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« Je suis un survivant et je ne me tairai point » : Alesh réagit aux déclarations d’Azarias Ruberwa

Alesh

L’artiste musicien congolais Alain Chirwisa, alias Alesh est monté au créneau pour répondre aux récentes déclarations d’Azarias Ruberwa sur la situation en République démocratique du Congo. Cette réaction fait suite à la récente sortie d’Azarias Ruberwa, ancien chef rebelle, ancien vice-président de la République et ancien ministre qui se présente actuellement aux États-Unis comme un « acteur impartial » du processus de paix en République démocratique du Congo tout en affirmant que les personnes swahiliphones seraient marginalisées en RDC. Une démarche que le rappeur et auteur-compositeur juge difficilement soutenable au regard de l’histoire du pays

Dans une longue mise au point publiée sur les réseaux sociaux, dont un exemplaire est parvenu à la rédaction de ACTUALITE.CD ce mardi 6 octobre 2026, le rappeur engagé remet en question la présentation de l’ancien responsable politique congolais comme un « acteur impartial » du processus de paix. Intitulée « Je suis un survivant et je ne me tairai point », la déclaration d’Alesh revient notamment sur le parcours politique et militaire du Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD-Goma), mouvement dont Azarias Ruberwa a été l’un des dirigeants

S’appuyant sur des rapports d’organisations internationales et de défense des droits humains, l’artiste évoque notamment les événements survenus à Kisangani en mai 2002, au cours desquels de graves violations des droits humains avaient été rapportées. Alesh affirme avoir personnellement vécu cette période alors qu’il était adolescent.

« Certains de mes amis avaient été éventrés à la baïonnette, puis les militaires du RCD avaient rempli leurs ventres de pierres, avant de jeter leurs dépouilles dans la rivière Tshopo » témoigne-t-il dans sa réaction

L’artiste revient également sur le parcours de Laurent Nkunda, ancien officier du RCD-Goma, et établit un lien historique entre cette rébellion, le Congrès national pour la défense du peuple (CNDP) et, plus tard, le Mouvement du 23 mars (M23). Alesh prend toutefois soin de préciser qu’il n’accuse pas Azarias Ruberwa d’avoir créé le M23. Il estime néanmoins que l’ancien dirigeant du RCD-Goma doit, selon lui, apporter des explications sur l’héritage politique et militaire de cette ancienne rébellion

« Ruberwa n'a pas créé le M23, mais il a dirigé politiquement le mouvement dont cette lignée est issue. On attend toujours de lui un examen public et honnête de cet héritage » affirme-t-il dans sa réaction

Une autre partie de la mise au point porte sur les déclarations d’Azarias Ruberwa concernant les discriminations dont seraient victimes les personnes parlant le swahili en RDC. Alesh reconnaît l’existence de comportements discriminatoires individuels, mais conteste l’idée qu’il puisse s’agir d’une politique d’État.

« Une dérive combattue par l'Église, la société civile et la loi n'est pas une politique d'État. La présenter ainsi à l'étranger revient à déformer la réalité pour poursuivre un agenda obscur » soutient-il dans sa réaction

Pour l’artiste, cette question est particulièrement sensible dans le contexte actuel de conflit dans l’Est de la RDC. Il estime que certains récits sur les discriminations ethniques ou linguistiques peuvent être utilisés par les groupes armés pour justifier leurs actions.

Alesh appelle ainsi à distinguer les actes individuels de discrimination d’une éventuelle politique institutionnelle de l’État congolais. Dans sa déclaration, Alesh évoque également les prises de position d’Azarias Ruberwa concernant les violences contre les civils dans l’Est du pays. Il reconnaît la nécessité de dénoncer toute attaque visant les populations civiles, mais estime que cette condamnation doit, selon lui, s’appliquer à toutes les victimes, indépendamment de leur appartenance communautaire ou de la partie au conflit responsable des violences

« Une défense crédible des civils vaut pour toutes les victimes, y compris celles du M23 » affirme-t-il dans sa réaction

L’artiste revient également sur le dossier de Minembwe et sur les responsabilités politiques attribuées à différents acteurs lors de la création de cette commune rurale. Il estime que cet épisode doit également être pris en compte dans l’évaluation du parcours politique d’Azarias Ruberwa.

À ce sujet, Alesh définit les critères qui, selon lui, devraient caractériser un véritable engagement en faveur de la paix en RDC : reconnaître les crimes commis par son propre camp, condamner toutes les formes de violence et éviter de reprendre les récits utilisés par les parties au conflit pour justifier leurs actions.

L’artiste conclut en appelant à placer la vérité et la justice au cœur de toute démarche de paix en République démocratique du Congo, notamment à travers la prise en compte du rapport Mapping des Nations unies

« Un acteur de paix crédible passe trois tests : reconnaître les crimes de son propre camp, condamner toutes les violences et ne pas recycler le récit des belligérants. La paix en RDC passera par la vérité et la justice, à commencer par le rapport Mapping de l'ONU » affirme Alain Chirwisa, alias Alesh, qui se présente comme un « survivant » des violences ayant marqué son parcours et celui de nombreux Congolais

Ces différentes déclarations interviennent dans un contexte où la situation sécuritaire dans l’Est de la République démocratique du Congo demeure précaire et continue de se détériorer, selon les déclarations des autorités congolaises et les différents rapports consacrés à la situation sécuritaire dans la région. Les initiatives diplomatiques engagées pour contribuer au retour de la paix dans l’Est de la RDC se poursuivent, alors que les acteurs concernés restent confrontés à d’importants défis dans leur mise en œuvre

Clément MUAMBA