Est de la RDC : Kinshasa, Luanda, Lomé…recomposition discrète des médiations régionales

Gnassingbé et Tshisekedi
Gnassingbé et Tshisekedi

La dynamique diplomatique autour de la crise sécuritaire dans l’est de la République démocratique du Congo s’est intensifiée ces dernières semaines. Un entretien téléphonique a eu lieu entre le premier ministre et ministre des affaires étrangères du Qatar, Cheikh Mohammed ben Abdulrahman Al-Thani, et le ministre angolais des relations extérieures, Tete António. Les discussions ont porté sur la recherche d’une solution pacifique entre la RDC et le Rwanda.

Le Qatar a réaffirmé à cette occasion son attachement au règlement des conflits par le dialogue. Cette position intervient alors que les négociations sur les six protocoles destinés à compléter les deux premiers dans le cadre de l’accord-cadre entre le gouvernement congolais et l’AFC/M23 demeurent au point mort.

Depuis début 2026, le président congolais Félix Tshisekedi s’est rendu à deux reprises en moins d’un mois à Luanda pour rencontrer le président angolais João Lourenço. Ce rythme de consultations est inhabituel dans les relations bilatérales entre les deux pays.

Selon des sources de la présidence congolaise, João Lourenço a soumis à son homologue plusieurs propositions liées à la crise sécuritaire dans l’est de la RDC. Kinshasa en a pris acte, sans annoncer de décision immédiate ni confirmer l’ouverture officielle d’un nouveau processus de paix.

Après avoir annoncé en mars 2025 son retrait du rôle de médiateur dans la crise congolaise, l’Angola opère aujourd’hui un retour progressif et discret dans le dossier. Luanda a relancé des consultations élargies, multipliant les contacts avec presque toutes les parties prenantes impliquées dans la crise.

Dans ce cadre, l’ancien président congolais Joseph Kabila a été reçu fin décembre à Luanda, selon des proches de son entourage. Quelques jours plus tard, une délégation issue de son camp a également été reçue. 

Dans le même temps, la diplomatie angolaise a pris contact avec le groupe politico-militaire AFC/M23. Son coordonnateur, Corneille Nangaa, a adressé une lettre au président João Lourenço afin d’obtenir des clarifications sur la nature de l’initiative angolaise, notamment sur l’existence éventuelle d’un nouveau processus.

Parallèlement, l’Angola a pris langue avec le Qatar afin de rassurer Doha sur le sens et la portée de sa démarche diplomatique.

Cette séquence diplomatique s’est élargie avec l’implication du Togo. Le président congolais Félix Tshisekedi est arrivé à Lomé pour une séance de travail consacrée aux efforts de paix et de stabilisation dans l’est de la RDC, à l’invitation de Faure Essozimna Gnassingbé, président du Conseil de la République togolaise et médiateur désigné par l’Union africaine dans ce conflit.

D’après les informations d’ACTUALITE.CD, il s’agit d’un déplacement bref, effectué en aller-retour. Jusqu’ici, le président togolais était resté relativement discret dans la gestion de la crise congolaise, notamment depuis l’entrée en jeu des États-Unis et du Qatar dans les efforts de médiation. Selon des sources diplomatiques, Lomé entend désormais « faire bouger les lignes ».

Le Togo prévoit d’organiser, le 17 janvier 2026, une réunion de haut niveau consacrée à la cohérence et à la consolidation du processus de paix en RDC et dans la région des Grands Lacs. L’objectif affiché est de renforcer la confiance et de faire progresser le dialogue.

Cette initiative s’inscrit dans le prolongement des efforts internationaux récents. En amont, et en étroite coordination avec le Togo, la France avait organisé le 30 octobre 2025 à Paris une Conférence de soutien à la paix et à la prospérité dans la région des Grands Lacs, qui avait permis de mobiliser plus de 1,5 milliard d’euros en faveur des populations vulnérables et de soutenir la dynamique de négociation menée par les États-Unis, le Qatar et l’Union africaine.

Faure Gnassingbé a succédé à João Lourenço comme médiateur désigné par l’Union africaine dans le conflit sécuritaire à l’est de la RDC, après validation de sa nomination par les instances de l’organisation panafricaine. Il est appelé à travailler en coordination avec les facilitateurs du processus de paix fusionné de Luanda et de Nairobi, conformément aux décisions du sommet conjoint virtuel de la Communauté de l’Afrique de l’Est (EAC) et de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), tenu le 24 mars 2025.