Réunie ce mardi 21 juillet à Mangina, dans le territoire de Beni, la coordination provinciale de la société civile Forces vives du Nord-Kivu a dressé un tableau préoccupant de la situation sécuritaire dans la province. Dans une déclaration rendue publique à l'issue de ses travaux, elle dénonce la poursuite des massacres de civils par les combattants ADF dans la région de Beni, ainsi que le renforcement des effectifs des rebelles de l'AFC/M23 dans les territoires occupés.
Selon la société civile, plusieurs localités de la région de Beni, notamment Mangina, Mbau et Oicha, continuent d'être la cible d'attaques des ADF, marquées par des massacres de populations civiles, des incendies d'habitations et des enlèvements de personnes dont le sort demeure inconnu. Elle regrette que les alertes lancées par les habitants sur les mouvements des assaillants ne soient pas suffisamment prises en compte par les services de sécurité, alors que les attaques se poursuivent.
Dans le sud de la province, la coordination provinciale affirme que l’AFC/M23 soutenue par l’armée rwandaise poursuit le renforcement de ses positions par le déploiement de nouveaux éléments et de moyens logistiques dans les zones sous son contrôle. Elle l'accuse également de continuer à commettre des exactions contre les populations civiles, notamment des assassinats, des actes de torture, des viols, des pillages des ressources naturelles et des biens des habitants, des occupations illégales de maisons et de champs, des recrutements forcés ainsi que l'installation de « populations inconnues » dans certaines entités occupées.
« L'analyse globale de la situation sécuritaire du Nord-Kivu révèle que plusieurs entités ont été la cible des attaques des ADF dans les villes de Beni et d'Oicha, en territoire de Beni, notamment à Mangina, Mbau et ailleurs, avec comme conséquences des massacres à répétition de populations civiles innocentes, des incendies de maisons et de motos, auxquels s'ajoutent des enlèvements d'autres compatriotes dont le sort demeure inconnu. Pendant ce temps, dans la partie sud de la province, la rébellion de l'AFC/M23 continue à se renforcer en déployant des militaires ayant terminé leur formation à Tshanzu ainsi que des militaires RDF, accompagnés d'une logistique conséquente dans les zones qu'il contrôle, prouvant ainsi son habituel plan de poursuivre la guerre sur différents axes malgré tous les engagements pris », peut-on lire dans leur déclaration.
Et d'ajouter :
« Par ailleurs, le même M23 continue à massacrer, torturer, violer, piller les ressources naturelles et les biens des populations, occuper illégalement des habitations, des champs et des plantations, implanter des populations non identifiées dans certaines entités, imposer des taxes illégales qui asphyxient la population, procéder au recrutement forcé des jeunes ainsi qu'à des assassinats ciblés ».
Face à cette situation, la société civile recommande au gouvernement congolais de renforcer les capacités opérationnelles des FARDC engagées dans la lutte contre les ADF, les rebelles de l'AFC/M23 et les autres groupes armés, notamment en les dotant d'équipements adaptés. Elle demande également au gouverneur militaire du Nord-Kivu, commandant des opérations, de renforcer la coordination des opérations de sécurité, de sanctionner les commandants qui ne réagissent pas aux alertes de la population et de réduire les effectifs affectés à la circulation routière afin de renforcer la police de proximité.
À la communauté internationale, la coordination provinciale appelle à la mise en œuvre effective des résolutions 2773 et 2808 des Nations unies, à la création d'une Cour spéciale internationale chargée de juger les crimes commis en République démocratique du Congo ainsi qu'au respect des accords de Washington.