Intervenant dimanche lors du Space live organisé par Stanis Bujakera Tshiamala à l'occasion de la Journée du Genocost, la réalisatrice et documentariste Maud Salomé, qui affirme avoir travaillé pendant douze ans aux côtés du docteur Denis Mukwege, est revenue sur la difficulté d'établir des chiffres précis concernant les victimes des massacres en RDC. Elle a cité l'exemple de Kavumu, où un terrain de football aurait été construit sur une parcelle identifiée comme une fosse commune, ainsi que le massacre de Kishishe, dont plusieurs victimes enlevées n'auraient toujours pas été retrouvées des années après les faits. Selon elle, l'absence d'enquêtes systématiques et de prélèvements empêche de documenter l'ampleur réelle des crimes commis.
Maud Salomé a, par ailleurs, estimé que les Congolais ne devraient pas attendre la reconnaissance des institutions internationales pour qualifier ces crimes de génocide, évoquant notamment le massacre de Kasika, où plus d'un millier de personnes auraient été tuées en une seule nuit, comme preuve, selon elle, d'une planification.
Elle a également mis en cause l'implication d'intérêts économiques étrangers, notamment américains, dans le soutien apporté selon elle au Rwanda et au FPR depuis les années 1980, ainsi que dans l'exploitation des minerais de l'Est congolais, qu'elle relie à une stratégie de déplacement et de remplacement des populations locales.
La documentariste a, en outre, formulé de vives critiques à l'égard du gouvernement congolais, qu'elle accuse de tirer profit du commerce illégal de minerais et de trafics liés au conflit, ainsi que d'associer d'anciens responsables présumés de violences, dont Jean-Pierre Bemba, à des cérémonies de commémoration organisées par le FONAREV.
Elle a, par ailleurs, dénoncé des soupçons de détournement de fonds destinés aux victimes. Interrogée sur ce qu'elle attend du gouvernement, elle a répondu ne pas voir, selon ses mots, comment engager un dialogue avec des autorités qu'elle accuse d'être responsables du massacre de Goma et de la mort d'anciens ministres, des accusations qui n'ont pas été davantage étayées au cours de son intervention.