À Kinshasa, capitale congolaise, la Banque mondiale prépare déjà l’après 2026. Le 23 septembre, l’institution de Bretton Woods a réuni des représentants du gouvernement, trois membres de l’exécutif et plusieurs secrétaires généraux à l’occasion d’une consultation sectorielle consacrée à la protection sociale.
Organisée via STAR RDC, projet consacré à la stabilisation et au relèvement du pays, cette rencontre s’inscrit dans la préparation du prochain Cadre de partenariat pays (Country Partnership Framework, CPF) 2027-2036. L’objectif : tirer le bilan des interventions menées ces dernières années et identifier, avec les autorités congolaises et les partenaires, les priorités qui devront guider l’action de la Banque mondiale au cours de la prochaine décennie. La séance a été animée par Brigitte Kapinga, coordonnateur général de STAR RDC.
Pour Albert Zeufack, directeur des opérations de la Banque mondiale dans plusieurs pays notamment en RDC, le futur partenariat doit marquer un changement de méthode. « Dans un pays comme la RDC, les besoins sont immenses et les ressources sont limitées », a-t-il rappelé, plaidant pour une priorisation des besoins et une approche qui dépasse la logique de projets isolés.
L’enjeu est notamment d’articuler protection sociale, capital humain, compétences, inclusion économique et emploi autour de systèmes nationaux et locaux capables de résister aux crises. Cette ambition intervient alors que la Banque mondiale décrit la RDC comme un pays disposant d’un potentiel considérable mais confronté à des défis persistants en matière de capital humain, de services de base, de gouvernance et de fragilité.
Le diagnostic présenté par Zeufack met surtout en évidence un paradoxe économique : une croissance soutenue qui ne se traduit pas suffisamment par une amélioration des conditions de vie. Selon les chiffres avancés lors de la consultation, la RDC affiche depuis plus d’une décennie une croissance moyenne de 6,5%, contre environ 4 % pour l’Afrique subsaharienne. Mais cette croissance, largement tirée par le secteur minier, reste peu créatrice d’emplois. Le taux de pauvreté serait ainsi passé de 72 % en 2012 à 69 % en 2024, tandis que 40 % des jeunes seraient au chômage. « Cette croissance au Congo n’est pas inclusive, elle n’est pas génératrice d’emplois, elle n’est pas créatrice de prospérité », a résumé le responsable de la Banque mondiale.

Cinq contraintes ont été mises en avant pour expliquer ce décalage : la faible diversification de l’économie, le déficit d’accès à l’électricité, les faiblesses du capital humain, les problèmes de gouvernance et les conflits. Le taux d’accès à l’électricité, présenté à 21 %, demeure notamment un frein à la production, au numérique et à l’accès à certains services essentiels. La Banque mondiale veut également tirer les leçons de son précédent CPF, couvrant 2022-2026. Zeufack a reconnu des résultats « modestes », malgré des avancées dans le développement humain, l’accès à l’eau et le financement des PME.
Il a cité la gratuité de l’enseignement primaire et le projet KIN-ELENDA, qui aurait permis à plus de deux millions de personnes à Kinshasa d’accéder à l’eau potable. Mais « la mise en œuvre n’a pas toujours suivi », a-t-il reconnu, tout en annonçant que les délais moyens de préparation des projets étaient passés d’environ 24 à 12 mois.
Au regard de cette volonté de réorientation, le gouvernement congolais demande lui aussi davantage d’efficacité. Grégoire Mutshail, ministre du Développement rural et représentant du gouvernement à la consultation, a notamment appelé la Banque mondiale à réduire encore ses délais de procédure. « Vous avez dit qu’il y a des allègements jusqu’à 12 mois. Pourquoi ne pas aller à cinq mois ou trois ? », a-t-il lancé. Il a également plaidé pour une meilleure prise en compte des zones rurales, une augmentation du portefeuille de la Banque mondiale, qu’il estime à environ 8 milliards de dollars, et des formations davantage adaptées aux besoins du marché. Il a notamment proposé d’inscrire l’Académie Inga, que la Banque mondiale prévoit de financer à hauteur de 27 millions de dollars, dans une logique plus directement connectée aux coopératives et aux besoins des populations rurales.
Au-delà des financements, le débat porte donc sur la capacité du partenariat à produire des résultats mesurables. La Banque mondiale entend désormais privilégier des interventions mieux coordonnées autour du « corridor de la paix », renforcer durablement les capacités institutionnelles et investir davantage dans des structures capables de porter les projets dans la durée.
Côté congolais, les priorités évoquées comprennent notamment la lutte contre l’emploi informel, la prise en charge des populations déplacées, la sécurité alimentaire et la protection des ménages vulnérables. Le gouvernement a indiqué que 551 002 ménages, soit 3 306 012 personnes, étaient ciblés par des interventions de protection sociale dans 13 provinces. Les consultations doivent désormais alimenter la préparation du CPF 2027-2036, qui définira les grandes orientations du partenariat entre Kinshasa et la Banque mondiale pour les dix prochaines années.
Selon les deux parties, les consultations ouvertes vont s’achever le 30 octobre prochain pour finaliser ce plan qui s'annonce ambitieux et pragmatique du côté congolais. Via CPF 2027-2036, la Banque mondiale mise notamment sur les corridors de la paix, de Lobito et d’Inga pour créer plus d’emplois.
César Olombo