Invité vendredi du live Space animé par Stanis Bujakera Tshiamala, Carbone Beni a livré sa lecture la plus complète et la plus nuancée du débat constitutionnel qui secoue la RDC, tout en annonçant qu'il prendrait « une position claire dans les jours à venir ».
Sur la question du troisième mandat, il a d'abord posé un préalable : « Le changement de la constitution ne donne pas lieu à un troisième mandat, parce que ça peut permettre de remettre tout à zéro. » Avec l'article 220 toujours verrouillé, « il y en aura pas », a-t-il tranché, estimant qu'une nouvelle constitution ouvrirait une nouvelle république, remettant les compteurs à zéro.
Sur le fond du débat, Carbone Beni se refuse une position. Il distingue deux camps opportunistes, ceux qui veulent changer la constitution « pour museler les autres, pour que leur régime se perpétue » et ceux qui s'y opposent « parce qu'on n'a pas trouvé notre compte », d'une minorité consciente qui réfléchit « au-delà de Tshisekedi », sur l'avenir du pays pour « les 15 à 20 prochaines années ». « On est en train de rendre tabou la question de la constitution pour rien », a-t-il lancé. « Ça ne m'embête pas que l'on parle de révision constitutionnelle, même d'une possibilité de passer à une autre république. Vous pensez que 20 ans après, nos enfants utiliseront la même constitution ? »
Pour débloquer le débat, il propose une piste concrète : « Si le président Tshisekedi signe un engagement de ne pas postuler après une nouvelle constitution, la plupart de personnes qui refusent le changement regarderont cette constitution de manière objective. » Il étend la même logique à l'opposition : « Si tous ces gens-là disent changeons la constitution, mais nous ne serons pas candidats », alors le débat devient enfin serein.
Sur la répression du 12 juin, il a été sans ambiguïté : « Le combat contre l'oppression, le combat contre les violations des droits de l'homme constitue l'ADN même de notre existence. Le droit de manifester est un droit civil, un droit fondamental. » Notant le traitement inégal entre pro et anti-changement, il a rappelé sa ligne : « C'est une question de valeur, de principe, pas que l'on soit pro ou contre. »
Plus largement, fustigeant les « combats circonstanciels » et les alliances de conjoncture, il a plaidé pour un recentrage idéologique : « Il faut recentrer la chose au niveau de la patrie. Avant tout il faut avoir une idée sur la patrie, être attaché à cette patrie et avoir la capacité de se sacrifier pour elle. » Sa conclusion : « Ce qui m'importe le plus, c'est que l'action commune aille dans l'intérêt du peuple. »