Le conflit au Moyen Orient opposant la coalition américano-israélienne à l’Iran affecte le commerce de l’or au Nord-Kivu. Avec son principal centre de négoce de Butembo qui traite de l’or provenant des puits de l’ex-province orientale (les Uélé, Tshopo et Ituri), de Lubero (Manguredjipa et Bunyatenge) et de Walikale, le Nord-Kivu est l’un des principaux fournisseurs d’or issu de l’exploitation artisanale à Dubaï (Émirats Arabes Unis). Mais depuis l’éclatement de la guerre, et surtout à la suite des bombardements iraniens, Dubaï, destination finale de l’or Nord-Kivutien, a ralenti ses activités, privant les négociants de Butembo de liquidité pour l’achat de l’or, a expliqué à ACTUALITE.CD, un négociant qui a requis l’anonymat.
« La guerre (de l’Iran) nous a impactés. Nous sommes dans l’angoisse. L’argent ne provient plus de Dubaï. Nous n’avons plus de liquidité pour acheter de l’or. Et le prix est perturbé. Plus question de suivre la bourse. Vraiment ça impacte l’économie des minerais », explique-t-il.
Aussi, au-delà de l’argent qui provient des consommateurs finaux émiratis (Dubaï), les négociants de Butembo roulent également avec l’argent de leurs frères commerçants qui se rendent à Dubaï pour s’approvisionner en manufacturés. Concrètement, pour contourner les frais de transaction bancaires et éviter d’exposer leur économie à l’insécurité, avant leur voyage, les commerçants déposent de l’argent aux négociants et partent le récupérer auprès de leurs partenaires destinataires finaux de l’or de Dubaï. Mais depuis l’éclatement de la guerre, eux aussi ont suspendu leurs mouvements vers le Moyen Orient. Ce qui affecte également les centres de négoce.
« Les commerçants qui nous donnent de l’argent pour leur transfert vers Dubaï où ils vont s’approvisionner en manufacturés ne nous les donnent plus. Ils ont peur de nous donner leur argent pour qu’ils aillent les retirer à Dubaï », ajoute le négociant qui témoigne d’un moment dur que traversent les comptoirs d’achat d’or. « Aujourd’hui, à notre bureau (comptoir d’achat d’or) nous n’avons aucun franc (argent). Nous achetons à crédit. Vraiment, nous dépendons du Moyen Orient. Nous avons constaté qu’il n’y a que le Moyen Orient qui achète notre or. Même à Kampala (Ouganda), il n’y a pas de liquidité », révèle-t-il.
Les creuseurs artisanaux en payent le prix
Cette situation affecte les creuseurs artisanaux qui ne dépendent que de l’exploitation de l’or pour survivre. Tanzi Makofi, agent à Mahoho Coopérative Mining (MACOMIN), principale coopérative minière de Manguredjipa témoigne à ACTUALITE.CD que dans ce centre de négoce de l’or, depuis l’éclatement de la guerre au Moyen Orient, le prix d’un gramme de l’or est passé de 178 USD à 90 USD. « Avant la guerre, on achetait de l’or à 178 ou 180 dollars le gramme. Mais aujourd’hui le prix varie entre 90 et 100 USD le gramme, alors qu’à la bourse, le prix reste toujours élevé. Ça perturbe l’économie locale dans nos zones où nous ne dépendons que de l’exploitation artisanale de l’or », révèle Tanzi Makofi.
Claude Sengenya