CAN 2025: les Congolais déjà tournés vers l’avenir 

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Les Léopards

Les Léopards ont quitté la Coupe d’Afrique des Nations 2025, organisée au Maroc, au stade des huitièmes de finale. Opposés aux Fennecs d’Algérie dans un véritable bras de fer qui a duré 120 minutes et tenu toutes ses promesses, les Congolais ont cédé dans les ultimes secondes de la prolongation.

Demi-finalistes lors de la précédente édition en Côte d’Ivoire, les Fauves congolais ont vu leur rêve du sacre s’effondrer sur une frappe imparable d’Adil Boulbina, dans un match qui aurait pu basculer des deux côtés. Un dénouement cruel qui repousse encore les espoirs d’une troisième étoile continentale. 

Pourtant, au-delà de la douleur d’une sortie précoce par rapport, par exemple, à la précédente édition, c’est déjà vers l’avenir que se tourne la nation tout entière. Les Léopards ont quitté la compétition la tête haute, avec honneur, mais non sans blessure. « Il faut garder la tête haute », a souligné le sélectionneur Sébastien Desabre, affirmant n'avoir « rien à reprocher » à ses joueurs après ce revers.

Une mentalité inculquée à ses joueurs, à l’exemple de Samuel Moutoussamy qui, malgré la déception, garde une certaine fierté : « Nous sommes tombés les armes à la main, en donnant tout pour notre pays. Malheureusement, cela n’a pas suffi, mais l’heure n’est pas à l’abattement », a-t-il écrit sur son compte X. Et d’ajouter : « L’équipe doit être prête physiquement et mentalement pour les grandes échéances qui nous attendent au mois de mars ». 

Les larmes d’une nation

L’image de Michel Kuka Mboladinga, alias Lumumba Vea, restera l’un des symboles les plus marquants de cette CAN 2025. Ce fervent supporter, qui avait choisi d’incarner une statue vivante de Patrice Lumumba tout au long de la compétition, s’est effondré en larmes à la fin du match. Son chagrin a bouleversé les réseaux sociaux, devenant le miroir de l’émotion collective d’un peuple.

Ses larmes, devenues virales, ont révélé toute la passion et l’attachement des Congolais à leur équipe nationale. À Kinshasa comme ailleurs, la déception était bien réelle, mais souvent mêlée à un sentiment de fierté pour le parcours accompli par les Léopards. « C’est la première fois depuis longtemps que j’ai vu les Congolais aussi unis derrière leur équipe », confie Gérard Lubanga, un jeune habitant de Matete.

Fierté nationale malgré une fin cruelle 

Si l’échec au Maroc ravive une certaine frustration populaire, il n’entame pas la fidélité d’un peuple toujours prêt à rêver. Les Congolais restent débout, portés par une résilience collective inébranlable et une foi intacte, en attendant les barrages qualificatifs en mars prochain pour la Coupe du Monde 2026. 

« On est un peu déçus, bien sûr, mais honnêtement, on a une belle équipe, combative, qui s’est battue jusqu’au bout. Ils nous ont rendus fiers », confie Gédéon Malala, habitant de Lemba. Pour lui, il ne s’agit plus de s’apitoyer : « Maintenant cap sur le mondial. C’est l’objectif ultime. On n’a pas le doit de lâcher ». 

Jérémie Nanga partage, quant à lui, un point de vue très positif sur la prestation des Léopards dans cette CAN. « Oui, c’est une déception de sortir dès les huitièmes, mais je suis fier de ce que l’équipe a montré ». Il souligne tout de même les progrès visibles dans le jeu et l’attitude : « J’ai vu une équipe soudée, plus disciplinée tactiquement, avec une vraie progression depuis les éliminatoires de la Coupe du monde ». 

Il poursuit :

« Ce n’était pas juste une question de résultats. Il y a eu un vrai esprit collectif, une discipline tactique nouvelle, et une identité de jeu qui commence à se dessiner. Les Léopards ont montré du caractère, c’est encourageant ».

Un avis partagé par Sacré Bayekula qui, malgré la déception encore vive, préfère regarder vers l’avenir. « Pour les barrages de la Coupe du monde, je suis confiant. Avec cette base, un peu plus de travail et de stabilité dans le staff, je crois qu’on peut aller chercher cette qualification historique. Il faudra juste garder la même mentalité, renforcer quelques postes clés, et croire en nous jusqu’au bout ».

Ce nouvel épisode rappelle combien les Congolais savent faire face aux désillusions, en transformant chaque échec en un levier de cohésion, d’espérance et de fierté. 

Pour Trésor Mutombo, journaliste et analyste sportif, ce regain d’unité populaire autour des Léopards s’explique par les performances encourageantes de l’équipe ces derniers mois. « Ils ont enchaîné de belles prestations et les victoires face au Cameroun et Nigeria, en quelque sorte, ont fait oublier la défaite face au Sénégal », analyse-t-il. Toutefois, il n’a pas tari d’éloges pour la sélection nationale : « Aujourd’hui, l’équipe congolaise est une valeur montante du football africain. Cet élan de solidarité se comprend, mais nous devons continuer à travailler et à nous améliorer pour dépasser un cap ».

Un avis nuancé que partage également Jenovic Mbowa, journaliste sportif à Top Congo FM. « C'est un groupe qui nous a habitués un peu aux résultats. Je crois que cet échec, c'est une erreur de parcours. Mais ce n'est pas ce qui va décourager la population à continuer à aimer ces Léopards qui nous réserve sûrement une surprise en mars 2026 », dit-il. 

Tout en reconnaissant les progrès de l’équipe, il adopte une lecture plus critique du parcours congolais à la CAN : « Certes, il y a aussi une progression pour cette équipe. Mais s’il faut parler de notre parcours à la CAN, je dirai que c’est un échec. On s'arrête en huitième de finale, alors qu'on sait que, lors de la dernière édition, on a atteint les demi-finales, éliminé par le pays hôte, la Côte d'Ivoire ». 

Un rendez-vous avec l’histoire 

La déception de la CAN est rapidement supplantée par l’excitation des éliminatoires de la Coupe du Monde 2026. « Nous devons analyser en profondeur ce qui n’a pas fonctionné, car certaines choses n’ont pas marché », a reconnu le sélectionneur Sébastien Desabre. « Nous devons immédiatement nous concentrer sur l’objectif très important qui nous attend en mars ». 

La RDC est engagée dans les barrages intercontinentaux, prévus en mars 2026, où elle affrontera le vainqueur de l’opposition entre la Jamaïque et la Nouvelle-Calédonie. L’enjeu est de taille : une qualification pour le Mondial serait la première depuis 1974, lorsque le pays portait encore le nom du Zaïre. « Il nous reste un dernier combat. Nous allons rentrer, nous remettre au travail, et prier pour que chacun reste en bonne santé. Si Dieu le veut, tout est possible lors de ce match décisif », a confié Chancel Mbemba. 

Cet objectif nourrit un espoir immense et une détermination renouvelée au sein de l’équipe et de la population. « Les Léopards savent qu’ils ont un rendez-vous avec l’histoire. Retrouver la Coupe du monde plus de 50 ans après, c’est le rêve d’un peuple tout entier. Et ils en sont pleinement conscients. Avec le cœur et la lucidité, ils peuvent le faire. « Il est important de rester concentrés et d’aborder la finale avec sérénité », souligne Trésor Mutombo. 

Même son de cloche du côté de Jenovic Mbowa. Le journaliste de Top Congo FM rappelle que la RDC est à un tournant historique : « Cela fait 52 ans que le pays n’a plus connu de Coupe du monde. On est à deux doigts de quelque chose d’immense ». 

Mais pour franchir ce cap, il appelle à une autocritique constructive : « Il faut tirer les leçons de cette CAN. Certaines choses n’ont pas fonctionné et doivent être corrigées d’ici mars ».

Et de conclure : « Cette compétition a montré que, malgré le talent individuel, nous n’avons pas encore atteint le niveau collectif nécessaire. La victoire contre de grandes équipes comme le Nigeria et le Cameroun nous a peut-être fait croire que nous étions déjà au sommet. Cette élimination nous rappelle qu’il reste du chemin. Il faut renforcer certains secteurs de jeu, corriger les failles et continuer à travailler dur ».

Ce barrage s’annonce comme l’un des rendez-vous les plus cruciaux de l’histoire récente du football congolais.

La réaction du peuple congolais après cette élimination témoigne d’une culture de la résilience profondément ancrée. Chaque revers sportif, loin d’abattre l’esprit, semble renforcer la détermination à persévérer. Le peuple congolais, souvent confronté à des défis socio-économiques et politiques, trouve dans le football un exutoire, un symbole d’unité et un motif d’espoir. Cette capacité à garder la tête haute et à se projeter vers de nouveaux défis est une caractéristique marquante de la société congolaise. Les Léopards, en dépit des résultats, restent des ambassadeurs de cette force intérieure, portant les rêves et les aspirations de millions de personnes.

James Mutuba