Les Forces Armées de la République démocratique du Congo (FARDC) ont dénoncé la poursuite des actions militaires de la coalition RDF/AFC/M23 dans l'Est du pays, en dépit des multiples initiatives diplomatiques engagées aux niveaux national, régional et international pour mettre fin à un conflit qui continue de déstabiliser la région des Grands Lacs depuis plus de trois décennies.
S'exprimant devant la presse ce samedi 6 juin 2026, le lieutenant-colonel Mak Hazukay Mongba, porte-parole intérimaire des FARDC, a indiqué que les engagements souscrits dans le cadre des processus de paix de Washington et de Doha n'ont pas permis, jusqu'à présent, de mettre un terme aux hostilités ni d'améliorer significativement la situation sécuritaire sur le terrain.
"En dépit des efforts diplomatiques engagés aux niveaux national, régional et international ainsi que des engagements pris dans le cadre des processus de Washington et de Doha, la coalition RDF/AFC/M23 poursuit ses actions hostiles contre la République démocratique du Congo", ont déclaré les FARDC via son porte-parole.
Selon l'armée congolaise, plusieurs localités de la province du Nord-Kivu ainsi que les Hauts Plateaux de Fizi et d'Uvira, dans le Sud-Kivu, continuent de subir des attaques attribuées à cette coalition.
"Dans plusieurs localités du Nord-Kivu ainsi que dans les Hauts Plateaux de Fizi et d'Uvira au Sud-Kivu, ces forces continuent de s'en prendre aux populations civiles et à certaines positions des Forces Armées de la République démocratique du Congo, causant des pertes en vies humaines, des déplacements de populations et d'importants dégâts matériels", a souligné l'armée.
Des infrastructures stratégiques ciblées
Les FARDC ont également dénoncé des attaques répétées visant certaines infrastructures stratégiques du pays. Elles citent notamment l'aéroport international de Bangboka à Kisangani, dans la province de la Tshopo.
"La coalition RDF/AFC/M23 poursuit également ses attaques contre certaines infrastructures stratégiques nationales. À plusieurs reprises, elle a recouru à l'utilisation de drones pour cibler l'aéroport international de Bangboka à Kisangani", ont-elles indiqué.
Pour l'armée congolaise, ces actes démontrent que la menace demeure active et continue de peser sur la sécurité nationale.
"Ces attaques répétées témoignent de la persistance de la menace que cette coalition continue de faire peser sur la sécurité du pays ainsi que sur des infrastructures essentielles au fonctionnement de l'État. Elles traduisent également sa volonté de maintenir une pression permanente sur les populations et sur les dispositifs de défense déployés par les Forces Armées de la République démocratique du Congo", ont expliqué les FARDC.
Face à cette situation, l'armée assure avoir renforcé les mesures de protection autour des installations sensibles.
"Les Forces Armées de la République démocratique du Congo demeurent vigilantes face à cette menace et poursuivent les mesures nécessaires à la sécurisation des infrastructures stratégiques ainsi qu'à la protection des populations civiles", ont-elles affirmé.
Des violations répétées du cessez-le-feu
Les FARDC accusent également la coalition RDF/AFC/M23 de ne pas respecter les engagements pris dans le cadre des différents cessez-le-feu négociés sous médiation internationale.
"Les Forces Armées de la République démocratique du Congo rappellent également que la coalition RDF/AFC/M23 a, à plusieurs reprises, violé les engagements de cessez-le-feu auxquels elle avait pourtant souscrit. Malgré les efforts continus déployés pour favoriser un règlement pacifique de la crise, cette coalition poursuit ses offensives et multiplie les provocations, compromettant les perspectives de stabilisation durable dans la région", ont-elles déclaré devant la presse.
Les FARDC dénoncent des campagnes de désinformation
Au cours de cette communication, l'armée congolaise a également dénoncé ce qu'elle qualifie de campagnes de désinformation visant à brouiller la compréhension du conflit et à détourner les responsabilités.
"Les Forces Armées de la République démocratique du Congo constatent par ailleurs la poursuite de campagnes de désinformation destinées à travestir la réalité de la situation sur le terrain et à inverser les responsabilités. Alors même qu'ils sont à l'origine de nombreuses exactions contre les populations civiles, les auteurs de ces violences tentent régulièrement d'induire en erreur l'opinion publique nationale et internationale afin de masquer leurs responsabilités", ont soutenu les FARDC.
Engagement réaffirmé pour la défense du territoire
Poursuivant la communication, les FARDC ont réitéré leur engagement à poursuivre leurs opérations dans le respect des lois de la République et des engagements internationaux du pays.
"Face à cette situation, les Forces Armées de la République démocratique du Congo poursuivent leurs opérations dans le strict respect de la Constitution de la République, des lois nationales et des engagements internationaux de notre pays. Elles demeurent engagées dans la protection des populations civiles, la sécurisation des infrastructures stratégiques, la neutralisation des groupes armés et terroristes ainsi que la défense de l'intégrité territoriale de la République", ont-elles souligné dans leur communication.
En dépit de l’existence de l’Accord de Washington et des réunions d’évaluation qui se succèdent, la situation sécuritaire et humanitaire dans l’Est de la République démocratique du Congo (RDC) continue de se détériorer. Cette évolution intervient malgré la multiplication des initiatives diplomatiques censées contribuer à la résolution de la crise.
L’érosion de la confiance entre les parties ainsi que le manque de volonté politique de certains acteurs régionaux, qui freine la mise en œuvre effective des engagements pris, demeurent des défis majeurs pour les médiateurs, notamment les États-Unis d’Amérique et l’État du Qatar. Ces derniers sont appelés à poursuivre leurs efforts en faveur d’une issue à la crise sécuritaire actuelle, marquée par la présence de la rébellion de l’AFC/M23, que Kinshasa accuse d’être soutenue par le Rwanda.
Face à cette situation, des voix continuent de s’élever aux niveaux national, régional et international pour appeler les différents protagonistes au respect des engagements souscrits dans le cadre des initiatives de paix. Toutefois, ces appels demeurent jusqu’à présent sans effet notable. L’objectif de réduire le fossé persistant entre les réalités du terrain et les avancées diplomatiques enregistrées sur le papier peine encore à se concrétiser. Chaque partie continue, en effet, d’interpréter les dispositions de l’accord selon sa propre lecture, rendant sa mise en œuvre davantage hypothétique.
Il en va de même pour le processus de Doha, placé sous l’égide de l’État du Qatar. Malgré plusieurs cycles de discussions, Kinshasa et la rébellion de l’AFC/M23 peinent toujours à accorder leurs positions sur les principaux points de divergence. L’étape de Montreux, en Suisse, qui devait insuffler une nouvelle dynamique à ce processus, n’a pas produit les résultats escomptés. Les engagements issus de cette phase de négociations n’ont pas été pleinement respectés, tandis que la détérioration de la situation sécuritaire au Moyen-Orient a également contribué à reléguer ce dossier au second plan, ralentissant davantage les efforts de médiation.
Clément MUAMBA