Ebola en RDC : Kinshasa insiste sur une riposte globale incluant les zones sous contrôle de l’AFC/M23, estimant que la rébellion ne dispose ni de l’expertise ni des moyens pour gérer la crise sanitaire

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Samuel Roger Kamba

La riposte contre l’épidémie d’Ebola dans l’Est de la République démocratique du Congo doit être globale, en prenant également en compte les zones affectées mais sous contrôle de la rébellion de l’AFC/M23, appuyée par le Rwanda et occupant de vastes pans des provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Tel est l’avis du ministre de la Santé publique, Hygiène et Prévoyance sociale, Samuel Roger Kamba.

Intervenant le mardi 26 mai 2027 lors d’un briefing consacré à la situation sanitaire liée à l’épidémie d’Ebola, le ministre a expliqué que la réponse à Goma ne relevait pas uniquement d’un défi médical, mais également d’un problème d’accès humanitaire et sécuritaire. Selon lui, sans accès à ces zones, il sera difficile de gérer efficacement cette crise sanitaire.

"La Riposte à Goma, la réponse n’est pas nécessairement technique uniquement au niveau médical, vous connaissez la situation de Goma, nous avons nous annoncé deux vérités: la première, c’est que c'est notre population,c'est à nous de gérer, la deuxième, c’est que sans accès aux zones occupées notamment à Goma, nous ne pouvons pas gérer", a déclaré Samuel Roger Kamba, ministre de la Santé publique, Hygiène et Prévoyance Sociale. 

D’après ce membre du gouvernement dirigé par la Première ministre Judith Suminwa, la RDC, à travers son gouvernement, a déjà formulé à plusieurs reprises des demandes d’ouverture d’un couloir humanitaire, notamment lors de la riposte contre le Mpox et actuellement dans le cadre de la lutte contre Ebola. Cependant, selon lui, ces démarches n’ont pas encore abouti et la situation n’évolue pas encore dans le sens attendu.

"Vous avez peut-être suivi que la responsable pays de l'OMS est à Goma, j'étais avec elle ici, j'étais avec elle à Bunia, elle m'a dit ecoutez moi, je vais aller à Goma, je lui ai dit je ne sais pas par quel chemin tu vas passer, si tu as des entrées là-bas mais nous avions nous demander du temps de Mpox déjà un couloir humanitaire, nous avions nous demandé que la riposte que ça soit le Mpox ou maintenant avec Ebola ne soit pas une riposte séquencée c'est-à-dire il ne faudrait pas une riposte du pays et puis une micro riposte de Goma parce-que ça ne va pas être efficace", a insisté Samuel Roger Kamba, ministre de tutelle.

Pour Samuel Roger Kamba, les mouvements permanents de populations entre les villes de l’Est compliquent davantage la gestion de l’épidémie et rendent indispensable une coordination sanitaire unifiée sur l’ensemble du territoire concerné.

"Vous voyez que le cas de Goma, c'est un cas venu de Bunia ça veut dire que nos populations bougent, on peut bien entendu occuper militairement un territoire, mais on ne peut pas gérer la population si vous n'avez pas l'adhésion de cette population et la population bouge et c'est pour celà qu'on ne peut pas faire une riposte isolée, la riposte doit être une riposte globale parce que si quelqu’un quitte Goma par un chemin qu’il choisit lui-même et se retrouve à Butembo, comment allons-nous savoir qu’il s’agit d’un cas contact si nous n’avons pas la gestion de ce cas là sur le terrain ? ", s'est-il interrogé lors de son intervention. 

Le ministre estime ainsi qu’une riposte fragmentée entre les zones contrôlées par le gouvernement et celles sous occupation compromettrait les efforts sanitaires déjà engagés. Il a profité de l’occasion pour rappeler l’urgence et la nécessité du départ des forces rwandaises et de leurs supplétifs de l’AFC/M23, qu’il accuse de ne pas disposer de l’expérience ni des capacités nécessaires pour gérer cette crise, afin de faciliter le déploiement de la riposte dans cette partie du pays.

"C’est ce que nous disons depuis le début, et je l’ai encore rappelé tout à l’heure, Il y a des personnes qui doivent quitter notre pays. C’est la seule solution pour que nous puissions déployer correctement la riposte. On peut débattre autant qu’on veut, mais je donne ces deux exemples : quelqu’un quitte Goma et arrive à Butembo avec un statut de cas contact ; comment allons-nous le savoir si nous n’assurons pas son suivi ? Et si quelqu’un arrive à Goma depuis Butembo et qu’au niveau de notre répertoire nous identifions cette personne comme cas contact, à qui allons-nous transmettre l’information ? Pour moi, la solution est claire et connue de tous : il faut que le Rwanda quitte notre territoire national. Point final. Ils n’ont ni l’expertise, ni les moyens de gérer, ni la capacité de gérer cette situation", a martelé le ministre Samuel Roger Kamba. 

Par ailleurs, Samuel Roger Kamba a également dénoncé la fermeture des frontières dans le contexte actuel, estimant qu’elle va à l’encontre des recommandations du Règlement sanitaire international.

"D’ailleurs, ils ont fait preuve d’une grande méchanceté. Le Règlement sanitaire international recommande de ne pas fermer les frontières. Pourquoi alors avoir fermé la frontière, s’ils prétendent agir pour la population de Goma ? Je ne vais pas commencer à vous expliquer comment nous faisons à Bukavu. Ce qu’il faut comprendre, c’est que nous devons libérer nos territoires afin de déployer la même riposte partout. Gardez simplement à l’esprit qu’aujourd’hui, parmi les 3.600 cas contacts dont nous avons parlé, nous savons où certaines personnes se dirigent et nous devons pouvoir les suivre afin d’indiquer aux équipes locales : « Faites le test à telle personne. » Or, si quelqu’un quitte Bunia et arrive à Goma, nous transmettons l’information à qui ?", s'est-il interrogé dans son intervention. 

Le ministre congolais considère enfin que la résolution durable du problème passe avant tout par le rétablissement de l’autorité de l’État dans les territoires occupés. Selon lui, l’envoi de kits médicaux ou d’équipements ne suffira pas à lui seul à stopper la propagation du virus sans un déploiement complet des équipes de riposte sur le terrain.

"Je ne veux pas donner l’impression que l’envoi de kits suffirait à régler le problème. Je viens de vous expliquer que ce qu’il faut déployer là-bas, c’est la riposte elle-même, pas seulement des ressources matérielles. Je le répète : quelqu’un quitte Goma pour Butembo ; si nous ne sommes pas informés, cette personne peut propager le virus. Quelqu’un quitte Beni pour Goma alors qu’il est cas contact ; nous pouvons suivre cette personne jusqu’à un certain point, puis perdre totalement sa trace une fois arrivée à Goma, cela n’a donc aucun sens de parler uniquement de kits, le message essentiel est le suivant : nous devons déployer toute la riposte, pas seulement ouvrir des couloirs humanitaires et la riposte comprend notamment la traçabilité des cas contacts, parce que ce sont eux qui propagent la maladie. Si nous ne les suivons pas, la maladie continuera de se diffuser. On ne peut donc pas simplement dire : « Nous allons envoyer des kits. » Nous devons déployer toute la riposte"a insisté le ministre Samuel Roger Kamba. 

En date du 15 mai 2026, une épidémie d’Ebola a été confirmée dans la province de l’Ituri, dans le nord-est de la République démocratique du Congo. L’OMS a déclaré cette épidémie comme une urgence de santé publique de portée internationale. Il s’agit d’une souche rare du virus pour laquelle il n’existe ni vaccin homologué ni traitement spécifique.

Les conflits, les importants mouvements de population ainsi que la faiblesse du contrôle gouvernemental rendent difficiles le traçage des contacts et les efforts de riposte, tout en augmentant le risque de propagation à d’autres régions du pays et aux pays voisins. La grave situation humanitaire dans la région, où plus de 26 millions de personnes sont confrontées à une insécurité alimentaire aiguë, accroît davantage leur vulnérabilité. La malnutrition, les déplacements de population et la fragilité des services de santé contribuent à un risque élevé d’infection et de mortalité.

Clément MUAMBA