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Ebola à Kisangani: Judith Suminwa veut renforcer les capacités locales de diagnostic avec l’opérationnalisation imminente d’un nouveau laboratoire

Photo d'illustration

La Première ministre de la République démocratique du Congo, Judith Suminwa Tuluka, a effectué jeudi 23 juillet 2026, une mission de haut niveau à Kisangani, chef-lieu de la province de la Tshopo, nouvellement touchée par la résurgence de la maladie à virus Ebola. Cette visite visait à évaluer les dispositifs mis en place sur le terrain et à renforcer la coordination de la riposte.

Accompagnée des représentants des États-Unis, du système des Nations unies ainsi que des principaux partenaires engagés dans la lutte contre Ebola, la cheffe du Gouvernement a réaffirmé le leadership de l'État dans la gestion de cette épidémie. Selon la Primature, cette mission avait également pour objectif de consolider la coordination avec les partenaires techniques et financiers et de permettre aux décideurs de haut niveau d'apprécier les réalités du terrain afin d'améliorer les actions de prévention, de surveillance et de prise en charge des populations affectées.

Au terme de sa visite des installations dédiées à la riposte et après avoir reçu un état des lieux des activités menées dans la province, Judith Suminwa Tuluka s'est entretenue avec la presse. Elle a dressé un bilan encourageant de la réponse sanitaire, deux mois après la déclaration officielle de la 17ᵉ épidémie d'Ebola en République démocratique du Congo et quelques semaines après l'apparition des premiers cas dans la province de la Tshopo.

Réagissant aux inquiétudes sur une éventuelle lenteur de la riposte, la Première ministre a assuré que les informations recueillies sur le terrain témoignent plutôt de progrès significatifs. Rappelant que les cas enregistrés dans la Tshopo étaient importés, elle a indiqué que les équipes de riposte avaient déjà identifié et placé sous surveillance la quasi-totalité des cas contacts.

« Si vous me dites que la riposte piétine, ce ne sont pas les informations que je viens d'avoir ce matin. Au contraire, on a eu cinq cas importés d'Ebola ici dans la Tshopo : deux cas qui étaient déjà décédés, deux autres qui sont arrivés décédés, et un qui a survécu. Les équipes de riposte, avec le chef de division ainsi que les différents partenaires qui viennent en appui, ont déjà pu retracer pratiquement tous les cas contacts, qui sont actuellement suivis. Donc, dire que ça piétine, je pense qu'on n'avait pas la bonne information » a déclaré la Première ministre Judith Suminwa Tuluka

Concernant les moyens mobilisés, Judith Suminwa Tuluka a indiqué que le gouvernement avait déjà débloqué d'importantes ressources financières pour soutenir la lutte contre l'épidémie. Elle a précisé que des échanges se poursuivent avec les partenaires afin d'assurer une meilleure adéquation entre les priorités de la riposte et les décaissements des fonds mobilisés.

« Le gouvernement a débloqué 50 millions de dollars pour l'ensemble de la riposte. Sur l'ensemble du pays, les partenaires ont également mobilisé plus ou moins un milliard de dollars. Le travail qui est en train de se faire consiste à s'assurer qu'il y ait une adéquation entre les priorités et les décaissements en cours » a-t-elle fait savoir.

Dans le même registre, la cheffe du gouvernement a annoncé l'opérationnalisation, d'ici une semaine, d'un laboratoire de diagnostic de la maladie à virus Ebola à Kisangani. Selon elle, cette infrastructure permettra à la province d'effectuer localement les analyses, sans devoir acheminer les échantillons à Kinshasa.

« Ici, dans la Tshopo, un certain nombre de besoins ont été identifiés, notamment la nécessité de rendre rapidement opérationnel le nouveau laboratoire, qui devrait être opérationnel d'ici une semaine puisqu'il est déjà pratiquement achevé et équipé. Cela permettra d'assurer que toutes les analyses des cas d'Ebola soient réalisées à Kisangani, sans devoir encore les envoyer à Kinshasa, à l'INRB » a affirmé Judith Suminwa Tuluka.

La Première ministre a, par ailleurs, insisté sur l'importance de l'engagement communautaire dans la lutte contre Ebola, estimant que la détection précoce des cas constitue l'un des principaux défis de la riposte. 

Elle a indiqué que le Gouvernement entend renforcer la sensibilisation et la formation des communautés afin d'augmenter le taux de détection précoce, qui est actuellement estimé à environ 10 %.

« L'engagement communautaire est vraiment essentiel. Avec le réveil communautaire, nous allons renforcer la formation afin que les cas puissent être détectés le plus rapidement possible. Aujourd'hui, les cas détectés au niveau des communautés représentent environ 10 %. Nous souhaitons une augmentation beaucoup plus importante de cette détection communautaire afin d'éviter d'attendre que les personnes présentent déjà des symptômes avancés avant d'arriver à l'hôpital, parfois dans des situations déjà difficiles à prendre en charge » a rassuré Judith Suminwa Tuluka

En République démocratique du Congo, la descente sur le terrain de la Première ministre intervient dans un contexte où, deux mois après la déclaration de la 17ᵉ épidémie de la maladie à virus Ebola et quelques semaines après l'apparition de nouveaux cas dans deux nouvelles provinces, portant à cinq le nombre total de provinces touchées (Nord-Kivu, Sud-Kivu, Ituri, Tshopo et Haut-Uele), la riposte demeure confrontée à de nombreuses difficultés.

Malgré l'expérience acquise lors des seize précédentes épidémies, les opérations, notamment en Ituri, ont été perturbées par des mouvements de grève des prestataires et des professionnels de santé, qui réclament une meilleure prise en compte de leurs revendications. Ces derniers dénoncent notamment des retards de paiement, des conditions de travail difficiles ainsi que le non-respect de certains engagements pris par le gouvernement.

À ces difficultés s'ajoutent des contraintes sécuritaires persistantes dans plusieurs zones affectées, compliquant le déploiement des équipes de riposte. En Ituri, épicentre de l'épidémie, certains centres de traitement ont également été la cible d'attaques de groupes armés, rendant encore plus complexe la lutte contre cette 17ᵉ épidémie de la maladie à virus Ebola.

Clément MUAMBA, Envoyé spécial à Kisangani