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Moins de cinq camions, une caserne à l'arrêt, une facture impayée: Enquête sur les pompiers de Kinshasa

Des bancs du petit collège Saint Pierre calcinés dans un incendie

Malgré une accumulation de décrets, de plans et d'annonces depuis plus de dix ans, la capitale congolaise reste incapable d'aligner une flotte de secours fiable : une autorité municipale évoque moins de cinq camions pour toute la ville, quand une source interne à l'Hôtel de Ville, comptant le parc privé, en dénombre jusqu'à une quinzaine. Une lettre officielle du gouverneur, recoupée treize mois plus tard par cette même source, permet en revanche de documenter un mécanisme précis et incontesté : un chantier de caserne resté au même point d'avancement pendant plus d'un an, faute de paiement d'un partenaire privé.

Lundi 7 septembre 2026, en fin de matinée, un incendie d'origine encore inconnue se déclare au petit collège EP4 Saint-Pierre, avenue Nkongolo, dans la commune de Kinshasa. Sur place, un sapeur-pompier épuisé raconte que le camion venu combattre le feu n'appartient même pas à l'Hôtel de Ville : il s'agirait d'un véhicule privé, loué dans l'urgence. Assis derrière l'engin, à court d'eau, l'agent affirme que la capitale n'aligne, en tout et pour tout, pas plus de cinq camions anti-incendie, tous stationnés avenue de la Justice, à la Gombe. Le bourgmestre de la commune, Bienvenu Mbalibi, venu constater les dégâts dans les salles de classe et les archives de l'établissement, dénonce publiquement le retard de l'intervention. Aucune victime humaine n'est déplorée, mais le chef d'établissement affirme n'avoir rien pu récupérer, ni documents administratifs ni matériel.

Le soir même, à Limete, un autre feu ravage la salle des fêtes Bonne Auberge. Un témoin rapporte au bourgmestre adjoint, Isaac Mukendi, que les services anti-incendie contactés auraient répondu ne pas pouvoir se déplacer, la distance étant jugée trop importante. Deux jours plus tôt, dans la nuit du vendredi 4 au samedi 5 septembre, l'incendie de la salle des fêtes Panacée, dans la commune de Lingwala, avait déjà fait, selon le bilan officiel provisoire communiqué par le ministre de l'intérieur Jacquemain Shabani, douze morts, dont sept femmes, un chiffre revu à la hausse par rapport aux premiers comptages qui évoquaient « une dizaine » de victimes ; cinq personnes restaient hospitalisées et vingt et une autres, sorties, devaient subir un contrôle médical sous quarante-huit heures. Selon nos informations, cette salle était dépourvue d'extincteurs et d'issue de secours, exactement le type de manquement que l'opération de contrôle lancée quelques jours plus tard doit précisément recenser. Interrogé, le professeur Gulain Amani, enseignant à l'Institut d'architecture et d'urbanisme de Kinshasa, a appelé à tirer les leçons de ce drame sur les normes de construction et d'aménagement de ce type d'établissement.

Le mardi 8 septembre au soir, un quatrième incendie se déclare cette fois à Barumbu, dans une maison d'habitation de l'avenue Kongolo, vraisemblablement à la suite d'un court-circuit électrique. Les occupants parviennent à évacuer à temps, mais les flammes continuent de progresser. Selon des riverains interrogés par ACTUALITE.CD, des démarches ont été entreprises pour joindre les sapeurs-pompiers : le contact « ne passe pas », laissant les habitants seuls face au feu.

Quatre sinistres en cinq jours. Le scénario n'est pas nouveau : il se répète, avec une régularité presque mécanique, depuis au moins 2021. Il touche aussi les bâtiments de l'État lui-même : en novembre 2024, la Direction générale des recettes administratives, judiciaires, domaniales et de participations (DGRAD) avait déjà été touchée par un incendie, attribué à un court-circuit par son directeur général, Etienne Utshudi, qui précisait alors qu'il s'agissait de la quatrième fois qu'un tel incident se produisait dans ce même bâtiment. Ce qui est moins habituel, c'est qu'un document obtenu dans le cadre de cette enquête permette, pour la première fois, de sortir du constat général pour établir un mécanisme précis de blocage, daté et localisé.

Des textes, il y en a eu

Le corps des sapeurs-pompiers de Kinshasa a été créé en 2013 par le gouverneur André Kimbuta. Treize ans plus tard, l'explication la plus commode consisterait à dire que rien n'a été fait depuis pour l'organiser. Les faits disent le contraire. En novembre 2023, le vice-premier ministre de l'intérieur de l'époque, Peter Kazadi, fait adopter en conseil des ministres trois projets de décret : statut du corps des sapeurs-pompiers, organisation de la protection civile, création d'une Direction générale des secours et d'incendie (DGSI). Ce dernier décret est signé le 12 février 2024.

En novembre 2024, le président Félix Tshisekedi se saisit lui-même du dossier en conseil des ministres, pointant la circulation de camions-citernes de produits pétroliers et l'existence de dépôts clandestins de carburant comme facteurs aggravants, en référence à des incendies survenus en 2023 au rond-point Ngaba, à Limete et au port de Maluku. Il charge alors le vice-premier ministre de l'intérieur de mettre en œuvre un plan multisectoriel de lutte contre les incendies, demandant explicitement la revalorisation du corps des sapeurs-pompiers par une application stricte de la réglementation et « une mise à disposition des moyens conséquents », ainsi que l'opérationnalisation de la DGSI, dont le décret, déjà signé neuf mois plus tôt, ne fonctionnait toujours pas. Il exige également des missions d'inspection des véhicules, des usines et des bâtiments pour contrôler et sensibiliser sur la sécurisation adéquate, avec un rapport sur les initiatives prises attendu sous un mois. Aucun document consulté dans ce dossier ne fait état de la remise de ce rapport, ni d'un bilan chiffré des inspections demandées.

Ce n'est donc pas l'absence de textes ou d'instructions qui caractérise la situation de Kinshasa, mais leur accumulation sans effet mesurable : quatorze mois après sa signature, le décret créant la DGSI est encore qualifié de non fonctionnel par le gouvernement lui-même, et le rapport que le chef de l'État avait demandé sous un mois en novembre 2024 ne semble avoir laissé aucune trace publique.

Des moyens de fortune, mobilisés puis dilués

L'État manquerait-il simplement, structurellement, de moyens ? Le tableau est plus nuancé, mais le besoin est documenté de longue date. En mai 2023 déjà, le commandant du corps des sapeurs-pompiers de Kinshasa de l'époque, Mugiama Kangafu, chiffrait à sept le nombre de véhicules en état de marche pour toute la ville et réclamait « au moins trente véhicules » pour y faire face. Une tentative de recrutement de deux cents jeunes pompiers, engagée la même année, s'était soldée par l'abandon de la quasi-totalité des candidats : cinq seulement étaient restés. Trois ans plus tard, en 2026, une source interne à l'Hôtel de Ville évoque justement une commande d'une trentaine de nouveaux camions, dont une partie serait en cours d'acheminement, sans qu'aucun document ne permette d'établir un lien direct entre cette commande et le besoin identifié par le commandant Kangafu en 2023.

En attendant ce renouvellement, la ville s'appuierait, selon une source interne, sur des licences accordées à des opérateurs privés dans le cadre d'une délégation de service, ces derniers s'engageant en contrepartie à appuyer les secours en cas d'incendie. Une autre source évoque le recours à des flottes tierces telles que celles de la Mission de l'ONU en RDC, ou de sociétés comme Pain Victoire, la Régie des voies aériennes, Congo Futur ou Sokin. Sur le parc propre de la ville, deux sources internes convergent : les deux camions dont dispose l'Hôtel de Ville seraient un don de l'agence japonaise de coopération internationale (JICA), aujourd'hui jugés irrécupérables par les mécaniciens qui les ont examinés, totalement amortis, ce qui expliquerait le choix d'en acquérir de nouveaux plutôt que de les réparer une fois de plus. C'est précisément faute de ce parc propre que la ville se serait tournée vers la délégation de service décrite plus haut, les particuliers ayant acquis leurs propres camions étant sollicités au cas par cas.

À cette panne de matériel s'ajoutent deux problèmes d'infrastructure documentés indépendamment. Le premier concerne l'eau : une source interne à l'Hôtel de Ville évoque l'absence de points d'eau utilisables sur une partie du réseau urbain, un camion pouvant arriver sur les lieux d'un sinistre et n'y trouver « pas de bouche », ce qui oblige parfois à faire venir un second camion-citerne en soutien du premier une fois sa réserve épuisée. Ce constat rejoint ce que rapportait, à Goma, le chef de l'unité anti-incendie de la MONUSCO, Manuel Taracena, en septembre 2025 (« parfois, nos camions manquent d'eau en pleine intervention »), une unité qui a comptabilisé vingt-deux interventions à travers le pays depuis janvier 2025, dont sept à Kinshasa. Il recoupe surtout, très directement, le témoignage du sapeur-pompier de l'EP4 Saint-Pierre, à court d'eau en pleine intervention le 7 septembre 2026. Le second problème est l'accès routier : le commandant Kangafu relevait déjà en 2023 que des communes entières, comme Makala ou Kisenso, restaient difficilement accessibles aux camions faute de voies praticables, limitant selon lui la couverture réelle du corps à environ 60 % du territoire municipal, concentrée sur la Gombe, Limete, Kasa-Vubu, Bandalungwa et Ngiri-Ngiri. Les embouteillages, cités à plusieurs reprises dans des entretiens diffusés par Radio Okapi, aggraveraient ce problème indépendamment de l'état du parc automobile.

Ces initiatives existent. Elles ne sont pas fictives. Mais elles se diluent dans un système où personne, y compris à l'intérieur de l'Hôtel de Ville, n'est capable de dire combien de camions sont réellement disponibles à un instant donné, ni dans quel état : les estimations recueillies pour cette enquête vont de moins de cinq à une quinzaine de véhicules selon la source interrogée. C'est cette dilution, plus que la pénurie elle-même, qui constitue le cœur du problème.

Un vide réglementaire identifié depuis 2022, des causes jamais traitées à la racine

Ce que montre le parc automobile, l'absence de cadre légal le montre à un autre niveau. Interrogé à deux reprises par Radio Okapi, en mai 2022 puis en août 2025, l'ingénieur en bâtiment John Kabwidi Bwidi, expert en sécurité des bâtiments, décrit une absence totale de législation sur la prévention incendie en RDC, distincte selon lui du travail d'intervention des pompiers : aucune filière universitaire ne forme d'ingénieurs spécialisés dans la conception des bâtiments selon des normes anti-incendie, aucune obligation de points d'eau ou de voies d'accès n'encadre les plans de lotissement, et aucune régulation contraignante ne s'applique à l'implantation des stations-service ou des dépôts de carburant à proximité des habitations. Il cite l'exemple de la France, où une telle discipline existerait depuis 1811, et de la Suède, où chaque commune disposerait d'une caserne à personnel permanent. Lors de l'émission de 2025, des auditeurs de Lubumbashi, Mbandaka et Bukavu témoignent, chacun pour leur ville, d'une situation comparable à celle de Kinshasa.

Ce constat mérite d'être nuancé par celui de Jean-Claude Katende, intervenu sur Radio Okapi après le même incendie. Pour lui, un cadre légal existe déjà en RDC sur l'autorisation de bâtir et l'assurance incendie, fixé par un décret de 2018 et adossé à un guichet unique censé délivrer permis de construire et certificats de conformité. Le problème, selon lui, n'est donc pas d'abord l'absence de texte mais sa non-application : des salons privés seraient couramment transformés en salles de fête sans jamais repasser par cette autorisation, les installations électriques ne seraient pas vérifiées, et les inspections prévues pendant et après construction n'auraient pas lieu. C'est exactement le scénario documenté pour la salle Panacée elle-même, où l'enquête publique évoque une capacité de 500 à 600 personnes accueillies pour 300 prévues, une seule issue de secours et un départ de feu près de l'espace des mariés. Les deux diagnostics ne se contredisent pas frontalement : ils portent sur deux couches distinctes du problème, un cadre général de permis de construire qui existe mais n'est pas appliqué (Katende), et l'absence d'un référentiel technique spécifique à la prévention incendie et de la profession pour l'élaborer (Kabwidi Bwidi). Un établissement pourrait ainsi disposer, en théorie, de toutes ses autorisations de bâtir sans avoir eu à démontrer la moindre conformité aux normes anti-incendie proprement dites, faute qu'un tel référentiel existe.

Sur les responsabilités, cette double lecture en fait apparaître deux distinctes, que le communiqué du 8 septembre 2026 ne distingue pas explicitement. Le contrôle et la délivrance des autorisations de bâtir relèvent du guichet unique et des autorités urbaines, dont Katendé pointe la défaillance dans l'application des textes existants. Le contrôle de la sécurité incendie proprement dite relève de la Direction générale de la protection civile, dont le directeur général, Joseph Kinzo, a détaillé sur les mêmes ondes un système de classification en quatre niveaux : vert pour les établissements conformes, jaune pour des écarts mineurs à corriger, orange pour une non-conformité majeure assortie d'une mise en demeure, et rouge pour un danger critique entraînant une suspension immédiate. Cette classification donne un contenu opérationnel à l'opération de contrôle du 8 septembre, restée jusqu'ici assez vague dans son mode d'exécution. Certains experts mettent en cause la capacité de l'État à appliquer ces sanctions de façon égale, observant que de nombreux établissements concernés appartiendraient à des personnalités influentes.

Sur l'origine des incendies eux-mêmes, deux sources internes consultées pour ce dossier convergent avec un diagnostic donné par Carmella Lydie Kukundama, responsable d'une société privée de sécurité incendie (SPCI). Toutes trois citent, dans des termes proches, le non-respect des normes d'installation électrique, l'absence d'extincteurs ou la présence d'extincteurs endommagés, et un défaut de sensibilisation de la population à leur usage. Carmella Lydie Kukundama explique que l'État concentrerait ses contrôles sur les entreprises, les banques et les opérateurs télécoms, laissant les ménages largement livrés à eux-mêmes, sans obligation légale d'équipement ni mécanisme de sanction, alors que des extincteurs domestiques sont disponibles à Kinshasa entre 45 et 180 dollars selon le type.

C'est ce vide, documenté depuis 2022, que la proposition d'édit provincial déposée le 7 septembre 2026 par le député Jared Phanzu Babaka, élu de Bandalungwa, vient tenter de combler. Le texte, transmis au président de l'Assemblée provinciale de Kinshasa avec une note technique argumentée, viserait à doter la ville d'un cadre normatif sur la prévention des incendies, la protection des personnes et des biens, l'organisation de l'évacuation, les moyens de première intervention et le contrôle des établissements concernés. Il s'agit, à ce stade, d'une proposition déposée et non d'un texte adopté.

La preuve : une caserne figée à 90 % depuis treize mois

La ville a par ailleurs engagé, dès décembre 2022, la construction d'une caserne moderne à la Gombe, dans le cadre d'un partenariat public-privé avec la société Corporation Ramos-K. Une lettre officielle, adressée le 6 août 2025 par le gouverneur de Kinshasa, Daniel Bumba Lubaki, au ministre d'État chargé du budget, en apporte la démonstration la plus nette. Référencée SC/1632/CAB/GVK/DBL/DIRCABA.PAJ/GF/2025 et accusée réception par le corps des sapeurs-pompiers le lendemain, cette lettre indique que le chantier avance « à grands pas », avec un taux d'exécution proche de 90 %. Le gouverneur y sollicite le paiement de deux factures émises par Corporation Ramos-K, toutes deux datées du 21 octobre 2024 : 1 315 621,20 dollars pour l'avancement des travaux préfinancés, et 315 000 dollars pour la formation au Maroc de trente sapeurs-pompiers de la ville, un détail qui recoupe une visite officielle de septembre 2024 mentionnant trente agents alors en formation dans ce pays.

Treize mois plus tard, en septembre 2026, une source interne à l'Hôtel de Ville, interrogée séparément et sans connaissance du contenu de cette lettre, situe l'avancement du même chantier au même niveau : environ 90 %. Un chantier ne stagne pas au même pourcentage pendant plus d'un an sans cause identifiable. La cause la plus directement documentée, par la lettre du gouverneur lui-même, est le non-paiement du partenaire ayant préfinancé les travaux. Ni l'Hôtel de Ville, ni le ministère du budget, ni Corporation Ramos-K n'ont pu être joints à ce stade pour confirmer si la situation a évolué depuis.

Un mécanisme qui se retrouve à toutes les échelles

Ce blocage documenté sur la caserne de la Gombe n'est vraisemblablement pas un incident isolé. Le corps des sapeurs-pompiers, fort de deux cent trente-huit agents selon une visite officielle de septembre 2024, n'en compterait plus que cent trente-sept en septembre 2026 dans un contexte où une grève de quarante-quatre mois d'arriérés de salaire a déjà été observée en 2021. La DGSI restait non opérationnelle en avril 2025, quand un nouveau compte rendu de conseil des ministres réaffirmait, presque dans les mêmes termes qu'un an plus tôt, la nécessité de son « opérationnalisation urgente ».

Le même schéma se retrouve à d'autres dates. En août 2023, après un incendie de camion-citerne ayant fait une soixantaine de morts et détruit une dizaine de maisons, le ministre provincial de l'intérieur de l'époque, Gratien Tsakala, avait accordé trois semaines aux propriétaires de véhicules et de bâtiments pour s'équiper d'extincteurs. En octobre 2025, au lendemain d'un nouvel incendie, le gouverneur Daniel Bumba s'était rendu à la caserne centrale, y avait dressé un constat de dysfonctionnements (démobilisation des agents, absence d'entretien des véhicules) et avait ordonné leur remise en état immédiate. Dans chacun de ces cas comme dans celui de la DGSI, l'annonce a précédé l'exécution de plus d'un an, sans que personne n'en rende compte publiquement dans l'intervalle.

Le test de septembre 2026

La séquence ouverte début septembre se distingue néanmoins des précédentes par un degré de formalisation inédit. Un communiqué officiel du gouvernement provincial, signé le 8 septembre 2026 par le vice-gouverneur Eddy Iyeli Molangi en l'absence du gouverneur, alors en mission, annonce la création d'une commission mixte chargée du contrôle de conformité de tous les établissements recevant du public, en référence à un télégramme du ministre de l'intérieur Jacquemain Shabani. Le texte impose à tous les exploitants de salles de fêtes, de spectacle ou d'exposition de se présenter entre le 10 et le 15 septembre 2026 à l'Hôtel de Ville, munis de leurs autorisations et de leurs dossiers techniques, sous peine de fermeture. Des contrôles physiques, portant notamment sur les installations électriques et les dispositifs anti-incendie, auraient déjà commencé sur le terrain depuis le lundi 7 septembre, jour même des incendies de Saint-Pierre et de Limete.

C'est la première mesure de ce dossier assortie à la fois d'un calendrier précis et d'une sanction déterminée. Elle a pourtant été signée le jour même où, à Barumbu, des riverains racontaient n'être parvenus à joindre aucun service de secours pour combattre l'incendie de l'avenue Kongolo. L'écart entre l'annonce et le terrain n'aura donc pas attendu le 15 septembre pour se manifester une première fois. Si le mécanisme documenté sur la caserne de la Gombe se confirme comme un trait structurel plutôt qu'un cas isolé, cette séquence devra être jugée non pas sur ce qu'elle annonce, mais sur ce qui sera vérifiable après le 15 septembre : le nombre d'établissements effectivement contrôlés, le nombre de fermetures effectivement prononcées.

À l'École primaire 4 Saint-Pierre, l'incendie du 7 septembre a une conséquence qui déborde la seule question des secours. Le coordonnateur provincial des écoles conventionnées catholiques de Kinshasa, l'abbé Andoche Bavuidinsi Matondo, a interpellé l'État pour qu'il finance la reconstruction du bâtiment détruit, rappelant que la gratuité de l'enseignement a privé son réseau des moyens nécessaires : « On demande à l'État de faire quelque chose pour la reconstruire. Parce qu'avec la gratuité, on n'a pas d'argent, rien du tout. » En pleine rentrée scolaire, l'établissement ne peut plus accueillir ses élèves, illustrant que le coût de ces incendies ne se limite pas aux victimes directes ni à la seule capacité d'intervention des pompiers.

Qui répond de quoi

L'Hôtel de Ville, sous l'autorité du gouverneur Daniel Bumba Lubaki, porte la responsabilité directe du chantier de la Gombe et de l'opération de contrôle lancée le 8 septembre, dont elle devra publier les résultats. Le ministère du budget, destinataire de la demande de déblocage du 6 août 2025, porte la responsabilité du paiement resté sans réponse documentée à ce jour. Le ministère de l'intérieur porte la responsabilité de la DGSI et de la mise en œuvre nationale du contrôle qu'il a lui-même déclenché. L'Assemblée provinciale, désormais saisie de la proposition d'édit du député Phanzu Babaka depuis le 7 septembre, porte la responsabilité de son examen : l'absence de cadre légal sur la prévention incendie, documentée depuis 2022 par l'ingénieur John Kabwidi Bwidi, ne pourra plus être imputée à une carence de proposition. Le ministère de l'éducation, enfin, n'a pour l'heure donné aucune suite publique à l'appel de l'abbé Bavuidinsi Matondo concernant la reconstruction de l'EP4 Saint-Pierre.

Reste une question que cette enquête ne tranche pas : celle de savoir si la séquence ouverte en septembre 2026 rompt avec le schéma qui a précédé, ou si elle s'y ajoute. La réponse se lira, avec certitude, après le 15 septembre.