Coordination de l’aide au développement, Guylain Nyembo, à l’issue d’une rencontre avec le président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo.
Évalué à 192 millions de dollars américains sur une durée de trois ans, ce processus se heurte notamment aux difficultés d’accès à plusieurs zones des provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, affectées par le conflit armé et la présence du FRN.
Malgré ces contraintes, Kinshasa entend mener le recensement sur l’ensemble du territoire national. Pour les zones difficilement accessibles, le gouvernement envisage notamment le recours à des méthodes de recensement hybride et à l’imagerie satellitaire afin de produire des données aussi proches que possible de la réalité démographique.
Ces approches ont été évoquées par les responsables du secteur du Plan et de l’Institut national de la statistique (INS), dans le cadre des réflexions sur les mécanismes alternatifs de collecte des données dans les zones affectées par les conflits.
Josué Mutanava