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RDC : attente prolongée sous le soleil, bousculades dans les files, pots-de-vin… le calvaire des Congolais lors des formalités en vue d’obtenir le passeport 

Centre de capture pour passeport

A Kinshasa, capitale de la République démocratique du Congo, obtenir un passeport biométrique congolais relève d’un véritable parcours du combattant. Après les formalités en ligne, les étapes nécessitant la présence physique du requérant se révèlent particulièrement éprouvantes, au point que certains finissent par se décourager.

Il est 9 heures au centre Infinity, situé sur l’avenue de Libération, ex-24 Novembre, dans la commune de la Gombe. C’est l’un des centres retenus par le gouvernement pour les opérations de capture des demandeurs et la délivrance de ce document indispensable aux voyages à l’étranger.

Devant l’entrée, un attroupement se forme. Hommes et femmes se bousculent devant une porte barrée par deux policiers. À gauche, une file de demandeurs impatients s’étire sous une petite tente. Ceux qui ne supportent pas la promiscuité font le pied de grue près d’un parking, tandis que d’autres s’assoient à même le sol, dans l’attente de leur appel.

Sous un soleil accablant, les requérants présents depuis les premières heures de la journée peinent à contenir leur frustration. Leur colère grandit lorsqu’ils constatent que certaines personnes, arrivées quelques instants plus tôt, accèdent au centre après de simples coups de fil.

« Ça n’existe pas ! C’est quel pays ça ? Pourquoi ne doit-on pas tenir compte de l’ordre d’arrivée des gens ? C’est de l’injure, ça », soupire une dame vêtue d’une robe noire.

Cette apparente préférence accordée à certains au détriment des autres suscite l’indignation. Dans la confusion, des hommes placés au premier rang, soutenus par des femmes, tentent de forcer le passage en repoussant les policiers. Une dizaine de personnes parviennent à franchir le portillon, tandis que d’autres sont violemment repoussées par les agents.

« Vous êtes fous. Peu importe ce que vous pouvez faire, le dernier mot nous revient », lance un policier affecté à la sécurité.

Le non-respect présumé de l’ordre d’arrivée provoque alors de nouvelles bousculades. Au cours de ces mouvements de foule, une jeune fille souffrante est heurtée. Elle se tord de douleur avant d’être finalement appelée à entrer dans la salle.

Pour certains requérants, cette attente se prolonge sur plusieurs jours. Une femme, épuisée après avoir passé de longues heures debout, affirme en être à sa deuxième journée sans parvenir à obtenir gain de cause. Elle explique que les difficultés liées à l’obtention de son passeport l’obligent à préparer tardivement les repas, une situation qui alimente des tensions avec son mari et ses enfants.

Pots-de-vin : des paiements dénoncés malgré le tarif officiel

Au-delà des conditions d’accueil, les requérants dénoncent également des pratiques de paiement informel au cours de la procédure. Malgré les difficultés rencontrées à l’entrée, certains doivent encore remettre de l’argent à des agents affectés aux opérations de capture.

ACTUALITÉ.CD a observé deux hommes discutant autour de billets d’argent, dans un échange laissant apparaître un désaccord sur la somme à remettre.

« Donne tout ce que tu as. C’est combien, ça ? On partage ? — Non, il y a aussi mon transport dedans », s’échangeaient-ils.

Ces pratiques alourdissent les dépenses des demandeurs, déjà confrontés aux frais de déplacement et aux longues heures d’attente.

Même scénario à l’ANR

À la direction de l’identification de l’Agence nationale de renseignements (ANR), les requérants doivent également s’armer de patience. Dans la salle de réception, certains se présentent accompagnés de proches pour les différentes étapes de la procédure.

Après son identification, un jeune homme affirme avoir été contraint de remettre une partie de l’argent qui lui restait.

« Quand il a fini de demander mon identité, il m’a demandé de donner tout ce que j’avais. Comme j’avais un billet de 10 000 francs congolais, je lui ai demandé de garder 2 000 FC. Elle a refusé, en disant que je ne respectais pas son travail. Elle m’a alors demandé de sortir. Je lui ai expliqué que c’était tout ce qui me restait, mais elle m’a répondu que ce n’était pas son problème », se plaint-il auprès d’ACTUALITÉ.CD.

Entre contraintes physiques, allers-retours et paiements informels dénoncés à différentes étapes, le coût réel de l’obtention du passeport peut ainsi dépasser le tarif officiel de 75 dollars américains fixé par l’État. De nombreux requérants affirment avoir déboursé jusqu’à 250 USD voire 300 USD pour obtenir le passeport congolais. 

Ces difficultés favorisent également l’émergence de réseaux parallèles qui promettent d’accélérer les démarches moyennant des sommes parfois exorbitantes. Certains demandeurs affirment avoir versé de l’argent à des intermédiaires qui, par la suite, ne répondent plus à leurs appels ni à leurs messages.

Samyr LUKOMBO