La veille était déjà lourde de présages. Le 11 juin 2026, des moniteurs de Justice et Paix Congo (JPC) observaient dans la commune de Limete une réunion de mobilisation des jeunes de la Force du Progrès, branche jeunesse de l'UDPS, parti du président Tshisekedi. Dans les rues de Kinshasa, les rumeurs d'affrontements imminents circulaient déjà. Le lendemain, elles se sont confirmées dans le sang.
Dans un rapport de monitoring rendu public lundi 15 juin et signé par Mgr Donatien Nshole, secrétaire général de la Conférence Episcopale Nationale du Congo (CENCO), JPC, qui avait déployé quinze moniteurs mobiles le jour du sit-in organisé par la coalition C64, livre un récit minutieux et accablant des événements. Dès les premières heures du 12 juin, ses observateurs avaient noté le déploiement conjoint de militaires, de policiers et d'éléments identifiés comme membres de la Force du Progrès sur les grandes artères de la capitale, procédant à l'interpellation de simples passants et de badauds, transportés dans des véhicules militaires.
Lorsque les militants de l'opposition ont commencé à converger vers le Palais du Peuple, scandant des slogans hostiles au pouvoir, la Force du Progrès est passée à l'offensive avant même que les manifestants n'atteignent leur destination. Selon le rapport, les sièges des partis de l'opposition situés avenue de l'Enseignement ont été attaqués en priorité, notamment le siège de l'ECIDé de Martin Fayulu, celui du FONUS d'Olengankoy et celui de l'Alliance pour le Changement de Jean-Marc Kabund.
C'est lors de l'assaut contre le siège de l'ECIDé qu'un premier manifestant a été tué, à coups de bâtons et de pierres. Un second est mort par balle lors des affrontements aux abords du Palais du Peuple, son corps emporté dans un véhicule de police. Au total, le rapport fait état d'au moins deux morts, de plusieurs dizaines de blessés, dont certains grièvement, et de quelques dizaines d'interpellations arbitraires. Des cas d'extorsion de biens par la Force du Progrès sont également documentés dans un tiers des rapports de terrain.
Le document rappelle par ailleurs qu'une tentative de concertation avait eu lieu la veille à l'initiative du gouverneur de Kinshasa, au cours de laquelle deux propositions avaient été soumises à la C64 : délocaliser le point de chute de la manifestation vers le terrain Assossa, dans la commune de Kasavubu, ou reporter le sit-in à l'après-midi pour ne pas perturber le Test National de Sortie du Sous-Primaire (TENASOSP). La coalition a rejeté les deux options, et la réunion s'est clos sur un désaccord.
Face à ce bilan, JPC formule des recommandations ciblées à l'endroit de chaque institution. Au gouvernement national, elle exige en priorité la neutralisation de la Force du Progrès, qu'elle décrit comme une milice opérant « au grand jour » avec l'appui des forces de sécurité, portant gravement atteinte aux droits des citoyens et à l'image de la RDC. Elle réclame également l'ouverture d'une enquête indépendante pour traduire les auteurs de violations devant les juridictions compétentes, ainsi que le renforcement des capacités de la Police en matière d'encadrement des manifestations pacifiques.
Au Parlement, elle demande l'adoption d'un cadre légal moderne en lieu et place du décret-loi de 1999, jugé inadapté aux exigences constitutionnelles actuelles. Au pouvoir judiciaire, elle appelle à un traitement diligent et impartial des plaintes déposées par les victimes. Aux partis politiques eux-mêmes, elle recommande de promouvoir la non-violence et de recourir aux instances supérieures en cas de désaccord avec les autorités, plutôt que d'exposer leurs militants à des confrontations directes.