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Cinéma : avec le film Naïké, Amida Balega porte un plaidoyer pour les soldats oubliés des conflits

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Après avoir marqué les esprits avec son court-métrage Adhoka, la réalisatrice congolaise Amida Balega revient avec un nouveau projet, “Naïké”, son premier long-métrage. Coproduit entre la République démocratique du Congo et la Côte d’Ivoire, le film raconte l’histoire d’une jeune fille déterminée à sauver son père, un soldat blessé de guerre et en proie à des traumatismes psychologiques. Rencontre.

Deux ans après avoir été récompensé au Salon International du Contenu Audiovisuel d'Abidjan (SICA) 2024, le projet Naïké change d’envergure. Lauréat d’un prix de 5 millions de FCFA, le film est devenu une production internationale estimée à près de 400 000 dollars. Une évolution à l’image du parcours d’Amida Balega, déjà révélée par son court-métrage Adhoka, lequel lui avait notamment valu une invitation en Côte d’Ivoire par la Banque mondiale.

Pour la réalisatrice congolaise, réaliser ce projet symbolise une étape importante dans sa carrière.

« Adhoka a été un véritable tournant dans ma carrière. Ce film m’a ouvert des portes auxquelles je ne m’attendais pas et m’a permis de comprendre que mes histoires pouvaient toucher bien au-delà de mon pays. Naïké, ce long-métrage beaucoup plus ambitieux, représente une étape de maturité. C’est la preuve qu’avec de la persévérance, un rêve peut évoluer et prendre une dimension internationale », affirme Amida Balega.

La cinéaste explique que la récompense obtenue en 2024 n’était qu’un point de départ. Selon elle, la véritable aventure a commencé après le festival, lorsqu’il a fallu convaincre des partenaires et relancer le projet malgré de nombreux revers.

« Les cinq millions du SICA n’étaient pas une finalité, mais cette reconnaissance nous a redonné espoir, explique-t-elle. Nous avons ensuite travaillé sans relâche pour convaincre d’autres partenaires de nous rejoindre. Construire un film comme Naïké a demandé énormément de patience, de sacrifices et de résilience. Nous avons même dû refaire entièrement un tournage après avoir perdu tout le film en postproduction. Beaucoup auraient abandonné, mais nous avons choisi de recommencer », raconte Amida.

Avec le film Naïké, Amida Balega souhaite attirer l’attention sur une réalité rarement abordée, celle des blessures physiques et psychologiques des militaires de retour des conflits, ainsi que le quotidien de leurs familles.

« Je viens de la République démocratique du Congo, un pays qui connaît les conséquences de la guerre depuis de nombreuses années. Pourtant, on parle très peu des soldats qui reviennent blessés, physiquement et psychologiquement, ni des familles qui vivent leur souffrance au quotidien, souligne la réalisatrice. À travers Naïké, nous avons voulu raconter le regard d’une enfant qui refuse d’abandonner son père alors que tout semble perdu. C’est une histoire d’amour familial, de résilience et d’espoir. Derrière chaque uniforme se cache un être humain qui mérite d’être écouté, accompagné et respecté. Ce film est aussi une manière de dire aux militaires, partout dans le monde, que leurs sacrifices sont vus », souligne-t-elle.

Tourné entre la RDC et la Côte d’Ivoire, le long-métrage est le fruit d’une coproduction africaine qu’Amida Balega considère comme un modèle de coopération culturelle. « Les frontières ne doivent pas limiter la création africaine », estime-t-elle, saluant également la contribution du producteur ivoirien Viateur Yapo, rencontré en Côte d’Ivoire, dont l’accompagnement a permis au projet de franchir plusieurs étapes décisives.

Le film revêt également une dimension particulière avec la dernière apparition à l’écran du regretté Elbas Manwana. Pour la réalisatrice, cette ultime interprétation constitue un hommage à un acteur « d’une grande générosité » dont le talent continuera à vivre à travers cette œuvre.

Amida Balega dit attendre une rencontre avec le public aussi bien ivoirien que congolais. Son ambition est que les spectateurs soient touchés par cette histoire et continuent d’en parler longtemps après la projection.

Interrogée sur les jeunes Congolaises qui rêvent de devenir réalisatrices, la cinéaste les encourage à ne pas attendre des conditions idéales pour commencer. Selon elle, les difficultés font partie du parcours, mais elles ne doivent jamais empêcher de croire en sa propre voix ni de raconter les histoires africaines.

 


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