Alors que les autorités congolaises estiment que le pic de l’épidémie d’Ebola a été atteint à la mi-août, Médecins Sans Frontières (MSF) appelle à la prudence. Pour l’organisation médicale, la baisse de certains indicateurs dans les foyers initiaux ne permet pas de conclure à une maîtrise de la flambée. L’épidémie continue de produire de nouveaux cas et gagne des zones où les capacités de riposte restent limitées.
« Considérer que l’épidémie est sous contrôle parce que certains Centres de traitement Ebola (CTE) reçoivent moins de patients serait une erreur », avertit Anthony Kergosien, coordinateur des urgences de MSF à Bunia, en Ituri.
Selon MSF, la situation est contrastée. L’Ituri, premier épicentre de la flambée, montre des signes de ralentissement, mais cette évolution ne se retrouve pas à l’échelle nationale. Le Nord-Kivu connaît au contraire une progression importante des contaminations et concentre désormais une part significative des nouveaux cas. Le Sud-Ubangi est, pour sa part, devenu la septième province touchée.
Pour MSF, cette extension géographique constitue l’un des principaux risques actuels. L’organisation souligne que des chaînes de transmission peuvent rester non détectées dans les foyers déjà connus, tandis que l’apparition de cas dans de nouvelles zones intervient dans des systèmes de santé disposant de moyens de préparation et de réponse plus faibles.
Africa CDC appelle également à la prudence
Cette alerte intervient alors qu’Africa CDC conteste, à ce stade, l’idée selon laquelle le pic de l’épidémie aurait été définitivement franchi.
Lors d’un point de presse tenu le 17 septembre, l’agence sanitaire de l’Union africaine a indiqué que les données disponibles ne permettaient pas encore de confirmer que le pic avait été atteint ni que la transmission était durablement maîtrisée dans l’ensemble des zones affectées.
Le Dr Wessam Mankoula, responsable de la réponse aux situations d’urgence à Africa CDC, a expliqué que l’évolution d’une épidémie peut connaître plusieurs phases de hausse, de stabilisation et de baisse.
« Quand on parle de pic, il faut comprendre qu’il peut y avoir plusieurs pics lors d’une épidémie. Il peut y avoir une augmentation des cas, que vous allez contrôler, puis la situation se stabilise, il y a même une légère baisse. Mais si vous ne maintenez pas ce contrôle sur la durée, la hausse peut repartir », estime t’il.
Selon lui, une diminution temporaire des cas ne suffit donc pas, à conclure à une maîtrise durable de la transmission.
Africa CDC a ainsi recommandé le maintien de l’état d’urgence sanitaire de portée continentale (PHECS). Sur les 62 zones de santé affectées depuis le début de la flambée, 49 restent considérées comme actives, tandis que certaines zones n’ont enregistré aucun nouveau cas depuis plusieurs semaines.
Une appréciation différente du gouvernement
Cette position contraste avec celle des autorités congolaises. Le 12 septembre, le gouvernement avait annoncé que le pic de l’épidémie avait été atteint à la mi-août et que les indicateurs disponibles montraient une diminution du nombre de cas au niveau national.
Le ministre de la Santé, Roger Kamba, avait notamment indiqué que le nombre de nouvelles contaminations quotidiennes était passé d’environ 120 au plus fort de la transmission à près de 80.
Le gouvernement et les acteurs internationaux ne décrivent toutefois pas nécessairement des réalités incompatibles : une baisse de la transmission dans certaines zones peut coexister avec une progression dans d’autres. C’est précisément cette évolution différenciée qui conduit Africa CDC et MSF à maintenir une approche prudente.
Une situation très contrastée selon les provinces
L’Organisation mondiale de la santé (OMS) avait déjà souligné, le 15 septembre, le caractère contrasté de la situation.
Selon l’agence onusienne, la transmission ralentit dans certaines zones, notamment en Ituri, mais progresse de manière « exponentielle » au Nord-Kivu. Dans cette province, le nombre de nouveaux cas hebdomadaires serait passé d’environ 100 à plus de 200 en deux semaines. Les décès hebdomadaires ont également presque doublé sur la même période.
Le Nord-Kivu représentait ainsi près de 45 % des cas signalés au cours de la semaine précédant cette analyse de l’OMS.
Cette progression intervient alors que les capacités sanitaires de certaines zones restent sous pression. MSF cite notamment Bambu, où ses équipes de réponse rapide sont déployées. L’organisation y décrit un système de santé confronté au manque de personnel, au sous-financement et à des capacités limitées de référencement des patients.
MSF demande un renforcement de la riposte
Pour faire face à cette évolution, MSF déploie des équipes de réponse rapide chargées notamment de contribuer à la détection précoce des cas, à la prise en charge des patients, à la prévention et au contrôle des infections, au suivi des contacts, à la surveillance épidémiologique et à la mobilisation communautaire.
« Cette stratégie vise à détecter et à contenir rapidement les nouveaux foyers de transmission avant qu’ils ne se transforment en flambées de grande ampleur dans des zones ne disposant d’aucune capacité de réponse », explique Anthony Kergosien.
Mais l’organisation estime que son intervention ne peut pas compenser, à elle seule, les insuffisances de la riposte.
Elle appelle notamment à un renforcement du soutien opérationnel des agences des Nations unies, en particulier de l’OMS, afin d’améliorer les différents piliers de la réponse dans les zones éloignées des principaux centres opérationnels.
« Nos équipes assurent une réponse de première ligne afin de combler les besoins les plus urgents en attendant que la réponse globale soit renforcée », explique Anthony Kergosien.
Pour MSF, l’enjeu est désormais d’éviter que les nouveaux foyers ne s’installent durablement dans des territoires où les mécanismes de surveillance, de prise en charge et de contrôle de l’infection sont moins développés.
Plus de 7 400 cas et 3 500 décès en 4 mois
Au 15 septembre, l’épidémie avait atteint 7 404 cas confirmés et 3 577 décès, selon les données présentées par Africa CDC le 17 septembre, soit un taux de létalité de 48,3 %. 1 776 guérisons ont également été enregistrées.
La flambée, qui dure depuis 124 jours, touche désormais sept provinces, en l’occurrence celle de l’Ituri, du Nord-Kivu, du Sud-Kivu, de Haut-Uélé, du Bas-Uélé, de la Tshopo et du Sud-Ubangi. Au total, 62 zones de santé ont été affectées, dont 49 restent actives, selon Africa CDC.
Certaines zones montrent néanmoins des signes d’amélioration. Treize zones de santé n’auraient plus enregistré de nouveau cas depuis plus de trois semaines, tandis que d’autres n’ont rapporté aucune contamination depuis plusieurs semaines.
La réponse vaccinale se poursuit parallèlement, avec notamment le déploiement de doses d’ERVEBO dans de nouvelles zones et la vaccination de personnels et de populations exposées.
James Mutuba