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RDC : Faustin Luanga, du service de quatre présidents à l'appel à une gouvernance cohérente

Faustin Luanga

Économiste, ancien haut fonctionnaire de l'Organisation mondiale du commerce à Genève (trente ans de carrière) et professeur d'université, Faustin Luanga a côtoyé quatre des cinq présidents qu'a connus la République démocratique du Congo, jeune agent au service de sécurité sous Mobutu, conseiller sous Laurent-Désiré Kabila, conseiller puis directeur de cabinet chargé des questions d'économie et de développement sous Joseph Kabila, et ambassadeur itinérant en charge des organisations internationales sous Félix Tshisekedi. Il était l'invité du Space live organisé par Stanis Bujakera Tshiamala ce mercredi.

Interrogé sur ce que chacune de ces quatre présidences lui a appris de l'exercice du pouvoir au Congo, Faustin Luanga s'est d'abord refusé à tout exercice de comparaison, évoquant quatre personnalités au caractère différent, mais unies selon lui par un même amour du Congo exprimé chacune à sa façon. Il retient de sa carrière, dans son ensemble, une expérience mise « au service de la nation ».

Invité à dire laquelle de ces présidences l'a le plus marqué, il a réitéré son refus de comparer, attribuant à chacune une empreinte propre : à Mobutu, l'unité nationale, à Laurent-Désiré Kabila, un « amour passionné du Congo », pour lequel il aurait « laissé sa vie », à Joseph Kabila, le sacrifice d'une partie du pouvoir en faveur de la réunification du pays, et à Félix Tshisekedi, un leadership actuel et une reconquête de l'unité nationale qu'il juge aujourd'hui « bousculée » ces dernières années.

Une trajectoire justifiée par la « flexibilité intellectuelle »

Sur sa capacité à traverser des régimes très différents, parfois opposés, sans rupture apparente, Faustin Luanga évoque un devoir propre à l'intellectuel : mettre son intelligence au service du pays, et non des normes du moment. Il s'agit, selon lui, de « penser librement » pour « exister pleinement », y compris en disant une vérité qui dérange, au risque de s'attirer des ennuis, mais avec la conviction qu'avoir été celui qui a parlé juste, dans un moment difficile, finit par payer.

Une gouvernance jugée « chancelante » depuis Mobutu

Sur l'évolution de la gouvernance congolaise depuis Mobutu, Faustin Luanga dresse un bilan sévère : une évolution qu'il qualifie de « chancelante ». S'appuyant sur ses trente années de carrière internationale et sa connaissance de plus de cent cinquante pays visités, il affirme n'avoir jamais rencontré de pays s'étant construit « par hasard », mais toujours « par méthode », sous-entendant que la RDC, elle, ne s'est pas dotée de cette méthode.

Il estime que le pays se trouve aujourd'hui « à un tournant », dont l'issue dépendra des décisions prises dans les prochains mois. Tirant les leçons de son expérience sous les quatre présidences, il observe que la RDC a « commenté des crises » sans en comprendre les mécanismes ni s'attaquer à leurs causes profondes, une posture qu'il juge intenable dans un monde en pleine recomposition des rapports de force, où la question, selon lui, n'est pas de suivre le mouvement mais de savoir « où l'on veut aller ».

Sécurité, gouvernance et économie : « les trois piliers d'un État qui tient debout »

Faustin Luanga présente sécurité, gouvernance et économie non comme des thématiques séparées, mais comme les trois piliers indissociables d'un État stable, un test, dit-il, que la RDC doit encore réussir à passer. Il insiste sur le fait que le pays n'a « jamais manqué de ressources », mais a, selon lui, manqué de cohérence sous chacun des présidents qu'il a servis. Il présente cette cohérence comme l'enjeu central à construire aujourd'hui, qualifiant le débat qu'il mène ce soir non pas de simple exercice de communication, mais d'« exercice de responsabilité ».

Un pays qui « a tout » mais se comporte « comme si nous n'avons rien »

Développant cette idée, Faustin Luanga évoque un pays occupant, selon lui, une place singulière dans le monde depuis l'époque de l'État indépendant du Congo : immense par sa géographie, riche par l'abondance de ses ressources, stratégique par sa position au cœur du continent. Il y voit une dualité entre promesse et péril, qui constituerait selon lui l'un des fils rouges du destin congolais.

Il appelle le pays à définir des réponses claires sur l'usage de ses atouts stratégiques : ses minerais, essentiels selon lui à l'avenir technologique mondial ; sa forêt, vitale pour la transition écologique, son vaste réseau d'eau douce, le potentiel du barrage d'Inga, et sa position centrale en Afrique. Faute de telles réponses, résume-t-il, la RDC continuerait de « subir » plutôt que de proposer des solutions, un pays qui, selon sa formule, « a tout, mais fait comme si nous n'avons rien ».