À Walikale, au Nord-Kivu, la nuit a été longue, bruyante… et historique. À peine le coup de sifflet final retenti, confirmant la qualification des Léopards de la RDC pour la Coupe du monde 2026, la cité de Walikale s’est transformée en une véritable marée humaine. Klaxons, chants, cris de joie et danses improvisées ont envahi les artères, comme pour rattraper plus d’un demi-siècle d’attente.
Car ici, cette qualification résonne comme une revanche du temps. Depuis la dernière participation du pays en 1974, les générations se sont succédé sans jamais revivre une telle émotion. Cette fois, l’histoire s’écrit à nouveau.
"Je n’y croyais plus. On nous parlait toujours de 1974 comme d’un conte lointain. Aujourd’hui, c’est nous qui allons raconter ça à nos enfants !", lance, visiblement ému, Jean-Marie Kasole, un enseignant rencontré au rond-point Chui de Walikale.
Dans les quartiers, la fête a pris des allures spontanées. Des jeunes, drapeau congolais noué autour de la tête ou des épaules, ont parcouru plusieurs kilomètres à pied, scandant des chants à la gloire des Léopards. Des motos, transformées en cortèges ambulants, sillonnaient la cité dans un concert de vrombissements et de sifflets.
"Même pendant certaines grandes fêtes, je n’ai jamais vu Walikale comme ça. C’est comme si toute la souffrance d’ici était oubliée, au moins pour une nuit", confie Aline Bahati, une habitante du quartier Camp TP.
Mais au-delà de la liesse, cette qualification porte une charge symbolique forte dans un territoire souvent marqué par l’insécurité et l’isolement. Pour beaucoup, elle représente une parenthèse d’unité et d’espoir.
"On vit des moments difficiles ici. Mais aujourd’hui, on est tous ensemble, sans distinction. Le football nous a réunis comme jamais", témoigne Patrick Kakiri, conducteur de taxi.
Certains anciens, eux, ont vécu cette soirée avec une émotion particulière, teintée de nostalgie.
"En 1974, j’étais encore jeune. On écoutait les matchs à la radio. Aujourd’hui, voir ça avec mes petits-enfants, c’est un miracle », raconte Mzee Katumbu Milabyo, la voix tremblante.
Jusqu’au petit matin, les chants ont continué de résonner dans Walikale. Entre espoir retrouvé et fierté nationale, cette qualification des Léopards dépasse le simple cadre sportif. Elle ravive une mémoire collective et redonne, le temps d’une célébration, le sourire à toute une population.