À Kiri, les personnes accusées de sorcellerie vivent un calvaire. En plein jour, elles sont enchaînées contre des troncs d'arbres, immobilisées au sol, tandis que leurs pieds sont cloués à l'aide d'un marteau. Ces faits se déroulent au village Bopombo, dans la province du Maï-Ndombe.
Ces actes seraient l'œuvre d'une prophétesse qui envoie ses disciples récupérer toutes les personnes accusées de sorcellerie afin de les contraindre à lui remettre leurs effets « fétichistes ». En cas de refus, ce traitement leur est réservé. À longueur de journée, ces personnes sont exposées au soleil jusqu'à son coucher. Les images, devenues virales sur les réseaux sociaux, montrent des femmes et des hommes adultes hués par le public, qui tente d'exercer une pression morale. Leurs pleurs et leurs supplications ne semblent pas attirer l'attention de leurs bourreaux.
Selon le président de la Nouvelle Société civile locale, cette situation est signalée depuis plus d'un mois et une dizaine de personnes en sont victimes. Loso Lomongo dénonce des actes inhumains infligés aux villageois.
" C'est anormal. On ne peut pas traiter un humain comme ça. Elle fait ça quand la personne accusée de sorcellerie ne veut pas remettre. Elle donne l'ordre à ses disciples qui vont la contraindre à remettre. La personne sera assise par terre ou sur une natte, on prend un tronc d'arbre enchaîné avec des clous pour la contraindre ", a dénoncé Loso Lomongo, président de la Nouvelle Société civile locale.
Contacté, l'administrateur du territoire, Boni Izombo, affirme être informé de la situation. L'autorité locale, qui la déplore, indique avoir dépêché une équipe sur place afin d'interpeller la prophétesse et sa bande.
" Nous avons envoyé le chef de secteur avec son équipe dans ce village pour ramener la dame ici, au niveau du territoire, afin qu'elle soit sanctionnée ", a indiqué Boni Izombo, administrateur du territoire de Kiri.
Ces vidéos illustrent l'adhésion d'une partie de la population locale à cette pratique. Elle se manifeste par des actes de mépris commis à l'endroit des personnes enchaînées. Quoique non incriminées en droit positif congolais, les accusations de sorcellerie continuent de susciter des tensions, particulièrement en milieu rural. Ici, ces tensions se soldent généralement par des actes de justice populaire.
Jonathan Mesa