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Ebola en RDC : placer les communautés au cœur de la gouvernance de la riposte afin de reprendre l’avantage sur le virus, insiste le forum d’ONG humanitaires et de développement 

Santé/Bunia/Ph.OMS

Alors que la République démocratique du Congo fait face à une épidémie de maladie à virus Ebola dans l’est du pays, le Conseil national des Fora des ONG humanitaires et de développement en République démocratique du Congo (CONAFOHD-RDC) apporte sa contribution au débat sur l’efficacité de la riposte, dans un contexte marqué par la progression « rapide » et « inquiétante » du virus, faisant de cette 17ᵉ épidémie de maladie à virus Ebola l’une des plus importantes jamais enregistrées en RDC, selon les données communiquées par les autorités sanitaires.

Pour cette organisation, il ne faut pas attendre qu’Ebola accomplisse son cycle et finisse par s’épuiser. Il faut, au contraire, interrompre ce cycle. Et pour y parvenir, il faudra être plus rapides que le virus. Cela, affirme le Coordonnateur national du CONAFOHD-RDC, commence par la capacité à « écouter, comprendre et agir au rythme des communautés ». Dans une réaction intitulée « Ebola : L’engagement communautaire, un levier essentiel pour reprendre l’avantage sur le virus », et prenant notamment appui sur une déclaration du directeur général de l’Africa CDC « C’est l’erreur que nous avons faite depuis le début de cette épidémie : nous n’avons pas écouté les communautés. », le Coordonnateur national du CONAFOHD-RDC, Dr De-Joseph Kakisingi Mibi, estime que cette reconnaissance mérite une attention particulière.

Selon lui, cette reconnaissance rejoint une alerte portée par son organisation depuis les premières semaines de l’épidémie : Ebola n’est pas seulement une urgence biomédicale.

« La bataille contre le virus se joue aussi  et parfois d’abord dans les communautés. Nous avons alerté sur les résistances, les rumeurs, la faiblesse de l’implication des organisations locales, les difficultés de suivi communautaire, les alertes tardives et le risque de construire une réponse techniquement robuste mais insuffisamment enracinée dans les réalités sociales. Nous avons surtout plaidé pour que l’on cesse de considérer la communauté comme le dernier maillon de la riposte, auquel on apporte des messages conçus ailleurs. La communauté doit devenir le premier espace d’anticipation, d’alerte et d’interruption de la transmission », a-t-il indiqué dans une déclaration ce lundi 10 août.

Le temps communautaire de l’épidémie

D’après le Dr Kakisingi, c’est autour de cette conviction que son organisation a progressivement développé quatre approches complémentaires. En premier lieu, il évoque le temps communautaire de l’épidémie, tout en précisant qu’il existe un temps qui précède souvent le temps institutionnel de la riposte.

Avant la confirmation biologique, avant l’arrivée des équipes spécialisées et parfois même avant l’alerte officielle, quelque chose se passe déjà dans la communauté : une personne tombe malade, une famille s’interroge, des voisins observent, une rumeur circule, un malade se déplace et des contacts se multiplient.

« C’est ce que nous appelons le temps communautaire de l’épidémie. Gagner contre Ebola signifie gagner ce temps. Car lorsqu’il est perdu, le système commence souvent à courir derrière des chaînes de transmission déjà constituées », a-t-il fait remarquer 

L’intelligence communautaire anticipative 

En deuxième lieu, le numéro un du Conseil national des Fora des ONG humanitaires et de développement en RDC évoque l’Intelligence Communautaire Anticipative. Écouter les communautés, explique-t-il, ne signifie pas seulement organiser des consultations. Cela signifie également reconnaître que les communautés produisent de l’information stratégique.

Pour le CONAFOHD-RDC, les relais communautaires, les organisations locales, les personnels de santé, les responsables religieux, les femmes, les jeunes et les leaders communautaires observent souvent les premiers signaux : déplacements inhabituels, décès suspects, refus de certaines mesures, rumeurs, mouvements de malades, modification des comportements ou apparition de nouvelles zones de vulnérabilité. L’Intelligence Communautaire Anticipative consiste ainsi à transformer ces signaux dispersés en informations utilisables afin d’anticiper les risques et d’orienter rapidement la prise de décision.

La ceinture communautaire 

S’agissant de la ceinture communautaire, le Dr Kakisingi rappelle qu’il ne faut pas attendre que chaque nouvelle zone soit contaminée pour y organiser la réponse. Autour des foyers actifs, estime-t-il, il faut préparer les communautés des territoires exposés avant l’arrivée du virus : informer et former les relais, organiser l’alerte précoce, identifier les circuits de mobilité, travailler avec les leaders locaux et préparer les mécanismes de réponse. C’est, selon lui, la logique de la ceinture communautaire : déplacer une partie de la riposte de l’endroit où Ebola est déjà présent vers les endroits où il risque d’arriver. « Il faut barrer la route au virus plutôt que courir continuellement derrière lui », insiste-t-il 

L’ALLCE pour structurer l’action locale

Parallèlement à ces trois premières approches, le CONAFOHD-RDC évoque l’ALLCE (Action Locale de Lutte Contre Ebola). L’objectif est de transformer la mobilisation spontanée des communautés en une capacité nationale structurée, financée et immédiatement opérationnelle.

Pour le Dr Kakisingi, cette approche dépasse d’ailleurs le seul cadre de l’épidémie actuelle.

« Au-delà d’Ebola, cette réflexion pose une question plus large : combien de vies pourraient être sauvées si les évidences produites par les communautés étaient prises en compte avec la même attention que les données biologiques ?Une communauté qui refuse une intervention n’est pas nécessairement une communauté “résistante”. Son comportement peut traduire une expérience, une peur, une incompréhension ou une rupture de confiance que la réponse n’a pas suffisamment comprise », a-t-il fait savoir.

Écouter avant de prescrire 

Poursuivant son intervention, le Coordonnateur national du CONAFOHD-RDC rappelle que le P-FIM permet précisément de remettre cette compréhension au début du processus : écouter avant de prescrire, comprendre avant de communiquer et construire avec les communautés plutôt que décider pour elles.

D’après lui, la question n’est désormais plus de savoir si les communautés doivent être écoutées. Il estime que les évidences sont suffisamment nombreuses pour justifier une adaptation de la stratégie de riposte.

« Reconnaître aujourd’hui que les communautés n’ont pas suffisamment été écoutées doit ouvrir une nouvelle étape. Il faut leur donner une place réelle dans la gouvernance de la réponse. Il faut financer directement les acteurs locaux capables d’agir immédiatement. Il faut intégrer les informations communautaires aux mécanismes de décision. Il faut investir dans les territoires encore épargnés avant que le virus n’y arrive. Et surtout, il faut cesser de considérer l’engagement communautaire comme une activité périphérique de communication. Il constitue une intervention de santé publique à part entière », recommande le Dr De-Joseph Kakisingi Mibi.

Cette réaction intervient alors que la flambée de maladie à virus Bundibugyo se poursuit en RDC. Le 17 mai 2026, l’OMS avait déclaré que cette situation constituait une urgence de santé publique de portée internationale (USPPI), après l’apparition de cas en RDC et en Ouganda.

Si l'Ouganda est parvenu à maîtriser la transmission et à déclarer la fin de son épidémie le 28 juillet, la riposte en RDC reste confrontée à d'importants défis opérationnels, notamment dans la province de l'lturi.

Clément MUAMBA