Le monde n'est pas significativement plus sûr qu'il y a dix ans face aux pandémies, conclut le rapport final du Global Preparedness Monitoring Board (GPMB), publié le 18 mai 2026, qui clôt huit ans de mandat de cet organe de surveillance indépendant co-convoqué par l'OMS et la Banque mondiale.
"Le monde est au bord du gouffre", résume le rapport dans son titre. Son constat central est sans ambiguïté : les réformes engagées depuis la création du GPMB en 2018, au lendemain de l'épidémie Ebola en Afrique de l'Ouest, n'ont pas suivi le rythme de la montée des risques.
En 2024, l'OMS a détecté presque deux fois plus d'événements sanitaires d'urgence qu'en 2015. Les urgences sanitaires qui franchissent le seuil épidémique sont devenues des événements à plus fort impact. La fréquence et la magnitude des crises augmentent, tandis que la capacité de récupération ne s'améliore pas.
Ebola, point de départ et fil conducteur
Le GPMB a été créé pour éviter qu'une crise comme l'épidémie Ebola en Afrique de l'Ouest de 2014-2016 ne se reproduise. Cette épidémie, rappelle le rapport, a fait plus de 28 600 cas et 11 325 morts. Elle a été la première fois que le virus s'amplifiait dans des zones urbaines densément peuplées. Les systèmes de santé de la Guinée, du Libéria et de la Sierra Leone se sont effondrés. La mortalité secondaire par maladies évitables a approché le nombre de morts directement imputables à Ebola. Jusqu'à 16 000 personnes supplémentaires sont mortes de la rougeole dans les 18 mois suivant la fin de l'épidémie.
L'épidémie en RDC de 2018 à 2020, au Nord-Kivu et en Ituri, a fait 3 481 cas et 2 299 morts. Le rapport note que cette épidémie s'est déroulée dans une zone de conflit actif où l'insécurité, la méfiance et les attaques contre les soignants ont sévèrement entravé la réponse. Il recense environ 40 événements violents contre le personnel sanitaire et humanitaire au Nord-Kivu et en Ituri en 2019.
Le bilan moins lourd qu'en Afrique de l'Ouest s'explique selon le GPMB par une détection plus rapide, la disponibilité d'un vaccin et des structures de réponse améliorées. Mais le taux de létalité a été plus élevé qu'en Afrique de l'Ouest, en raison de la fragilité des infrastructures et du conflit armé.
Confiance et équité : « le socle absolu’
Le GPMB identifie l'érosion de la confiance comme la menace centrale pour la préparation mondiale. La confiance s'érode entre gouvernements et citoyens, entre pays et envers les organisations multilatérales. Les inégalités persistent dans l'accès à l'information, aux financements et aux contre-mesures médicales. Le rapport constate une "equity fatigue" croissante : une lassitude des gouvernements à prioriser et financer l'accès équitable. Lors des récentes épidémies de mpox, les vaccins ont mis 24 à 27 mois pour atteindre les pays à faibles revenus touchés.
Le cycle panique-négligence se reproduit
Le coût de la réponse aux urgences sanitaires n'a pas diminué malgré les leçons accumulées. Après l'épidémie d'Afrique de l'Ouest, les financements pour la santé mondiale sont revenus à leurs niveaux d'avant-crise en moins de deux ans. Le financement de la préparation renforcé après le Covid-19 est déjà menacé par les coupes budgétaires liées aux pressions géopolitiques. L'affaiblissement financier et politique de l'OMS est explicitement mentionné comme facteur aggravant.
La désinformation, risque systémique documenté
Le rapport mesure la désinformation lors des épidémies passées. Lors de l'épidémie Ebola en Afrique de l'Ouest, 55% des tweets contenaient des informations fausses ou partiellement fausses. Lors de l'épidémie en RDC de 2018-2020, 25,5% des personnes interrogées croyaient qu'Ebola n'était pas réel. Le GPMB cite la désinformation comme facteur aggravant systématique, qui alimente la peur, sape la confiance et fragmente la cohésion sociale.
Trois priorités pour la prochaine décennie
Le GPMB formule trois recommandations : créer un mécanisme indépendant de surveillance des risques pandémiques rattaché à l'Assemblée mondiale de la santé ; garantir un accès équitable aux contre-mesures médicales avec une fabrication régionalisée ; mettre en place un financement durable et prévisible de la préparation.
Le rapport a été finalisé le 18 mai 2026. Il ne mentionne pas l'épidémie Ebola Bundibugyo en cours en Ituri, déclarée en mai 2026, pour laquelle il n'existe ni vaccin ni traitement approuvé.