La République démocratique du Congo a réagi aux préoccupations exprimées par le Rwanda devant le Conseil de sécurité des Nations unies au sujet de la réhabilitation du général-major Sylvain Ekenge dans ses fonctions de porte-parole des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC). C'était à la session de ce mardi 29 septembre sous la présidence de la France.
Lors du briefing trimestriel du Conseil de sécurité consacré à la situation en République démocratique du Congo, l’ambassadeur Zénon Mukongo Ngay, représentant permanent de la RDC auprès des Nations Unies, a vivement contesté les critiques formulées par Kigali. Réagissant à la position exprimée par le représentant permanent du Rwanda, l’ambassadeur congolais a notamment rejeté l’idée que Kigali puisse intervenir dans les décisions relevant de la gestion des officiers de l’armée congolaise.
« Le Rwanda ne peut pas nous demander de nommer des officiers que lui désigne, ça n’a pas de sens! », a dénoncé Zénon Mukongo Ngay lors de son intervention.
Le diplomate congolais a ensuite défendu la décision de réhabiliter le général-major Sylvain Ekenge dans ses fonctions de porte-parole des FARDC. Dans la suite de son intervention, l’ambassadeur de la RDC a également dénoncé ce qu’il considère comme un intérêt particulièrement marqué de Kigali pour les affaires intérieures congolaises.
« Le général-major Sylvain Ekenge est un officier de l’armée congolaise qui a été réhabilité dans ses fonctions de porte-parole et le Rwanda s’en prend à ça ? C’est incroyable ! Vous êtes bien intéressés par ce qui se passe en RDC, mais nous, on ne connaît pas ce qui se passe chez vous », a-t-il lancé devant le Conseil de sécurité.
Poursuivant son propos, Zénon Mukongo Ngay a établi un lien entre cet intérêt et les ressources naturelles de la RDC, accusant le Rwanda de tirer profit des richesses congolaises.
« Je sais que ce sont les richesses de la RDC, nos ressources naturelles, mais cela a une fin. Vous n’allez pas continuer à le piller jusqu’à ad vitam aeternam », a-t-il affirmé dans son intervention.
Cette passe d'armes entre Kinshasa et Kigali intervient dans un contexte où, malgré l’absence de communication officielle ou publique de la part de l’état-major des FARDC, l’opinion publique a découvert un communiqué des FARDC signé par le général-major Sylvain Ekenge en qualité de porte-parole des FARDC, confirmant la mort dans un crash des lieutenants-généraux Lucien René Likulia, auditeur général des FARDC, et Joseph Mutombo Katalay Tiende, premier président de la Haute Cour militaire de la République démocratique du Congo.
Pour rappel, au début de l’année en cours, le général-major Sylvain Ekenge avait dénoncé, lors d’une intervention sur la Radio-Télévision nationale congolaise (RTNC), ce qu’il qualifiait de « stratagème » des femmes tutsies, qu’il accusait de miser sur la natalité pour assurer une supposée « suprématie » démographique. Il avait également évoqué des risques sécuritaires liés à cette communauté et mis en garde les Congolais contre les mariages avec des femmes d’origine tutsie.
Ces propos, jugés xénophobes et discriminatoires, avaient conduit à sa suspension immédiate de ses fonctions de porte-parole des FARDC. L’état-major général de l’armée avait précisé que ces déclarations « ne reflètent en rien la position officielle du pays, ni celle du Commandant suprême des FARDC, ni celle du Gouvernement ».
Dans un communiqué distinct, le chef d’état-major général des FARDC, le lieutenant-général Jules Banza, avait condamné ces propos et réaffirmé la détermination de l’armée à défendre, avec discipline et professionnalisme, la souveraineté et l’intégrité territoriale de la RDC, ainsi que la sécurité de tous les Congolais, sans aucune discrimination.
Cette déclaration du Rwanda intervient alors que les tensions politiques et sécuritaires entre la République démocratique du Congo et le Rwanda persistent, en dépit des initiatives diplomatiques, notamment des accords de Washington, mettant en lumière la persistance des divergences entre les deux parties
Clément MUAMBA