Les Forces démocratiques alliées (ADF), un groupe extrémiste de l'Est de la République démocratique du Congo (RDC) désigné comme organisation terroriste étrangère par les États-Unis, ont réduit leur dépendance au financement extérieur provenant de l'État islamique en Irak et au Levant (EIIL). C'est ce qu'a révélé une nouvelle enquête de The Sentry rendue publique mardi 27 octobre 2026. The Sentry, une organisation d’enquête et d’analyse politique qui vise à démanteler les réseaux prédateurs multinationaux qui profitent des conflits violents, de la répression et de la kleptocratie.
S'adaptant aux pressions militaires et aux sanctions, précise cette enquête consultée par ACTUALITE.CD, les ADF sont responsables des milliers de morts parmi les civils et sont le deuxième groupe armé non étatique le plus meurtrier au monde en 2025. D'après cette enquête, elles sont désormais devenues un groupe militant beaucoup plus autonome, alimenté par l'argent du conflit, de nouvelles recrues et des réseaux de soutien locaux bien implantés.
« L’or illicite est désormais la principale source de financement du groupe terroriste affilié à l’EIIL en RDC, l’or étant ensuite acheminé vers l’Ouganda et les Émirats arabes unis », a déclaré Sasha Lezhnev, conseiller principal en politiques publiques à The Sentry.
S’appuyant sur des recherches de terrain et documentaires approfondies concernant les réseaux de trafic d’or illégaux opérant entre l’est de la RDC et l’Ouganda, l’enquête révèle que l’or de conflit acheminé vers l’Ouganda constitue la principale source de financement des ADF, suivi des revenus tirés de la production de cacao, du racket et des enlèvements.
Ensemble, poursuit l’enquête, ces sources de revenus ont permis aux ADF de se constituer une réserve de plusieurs millions de dollars, leur permettant ainsi de passer d’une dépendance au soutien de l’EIIL à une autonomie financière.
« Les secteurs de l’or et de la finance devraient signaler l’Ouganda et les Émirats arabes unis comme des pays à haut risque en matière d’or illicite et appliquer une vigilance accrue à toutes les transactions liées à l’or qui les impliquent », a ajouté Sasha Lezhnev, conseiller principal en politiques publiques à The Sentry.
Au-delà de l’agression rwandaise via la rébellion de l’AFC/M23, devenue le Front pour la refondation de la nation, à la tête duquel se trouve l’ancien chef de l’État Joseph Kabila, la République démocratique du Congo reste secouée par les attaques terroristes des Forces démocratiques alliées (ADF) dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri, précisément dans les territoires de Beni, Lubero, Irumu et Mambasa. Ces islamistes, qui ont fait allégeance à l’État islamique (EI), tuent des civils depuis plus de dix ans, et la violence ne faiblit pas, en dépit des opérations conjointes des armées congolaise et ougandaise menées depuis mai 2021 mais aussi de l’état de siège proclamé dans ces deux provinces par le chef de l’État, Félix Tshisekedi.
Si les dirigeants se sont toujours montrés relativistes et optimistes face à ces deux mesures, à savoir les opérations militaires conjointes entre la RDC et l’Ouganda et l’état de siège, cinq ans après leur mise en place, estimant que des résultats palpables sont visibles tout en reconnaissant que des défis restent à relever, les élus du coin et certaines organisations de la société civile estiment que ces deux mesures n’ont pas donné les résultats escomptés et qu’elles ont, au contraire, contribué à aggraver la situation. À ce jour, l’activisme des ADF est également signalé dans la province du Haut-Uele, une province qui n’était pas touchée avant l’instauration de l’état de siège et le lancement des opérations conjointes.
Clément MUAMBA