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Ebola en RDC : gestion opaque des fonds alloués à la riposte, au moins 700 millions USD introuvables

Ph/Franck Ngonga, MSF

En visite en RDC depuis le mardi 13 octobre dernier, dans un contexte marqué par la riposte contre l’épidémie de maladie à virus Ebola, souche Bundibugyo, le directeur général des Centres africains de contrôle et de prévention des maladies de l’Union africaine (Africa CDC), Jean Kaseya, a alerté sur la gestion opaque des fonds alloués par les donateurs à Kinshasa pour lutter contre cette épidémie.

Lors d’une conférence de presse mercredi 14 octobre à Kinshasa, le directeur général d’Africa CDC a affirmé que, sur les 926,66 millions USD déjà décaissés par les différents donateurs, 700 millions USD restent introuvables.

Selon lui, l’Institut national de santé publique (INSP) a indiqué avoir retracé plus de 200 millions USD, dont près de 100 millions USD n’ont pas encore été utilisés.

« Les donateurs nous ont envoyé des éléments précis. 926,66 millions USD ont été déboursés par les donateurs vers les partenaires de mise en œuvre. Le docteur Kalambayi et le DG de l’INSP ont organisé une réunion à laquelle moins de 30 % avaient participé. Au cours de la réunion, on a pu retracer 200 millions. Et sur ce total, il a été dit qu’à peu près 100 millions existent et n’ont pas été utilisés. Ça signifie que cet argent existe aujourd’hui chez ces partenaires. Mais moi, je parle de la différence entre les 900 millions et les 200 millions que les partenaires ont déclarés. Ça fait 700 millions USD à rechercher, et qui existent », a déclaré Jean Kaseya.

Le patron d’Africa CDC a indiqué qu’il mènerait un combat sans relâche pour retrouver ces fonds, en commençant par demander des comptes à chaque partenaire concerné.

« Nous avons notre voie de communication avec les donateurs : il y a des notes verbales. Tout ce que nous donnons comme chiffres, nous avons des soubassements pour ça. Ce ne sont pas des chiffres qu’on a pris au hasard, mais ils nous ont été envoyés par les donateurs. Et n’oubliez pas que j’ai participé à la réunion du G20, et l’enregistrement de chaque donateur existe », a-t-il précisé.

Au cours d’un point de presse animé vendredi 2 octobre dernier le directeur général de l’Institut national de santé publique (INSP), Dieudonné Mwamba, avait indiqué que, sur environ 94 partenaires accrédités par la RDC dans le cadre de la riposte, seuls 25 avaient fourni des informations sur les fonds reçus et leur utilisation.

Selon lui, sur un total d’engagements d’environ 260 millions USD annoncés, 226,344 millions USD avaient été perçus, tandis que les dépenses déclarées s’élevaient à 127,374 millions USD. Le solde disponible était estimé à 89,326 millions USD, avait-il ajouté.

Face à ce qu’il avait qualifié de « flou artistique » autour des aides, le ministre de la Santé publique, Hygiène et Prévoyance sociale, Roger Samuel Kamba, avait annoncé des mesures coercitives à l’encontre des organisations qui ne justifieraient pas les fonds reçus. Selon lui, cette exigence de Kinshasa faisait suite à une instruction du président de la République, Félix Tshisekedi, transmise au gouvernement.

Le ministre avait également précisé que le gouvernement avait décidé d’adresser des correspondances aux partenaires concernés afin de leur demander de rendre compte des fonds reçus et de leur utilisation. Il avait prévenu que les organisations qui ne se conformeraient pas à cette exigence pourraient perdre leur accréditation et faire l’objet d’une intervention de la Direction générale de migration (DGM).

Sur le plan financier, Roger Samuel Kamba avait indiqué que le premier plan de riposte, établi sur trois mois, faisait état d’environ 227 millions USD mobilisés, dont près de 99 millions resteraient inutilisés par les partenaires.

En parallèle, le membre du gouvernement avait souligné que les 50 millions USD mobilisés par l’État avaient été utilisés, selon lui, « de manière transparente », précisant que les dépenses correspondantes figuraient dans un rapport transmis à la Première ministre.

Il avait toutefois déploré le manque de visibilité sur les ressources mobilisées par les partenaires, estimant que cette situation pesait sur le système de santé et compliquait les discussions avec les institutions financières internationales, notamment le Fonds monétaire international (FMI), concernant les appuis budgétaires.

Samyr LUKOMBO