La 11ᵉ région militaire a réuni le lundi 20 juillet, un échantillon de ses militaires pour une séance de sensibilisation sur l’utilisation des téléphones portables et des réseaux sociaux. Au cœur des échanges, les vidéos tournées par des soldats pendant les opérations, les publications sur TikTok, les contenus intimes, mais aussi les risques liés à la localisation des militaires à travers leurs téléphones.
La séance a été animée par le capitaine Anthony Mualushayi, du service de communication de la 11ᵉ région militaire. Les militaires ont été invités à mesurer les conséquences de ce qu’ils publient sur internet, dans un pays où les forces armées sont engagées sur plusieurs fronts.
Dans l’Est du pays, les FARDC combattent notamment les rebelles de l’AFC/M23, soutenus par le Rwanda ainsi que les islamistes ADF, tandis que dans la partie ouest, les violences liées aux groupes armés Mobondo continuent également de préoccuper les forces de sécurité.
Dans ce contexte, le téléphone portable est présenté comme un possible moyen d’obtenir des informations sensibles liées à la sécurité. Le capitaine Anthony Mualushayi a expliqué que les réseaux sociaux font désormais partie des sources exploitées dans le renseignement.
« L’ennemi a des sources. Dans le renseignement militaire, il y a des sources ouvertes. Les réseaux sociaux font partie de ces sources ouvertes. L’ennemi a des réseaux de renseignement qui exploitent chaque jour nos comptes afin d’avoir des renseignements sur nos positions », a-t-il déclaré au micro de ACTUALITE CD.
Selon lui, les militaires doivent donc éviter de publier des images ou des vidéos qui pourraient permettre de savoir où ils se trouvent. Une vidéo tournée pendant une opération, une photo prise dans une position militaire ou une publication sur TikTok peuvent contenir des indices permettant d’identifier un lieu ou de suivre les mouvements des troupes.
La question de la géolocalisation a également été soulevée. Le capitaine Anthony Mualushayi a indiqué que les commandants ont déjà reçu des instructions concernant les téléphones des militaires engagés dans les opérations.
« Les commandants ont déjà reçu les injonctions de prendre les téléphones des soldats qui sont en pleine opération. Les smartphones et même les téléphones normaux. Ils les récupèrent et, après, ils les remettent pour communiquer avec leurs familles », a-t-il expliqué.
Selon les explications données lors de la séance, le problème ne concerne pas uniquement les smartphones, même les téléphones classiques sont concernés par cette mesure.
La sensibilisation a également porté sur les militaires qui se filment pendant les opérations. Certains enregistrent des vidéos dans les zones où ils sont déployés avant de les publier sur les réseaux sociaux.
Pour les responsables de la séance, ces publications peuvent montrer des éléments du terrain, des positions ou des détails qui permettent à des personnes extérieures d’obtenir des informations sur les activités des troupes.
TikTok et Facebook sont cités parmi les plateformes utilisées par certains militaires. Les participants ont été appelés à éviter d’y publier des contenus tournés pendant les opérations ou susceptibles de renseigner sur leurs activités.
Le capitaine Anthony Mualushayi a aussi évoqué les contenus à caractère sexuel, notamment les « nudes », qui circulent à travers les téléphones. Les militaires ont été sensibilisés sur les risques liés à la prise et au partage de ces images, qui peuvent ensuite être utilisées pour exercer des pressions ou faire chanter leurs auteurs.
La séance ne concernait pas uniquement l’utilisation du téléphone sur le champ de bataille. Les militaires ont également été appelés à faire attention à ce qu’ils publient dans leur vie courante.
Selon le capitaine, les informations partagées en ligne peuvent être consultées et recoupées, même lorsqu’elles semblent, au départ, sans rapport avec les opérations militaires.
Dans un pays où les FARDC sont engagées dans des combats contre notamment l’AFC/M23 et les ADF dans la partie orientale du pays, les responsables militaires veulent ainsi limiter les informations accessibles publiquement sur leurs soldats et leurs positions.
Le message transmis aux militaires au cours de cette séance est donc simple : une publication sur les réseaux sociaux peut devenir une source d’information pour l’ennemi. D’où l’appel à la prudence avant de filmer, de photographier ou de publier un contenu lorsqu’un militaire est engagé dans une opération.
Yvonne Kapinga, à Kikwit