À quelques heures de la rentrée scolaire, prévue demain lundi 1er septembre sur l'ensemble du territoire national, certains enfants ne sont pas prêts à reprendre le chemin de l'école. Dans la commune de Kisenso, à l'ouest de la ville de Kinshasa, des mineurs doivent se livrer à des travaux pénibles dans une sablière, formée à la rive droite de la rivière Ndjili en décrue, pour s'offrir quelques pièces d'argent afin de s'offrir des objets classiques.
Il est 15 heures, lorsque Winner, 13 ans, torse nu, culotte vareuse trouée, ajuste, avec un gros bambou, la pirogue de son oncle, qui tangue au poids du sable à peine sorti des eaux. Il dit être contraint de faire ce dur labeur, sans lequel il n'aura ni des uniformes bleus blancs, ni de cahiers et moins encore un sac et une pantoufle.
« Je suis en première au lycée Julie Biliart, où le premier jour de la rentrée scolaire est obligatoire, faute de quoi je serais remplacé par un autre élève. Mais jusqu'à présent, je n'ai pas encore eu de cahiers, ni de chaussures. Mon oncle, qui travaille ici, m'a proposé de venir travailler avec lui, de vendre ces sables aux constructeurs pour qu'on se fasse un peu d'argent», dit-il.
Son jeune frère, Junior, 11 ans, peut déjà nager. Sorti de l'eau, il explique à ACTUALITE.CD qu'il lui a fallu d'apprendre à nager pour faire ce job qui expose à la noyade. Il dit être contraint d'être là, faute de quoi il n'aurait de quoi vivre.
« j’ai 11 ans. Je suis dans la même école que mon frère. J'ai appris à nager par le fait d'être ici tous les jours. Ce travail nous permet d'avoir à manger, et, maintenant, on doit nous acheter des cahiers qu'avec ça», se confie-t-il.
Leur oncle, lui aussi torse nu, précise que ce sable, qu'ils vendent au quartier Kabila dans sa partie jadis connue pour le maraîchage aujourd'hui dominée par la présence de plusieurs chantiers après sa cession par des militaires en 2015, est mesuré par chariot, qui revient à 13000 francs congolais.
« Ce sable, on le vend seulement aux chantiers qui nous entourent. Un chariot bien chargé coûte 1300 francs congolais. S'agissant du rendement de notre travail, on arrive à charger onze fois cette pirogue, si nous arrivons à temps», déclare Lionel, 35 ans.
Le plus âgé de ces collaborateurs, teint très sombre, s'abstient de parler. Biceps déjà adaptés à ces travaux de titan, sort, moyennant une pelle, du sable déjà émergé des eaux sur le bord de la rivière Ndjili, qui sépare là les communes de Kisenso et Kimbaseke.
Samyr LUKOMBO