Les travaux de l’atelier d’élaboration des outils pédagogiques d’animation et de suivi-évaluation des clubs de veille citoyenne dans les écoles primaires et secondaires de la République démocratique du Congo ont été lancés ce lundi 15 juin 2026 par la ministre d’État, ministre de l’Éducation nationale et de la Nouvelle Citoyenneté, Raïssa Malu Dinanga, à Kinshasa, capitale de la République démocratique du Congo.
Pendant quatorze jours, experts, inspecteurs et spécialistes du secteur éducatif travailleront à la conception de modules, de fiches pédagogiques, de canevas d’animation et d’instruments de suivi destinés à accompagner la mise en œuvre de ces clubs. Ceux-ci permettront à chaque élève de développer des comportements responsables et de mener des actions concrètes au service de sa communauté, contribuant ainsi à l’émergence d’une citoyenneté active et responsable, tant au sein qu’en dehors des établissements scolaires.
Prenant la parole, Raïssa Malu Dinanga, ministre d’État, ministre de l’Éducation nationale et de la Nouvelle Citoyenneté, a rappelé que cet atelier engage une responsabilité éducative majeure : celle de doter les écoles d’outils simples, cohérents et pratiques pour former des élèves capables de comprendre leur pays, de respecter le bien commun, de vivre dans l’unité et d’agir avec civisme.
"La Nouvelle Citoyenneté ne peut pas rester un principe général. Elle doit entrer dans la vie quotidienne des établissements scolaires. Elle doit se traduire dans les gestes, les comportements, la participation des élèves, le respect des autres, la protection de l’environnement scolaire et l’engagement au service de la communauté. Les clubs de veille citoyenne répondent à cette ambition. Ils offrent aux apprenants un cadre d’expression, de réflexion et d’action, leur rôle est de faire passer de la parole au comportement, du comportement à l’engagement", a-t-elle déclaré dans son mot de circonstance
S’adressant aux participants à ces travaux, Raïssa Malu Dinanga a insisté sur le fait que les outils qui seront élaborés devront être clairs, pratiques et adaptés à l’âge des élèves. Ils devront également permettre de traduire chaque séance en une action concrète au sein de l’école ou, lorsque cela est possible, dans la communauté.
Selon la patronne du secteur de l’Éducation nationale et de la Nouvelle Citoyenneté, il sera essentiel d’éviter les documents trop théoriques ou difficiles à mettre en œuvre afin de garantir une appropriation effective de la démarche par les élèves et les encadreurs.
"Votre mission est précise, vous devrez produire des fiches, des modules, des canevas et des instruments de suivi adaptés aux niveaux primaire et secondaire. Ces outils devront être clairs, pratiques, adaptés à l’âge des élèves et conduire chaque séance vers une action concrète dans l’école ou, lorsque cela est possible, dans la communauté. Nous devons éviter les documents trop théoriques ou difficiles à appliquer. Les outils attendus doivent aider les écoles à organiser les clubs, à animer les séances, à suivre la participation des élèves, à apprécier les actions réalisées et à observer les changements de comportement", a martelé la Ministre d'État Raïssa Malu Dinanga
Poursuivant son intervention, Raïssa Malu Dinanga a indiqué que les thématiques retenues portent sur des enjeux essentiels pour notre pays : le patriotisme, la paix, l’unité nationale, la citoyenneté numérique, la protection de l’environnement, l’inclusion, les gestes de premiers secours, l’engagement communautaire et l’entrepreneuriat. Ces thématiques devront être abordées avec clarté, mesure et rigueur pédagogique.
La ministre d’État a par ailleurs souligné que le Génocost occupe une place particulière parmi elles.
"L’école doit aider les élèves à connaître leur histoire, à comprendre les souffrances traversées par notre peuple et à refuser les mécanismes de haine, de division et de déshumanisation. Il ne s’agit pas d’enfermer les enfants dans la douleur, Il s’agit de les éduquer à la mémoire, à la vérité, à la vigilance et à la paix. Dans quelques années, si ce travail est bien conduit, nous pourrons voir émerger une génération plus responsable, plus lucide et plus attachée à la République. Des jeunes capables de défendre la dignité humaine, de protéger les biens publics, de refuser la violence, de reconnaître les fausses informations, de résoudre les conflits par le dialogue et de servir leur pays avec loyauté", a insisté Raïssa Malu Dinanga.
Par ailleurs, ces assises se tiennent grâce à l’appui et à l’accompagnement de la Commission interinstitutionnelle d’aide aux victimes et d’appui aux réformes (CIA-VAR), qui considère cette rencontre comme une nouvelle étape dans le processus d’appropriation collective du Génocost.
Selon cette structure étatique, cet atelier traduit la volonté du ministère de ne pas se limiter à la sensibilisation ou à la formation théorique, mais de mettre en place des outils concrets permettant d’ancrer durablement les valeurs citoyennes, la mémoire collective et la culture de la paix dans la vie quotidienne des établissements scolaires.
"Les clubs de veille citoyenne que nous voulons aujourd’hui doter d’outils pédagogiques adaptés ne sont ni des structures de contrôle ni des mécanismes disciplinaires supplémentaires. Ils sont de véritables écoles de citoyenneté, des espaces où les élèves apprennent à aimer leur pays, à respecter les autres, à protéger le bien commun et à traduire les valeurs acquises en engagements concrets au service de leurs écoles et de leurs communautés. Former des citoyens ne consiste pas seulement à transmettre des connaissances. C’est aussi former des consciences, développer l’esprit critique face aux discours de haine, cultiver le respect de la dignité humaine et transmettre la mémoire à tous", a déclaré le représentant du coordonateur exécutif de la CIA-VAR.
Pour le représentant de François Kakese, la RDC porte encore les séquelles de plus de trois décennies de violences liées aux guerres d’agression et aux conflits armés. Ces tragédies ont profondément affecté les populations, fragilisé le tissu social et laissé des blessures durables dans la mémoire collective nationale.
Face à cette réalité, il est du devoir de tous de transmettre la mémoire, d’éduquer et de préparer les générations futures à rompre avec les cycles de violence. C’est dans cette perspective que s’inscrit le Génocost.
Selon lui, c’est précisément parce que la mémoire doit devenir une force de transformation sociale qu’elle trouve naturellement sa place au sein des clubs de veille citoyenne, considérés comme des espaces privilégiés d’apprentissage du patriotisme, du civisme et de la culture de la paix.
"Cette démarche éducative participe également d’un impératif national. Comme l’a rappelé Son Excellence Monsieur le Président de la République, Chef de l’État, à l’occasion du plaidoyer porté à Genève le 8 septembre 2025, il est temps de briser le cycle du déni, de l’impunité et de la récidive. Briser ce cycle ne relève pas uniquement de la justice ou de la diplomatie. Cela passe aussi par l’éducation, par la transmission de la mémoire et par la formation de citoyens capables de faire prévaloir les valeurs de vérité, de responsabilité et de paix. L’école demeure le premier espace de formation des citoyens. Si nous voulons bâtir une nation plus responsable, plus unie et plus résiliente, nous devons commencer par former les enfants et les jeunes à la citoyenneté active", a-t-il souligné dans son discours
Cet atelier intervient à la suite des travaux de l’atelier de formation des formateurs centraux du ministère de l’Éducation nationale et de la Nouvelle Citoyenneté, organisé avec l’appui de la Commission interinstitutionnelle d’aide aux victimes et d’appui aux réformes (CIA-VAR) ainsi que du Fonds national des réparations des victimes des violences sexuelles liées aux conflits et des victimes des crimes contre la paix et la sécurité de l’humanité (FONAREV), à Kinshasa, du samedi 9 au samedi 16 mai 2026.
Cet atelier avait permis aux inspecteurs d’approfondir plusieurs thématiques liées notamment à la justice transitionnelle, au récit du Génocost ainsi qu’au plaidoyer pour sa reconnaissance. Il avait également été question de l’intégration du narratif du Génocost dans les programmes de l’enseignement primaire et secondaire en République démocratique du Congo, en vue de renforcer la mémoire collective, le patriotisme et la citoyenneté chez les jeunes générations.
Clément MUAMBA