Vendredi 18 juin 2021 - 15:58

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Afrique-RCA: des milliers de personnes vulnérables à Bambari après la destruction d’un camp de fortune
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Environ 8 500 personnes ont été expulsées de leur camp de fortune à Bambari, en République centrafricaine (RCA) après la reprise des combats dans la région, selon l'organisation médicale internationale Médecins Sans Frontières (MSF). Plusieurs milliers de personnes se sont réfugiés dans l'enceinte d'une mosquée de la ville de Bambari où elles vivent dans des conditions très précaires. Le camp a été réduit en cendres et un poste de santé géré par MSF dans le camp a également été détruit.

Le camp d'Elevage est né du conflit brutal qui a ravagé la RCA en 2013-2014. Situé à la périphérie de Bambari, l'une des principales villes du centre de la RCA, ce camp abritait des personnes originaires de communautés pour la plupart semi-nomades qui y avaient trouvé refuge après avoir fui les combats qui faisaient rage dans plusieurs zones du pays. Au cours des années suivantes, alors que les périodes de violence alternaient avec des phases plus calmes, le camp a commencé à ressembler à une petite ville, avec six mosquées et des centaines de magasins, de tentes et autres structures installées par les 8500 personnes qui y vivaient.

« J'ai emménagé ici en 2014 », raconte Mahmoud, un ancien résident du camp. « Le site était composé de personnes déplacées des villes de Bria, Kaga-Bandoro, Ippy, Boali, Kabo et Bossangoa, qui avaient fui le conflit armé. »

Il ne reste presque plus rien

Aujourd'hui, il ne reste presque plus rien du camp d'Elevage. Toutes les tentes ont été détruites par l'incendie, tandis que la plupart des bâtiments - des maisons d'un étage construites en terre ou en dur- sont en ruines, y compris un petit poste de santé géré par MSF où les équipes soignaient plus de 200 enfants chaque semaine pour le paludisme, la principale maladie mortelle en RCA, ainsi que pour la diarrhée, la pneumonie et d'autres maladies.

Seule une poignée de bâtiments se dressent encore sur le sol rouge, jonché à perte de vue de briques, de débris de bois, de plastique fondu et d'objets abandonnés. Il ne reste personne dans le camp ; il n'y a plus que le silence de la forêt voisine.

Depuis décembre 2020 et la reprise, en lien avec le processus électoral, d’un nouveau cycle du conflit en RCA, la zone de Bambari n'a pas été épargnée par les tensions qui se sont propagées dans la majorité du pays. Les offensives lancées contre le gouvernement par une nouvelle coalition de groupes armés, et les représailles et opérations de contre-offensive des forces gouvernementales, ont vu les affrontements violents se répéter régulièrement ces derniers mois.

L'un de ces affrontements a eu lieu dans la nuit du vendredi 4 juin entre les forces gouvernementales et des groupes armés non étatiques à proximité du camp d'Elevage. Le lendemain, des soldats sont entrés dans le camp, selon les témoignages d'anciens résidents. Le dimanche 6 juin, on pouvait voir depuis le centre-ville de Bambari des volutes de fumée s’élever à l’emplacement du camp.

« Ils sont arrivés samedi vers 14 heures et nous ont ordonné de quitter le site immédiatement », raconte Mahmoud. « Des coups de feu ont été tirés en l'air, ce qui a amené les gens à paniquer et à s'enfuir précipitamment. Les habitants des environs ont profité de la situation pour piller tout ce que nous avions. Ils ont pris de force nos chèvres et volé nos matelas. Peu de temps après, le site a été incendié. »

La saison des pluies apporte des risques supplémentaires pour la santé

La plupart des anciens résidents d'Elevage ont cherché refuge dans la ville de Bambari, à quelques kilomètres seulement, soit dans l'enceinte de la mosquée, soit auprès de familles de résidents qui les accueillent. À l'approche de la saison des pluies, le manque d'abris adéquats augmente le risque de contracter des maladies telles que le paludisme.

« Nous condamnons la destruction d'un lieu qui accueillait des personnes vulnérables et la destruction d’une structure de santé clairement délimitée », déclare Rhian Gastineau, cheffe de mission MSF en RCA. « Déracinées de leurs foyers et privées de soins de santé, les personnes déplacées sont encore plus vulnérables aujourd'hui qu'elles ne l'étaient auparavant. »

« Les conditions ici [dans l'enceinte de la mosquée] sont déplorables », déclare Mahmoud. « Nous dormons par terre, sans abri, ni matelas ni moustiquaire. Il n'y a pas de nourriture, pas de latrines et pas assez d'eau potable. »

Avenir incertain au milieu du conflit

Hamida, qui vivait avec ses 10 enfants dans le camp d'Elevage, dit qu'il est très difficile de faire face à leur nouvelle situation. « Après avoir été expulsés d'Elevage, nous sommes allés de mal en pis. Nous avons peur et nous avons tout perdu. Mes enfants n'ont rien à manger. Sans aide, mes enfants ne pourront plus aller à l'école. Nous ne savons pas quoi faire. »

Les équipes de MSF à Bambari ont ouvert un nouveau poste de santé dans l'enceinte de la mosquée pour soigner les personnes atteintes de paludisme et d'autres problèmes de santé. Elles ont également mis en place un point de collecte des déchets, donnent des conseils sur les problèmes de santé et fournissent un soutien en santé mentale pour aider les gens à faire face aux événements traumatisants de ces dernières semaines. D'autres organisations humanitaires sont également mobilisées pour apporter une assistance aux personnes déplacées - notamment en fournissant de l'eau potable à la mosquée et en distribuant des articles de secours et des rations alimentaires d'urgence -, mais il reste encore beaucoup à faire.

« Il est urgent que davantage de latrines soient construites et que les gens aient accès à la nourriture et à l'eau potable », dit Gastineau. « Il est également vital de soutenir la communauté d'accueil qui subit désormais une pression supplémentaire avec l'arrivée massive de personnes. Ces personnes ont été soumises à une violence continue au milieu du conflit. C’est essentiel de les protéger et, à long terme, de leur trouver un endroit sûr où rester et qui soit respecté par toutes les parties impliquées dans le conflit en cours. »

« Nous sommes vivants, grâce à Dieu », dit Hamida. "J'espère juste qu'un jour la sécurité et la paix régneront en République centrafricaine. »

*Les noms des personnes déplacées ont été modifiés pour préserver l'anonymat.

ACTUALITE.CD et MSF

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