La vétusté des infrastructures, les difficultés d’accès aux soins médicaux, l’insuffisance de l’alimentation et la surpopulation carcérale constituent autant de maux qui continuent de fragiliser le système pénitentiaire en République démocratique du Congo (RDC). Malgré plusieurs promesses et mesures annoncées par les dirigeants pour désengorger les prisons et améliorer les conditions de détention, plusieurs établissements restent confrontés à des défis structurels qui interpellent les pouvoirs publics sur l’effectivité des droits fondamentaux des personnes privées de liberté.
C’est dans ce contexte préoccupant que le ministre d’État, ministre de la Justice et garde des Sceaux, Guillaume Ngefa Atondoko Andali s’est rendu, jeudi 15 octobre 2026, accompagné du procureur général près la Cour de cassation, Firmin Mvonde Mambu, au Centre pénitentiaire de rééducation de Kinshasa (CPRK), également appelé prison centrale de Makala. Sur place, il leur a été présenté une situation dans laquelle 16 238 détenus occupent une prison prévue pour 1 500 places. Cette situation a poussé le ministre d’État Guillaume Ngefa à annoncer des mesures urgentes de désengorgement
« Le procureur général près la Cour de cassation et moi-même avions décidé de conduire une mission conjointe pour venir nous rendre compte nous-mêmes des conditions de détention de nos compatriotes. Lors de la visite de quelques pavillons, nous avons eu l’opportunité d’écouter les détenus. Nous nous sommes mis en position d’écoute pour leur permettre de s’exprimer et leur dire que les conditions sont difficiles, puisque la surpopulation est bien réelle. Les chiffres que nous avons relevés dans quelques pavillons sont exponentiels. En tant que responsables, après l’analyse que nous avons faite, nous prendrons des mesures dès demain. Nous voulons prendre ensemble des mesures urgentes pour désengorger un tout petit peu la prison », a déclaré d’entrée de jeu le ministre d’État, ministre de la Justice et garde des Sceaux, Guillaume Ngefa.
Accompagnés des autorités judiciaires civiles et militaires, les deux responsables, Guillaume Ngefa et Firmin Mvonde, ont visité plusieurs pavillons, notamment ceux des femmes, des enfants en conflit avec la loi et des détenus malades, rapporte la cellule de communication du ministère de la Justice. Ils y ont constaté une forte promiscuité, des infrastructures dégradées et des difficultés d’accès aux soins.
Selon le directeur de cet établissement pénitentiaire, André Kanza wa Kanza, l’établissement compte 16 238 détenus, dont 299 femmes et 229 enfants en conflit avec la loi. Plus de 11 000 personnes sont en détention préventive, poursuit la même source. Le ministre d’État, ministre de la Justice et garde des Sceaux, Guillaume Ngefa, a relevé que la population carcérale avait pratiquement doublé depuis sa première visite, passant d’environ 8 000 à plus de 16 000 détenus en une année, sans augmentation du budget de fonctionnement
« Quand je prenais fonction et que je suis venu ici pour la première fois, vous étiez 8 000. Aujourd’hui, vous êtes 16 000, ce qui représente quand même une augmentation exponentielle, avec le même budget. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire qu’on nourrit 16 000 personnes avec un budget prévu pour moins de 5 000. Nous devons donc formuler des recommandations appropriées » a déclaré Guillaume Ngefa, responsable du secteur de la justice en RDC
Au cours des échanges, plusieurs détenus ont affirmé être incarcérés pour des infractions mineures, tandis que d’autres ont sollicité leur libération pour des raisons humanitaires
« Nous sommes fatigués, nous souffrons. Il n’y a pas où dormir. Accordez-nous des mesures de grâce », ont lancé certains détenus au passage de la délégation gouvernementale et judiciaire
Face à cette situation préoccupante, le ministre d’État Guillaume Ngefa a insisté sur la nécessité d’accélérer l’examen des dossiers susceptibles de donner lieu à des mises en liberté, notamment conditionnelles, dans le strict respect des conditions et des procédures légales. Il s’est également préoccupé de la présence de personnes souffrant de troubles mentaux en prison et des difficultés liées à leur prise en charge médicale
« Le directeur de la prison, avec le médecin, procédera à une évaluation de nos compatriotes susceptibles de bénéficier de libérations pour des raisons humanitaires, compte tenu de leur état physique et de santé, et surtout sur la base des rapports médicaux qui seront établis » a fait savoir Guillaume Ngefa
Dans le pavillon des femmes, certaines détenues ont indiqué partager un même lit à huit. Le ministre d’État a également rencontré des mères incarcérées avec leurs enfants en bas âge, dont la situation appelle, selon lui, une attention particulière. Lors de cette visite, une attention particulière a également été accordée aux enfants en conflit avec la loi
« L’intérêt supérieur de l’enfant doit être privilégié, conformément à la Convention des Nations unies relative aux droits de l’enfant », a-t-il rappelé, plaidant pour un encadrement adapté et l’accès de ces enfants à l’éducation.
Et de poursuivre :
« Nous allons aussi voir quelles mesures doivent être prises pour les enfants en conflit avec la loi, en tant qu’État. »
De son côté, le procureur général près la Cour de cassation, Firmin Mvonde Mambu, a procédé à quelques libérations symboliques parmi les 108 détenus identifiés en vue d’une remise en liberté, après examen de leurs situations individuelles, révèle la même source. Il a exhorté les bénéficiaires à éviter tout comportement susceptible de les conduire à nouveau en prison. Ces mesures s’ajoutent aux libérations conditionnelles accordées la semaine précédente par le ministre d’État à 66 détenus remplissant les conditions légales requises.
« La souffrance est bien réelle, nous compatissons, mais nous devons aussi faire notre travail » a déclaré le procureur général, reconnaissant la gravité des conditions de détention
Pour Guillaume Ngefa, la prison doit demeurer un lieu d’amendement et de préparation à la réinsertion sociale, dans le respect de la dignité humaine. Le ministre d’État a annoncé des recommandations visant notamment le désengorgement de l’établissement, l’amélioration de la prise en charge sanitaire et la protection des personnes vulnérables. Il s’est engagé à revenir à Makala avant la fin de l’année pour évaluer les progrès réalisés
« Nous avons l’obligation de créer les conditions permettant à nos compatriotes privés de liberté d’être détenus dans des conditions acceptables. Enfin, nous avons constaté les conditions de nos compatriotes malades et les défis auxquels les médecins sont confrontés, avec 200 et quelques détenus malades qui doivent être examinés par un médecin chaque jour. Avant la fin de l’année, si Dieu nous garde encore en vie, nous reviendrons ici pour voir si les conditions se sont améliorées depuis notre dernière visite » a assuré le ministre d’État, Guillaume Ngefa
L’état des prisons en République démocratique du Congo demeure une préoccupation majeure en matière de justice et de droits humains. La situation observée à la prison centrale de Makala est similaire à celle de plusieurs autres établissements pénitentiaires du pays, où le nombre de détenus dépasse largement la capacité d’accueil prévue, entraînant une promiscuité importante et accentuant les difficultés liées à l’hygiène, à l’alimentation et à la prise en charge médicale. Ce secteur stratégique et sensible de la vie nationale ne bénéficie plus suffisamment d’investissements structurels de la part du gouvernement de la République
Au-delà des réformes à apporter à ce secteur, l’État congolais a la lourde responsabilité de mobiliser les moyens nécessaires pour inverser la tendance, en passant de la phase des discours à celle des actions concrètes en faveur du relèvement et du redressement de ce secteur essentiel de la vie nationale
Clément MUAMBA