Kinshasa: le Mouvement Congo en Avant mobilise pour la paix, le soutien aux institutions et exhorte Washington à une action ferme contre l'agression dans l'Est de la RDC

Mobilisation du Mouvement Congo
Mobilisation du Mouvement Congo

Alors que la situation sécuritaire continue de se détériorer dans l'Est de la République démocratique du Congo, sur fond d'accusations visant le Rwanda pour son soutien à la rébellion de l'AFC/M23, les initiatives diplomatiques engagées par les États-Unis et le Qatar peinent, jusqu'à présent, à inverser la tendance. Dans ce contexte, les appels en faveur d'une réponse plus ferme de la communauté internationale se multiplient, tout comme ceux en faveur de la cohésion nationale et du soutien aux institutions de la République.

C'est dans cet esprit qu'une marche qualifiée de « patriotique » par ses organisateurs s'est tenue samedi 18 juillet à Kinshasa, capitale de la République démocratique du Congo. L'initiative émane du Mouvement Congo en Avant (MCA), parti politique membre du regroupement Actions Audibles pour la Bonne Gouvernance (AABG), proche du pouvoir et soutien du président de la République, Félix Tshisekedi. Le cortège est parti de la place 7e Rue pour rejoindre le Palais du Peuple, siège du Parlement congolais.

À l'arrivée, le président du MCA, Kasongo Kalalo, s'est adressé aux cadres, militants et sympathisants de son parti. Il a expliqué que cette mobilisation visait à exprimer le rejet de la guerre qui sévit dans l'Est de la République démocratique du Congo, tout en réaffirmant le soutien de son mouvement aux institutions démocratiquement élues. Selon lui, celles-ci doivent disposer de tous les moyens nécessaires pour mettre un terme à un conflit à l'origine de milliers de morts, de nombreux déplacés et réfugiés, ainsi que d'une grave dégradation de la situation humanitaire dans l'Est du pays.

« Nous marchons pour dire : trop, c'est trop. Nous ne pouvons pas accepter que notre pays soit menacé tout le temps, qu'il soit envahi par ceux qui tuent nos populations depuis 30 ans. Cette guerre ne cesse pas. Quelqu'un doit faire quelque chose contre Paul Kagame, le monde doit s'élever contre Paul Kagame. Notre armée, le Président de la République ainsi que toute la population sont mobilisés pour dire que trop, c'est trop. Cette guerre a trop duré. Il faut qu'elle cesse. Voilà pourquoi nous avons mobilisé toute la population pour montrer que nous ne voulons plus de la guerre et que nous sommes fatigués » a déclaré Kasongo Kalalo.

Le président du MCA a également évoqué les accords conclus avec les États-Unis, estimant qu'ils devraient aboutir au retrait des forces rwandaises du territoire congolais. Faisant référence à la déclaration du secrétaire d'État américain Marco Rubio, qui avait fixé au 15 juillet une échéance pour le retrait des forces rwandaises selon plusieurs observateurs, Kasongo Kalalo a estimé que cette démarche devait se concrétiser afin d'empêcher tout brassage ou mixage au sein des Forces armées de la République démocratique du Congo.

« Nous avons signé des accords avec les États-Unis. Il y a un ultimatum qui a été donné et nous voulons que les troupes rwandaises se retirent de la République démocratique du Congo. Nous voulons la paix, nous voulons la réparation, nous ne voulons plus de l'impunité. Nous disons non au brassage, nous disons non au mixage, nous disons non à la rwandalisation. Voilà la raison pour laquelle nous marchons aujourd'hui. Nous marchons également pour soutenir les institutions » a-t-il affirmé.

S'adressant au président de la République, il a réaffirmé le soutien de son mouvement à son action face à la crise sécuritaire.

« Monsieur le Président, vous n'êtes pas seul. Regardez cette foule, cette masse de jeunes, de femmes, de pères de famille et de personnes âgées qui marchent aujourd'hui pour vous encourager à lutter, à utiliser tous les moyens nécessaires dont vous disposez, toutes les ressources de la République, afin de nous apporter une paix durable » a-t-il poursuivi.

Kasongo Kalalo a également exprimé son soutien aux initiatives diplomatiques entreprises avec les États-Unis. Selon lui, Washington, en tant que puissance influente sur la scène internationale, dispose des moyens nécessaires pour contribuer à mettre fin à ce qu'il qualifie de campagne de déstabilisation de l'Est de la RDC menée par le président rwandais Paul Kagame.

« Nous croyons aux accords que nous avons signés avec Donald Trump. Nous croyons à sa bonne foi, nous croyons à sa volonté et nous le soutenons afin qu'il aille jusqu'au bout de sa logique et que Paul Kagame soit mis hors d'état de nuire, pour que l'Afrique vive en paix. Tant que la République démocratique du Congo ne sera pas en paix, l'Afrique ne sera pas en paix » a-t-il déclaré.

Le président du MCA a, par ailleurs, plaidé pour une paix durable dans l'Est du pays tout en renouvelant son soutien au chef de l'État. Selon lui, le peuple congolais a trop souffert et il appartient désormais à la communauté internationale, en appui aux institutions de la République, d'apporter une réponse durable à cette crise sécuritaire.

« Nous ne voulons plus d'une paix de deux ou trois ans. Nous voulons une paix durable. Et si cela doit prendre le temps nécessaire, qu'il en soit ainsi. Ne vous en faites pas, Monsieur le Président. Personne ne pourra vous toucher. À tous ceux qui vous demandent de démissionner, nous répondons : ne démissionnez pas. Nous vous accordons encore cinq ans pour aller jusqu'au bout de cette question de la guerre, de cette question de l'Est. Nous sommes derrière vous, soyez rassuré. Même si l'on ne nous laisse pas nous exprimer, vous avez des millions de Congolais derrière vous » a-t-il fait savoir

Abordant les discussions politiques annoncées autour de la crise dans l'Est, notamment le dialogue national évoqué à l'issue de la rencontre entre le président Félix Tshisekedi et les confessions religieuses, Kasongo Kalalo a insisté sur ce qu'il considère comme une ligne rouge.

« En ce qui concerne le dialogue annoncé, notre position est claire : nous ne voulons pas d'un dialogue qui se termine par le brassage, le mixage ou l'intégration des forces de la rébellion au sein du gouvernement et des institutions. Faites vos dialogues, faites vos négociations, faites tout ce que vous jugez nécessaire, mais cette ligne rouge du brassage, nous n'en voulons plus. Cela ne nous apporte pas une paix durable. Nous voulons une paix durable » a-t-il insisté

Cette activité intervient dans un contexte politique et sécuritaire en pleine évolution. Elle coïncide avec l'engagement réaffirmé du président Félix Tshisekedi en faveur de la tenue d'un dialogue national, présenté comme un cadre de concertation pour répondre à la crise persistante dans l'Est de la République démocratique du Congo, où Kinshasa accuse le Rwanda de soutenir la rébellion de l'AFC/M23.

Parallèlement, le pays est traversé par un débat politique autour d'une éventuelle réforme de la Constitution. L'opposition soupçonne la majorité au pouvoir de vouloir modifier la Loi fondamentale afin de permettre au président Félix Tshisekedi de briguer un nouveau mandat au-delà de la limite constitutionnelle de deux mandats. Le pouvoir rejette ces accusations et soutient qu'une nouvelle Constitution répondrait avant tout à la nécessité de renforcer l'État, ses institutions et la gouvernance face aux défis actuels du pays

Clément MUAMBA