La question des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), l’un des points de discorde entre Kinshasa et Kigali, mais aussi l’un des engagements sécuritaires prévus dans le cadre du processus de Washington aux côtés de la levée des mesures défensives du Rwanda, a occupé une place importante dans le discours prononcé, mercredi 23 septembre, par la Première ministre de la République démocratique du Congo, Judith Suminwa, à la 81e session de l’Assemblée générale des Nations Unies, à New York.
Suminwa a rappelé les mesures prises par son gouvernement concernant les FDLR, longtemps présentées par Kigali comme l’une des justifications de sa présence militaire dans l’Est de la RDC.
« Sur la question des Forces démocratiques de libération du Rwanda, longtemps invoquée par Kigali pour justifier sa présence militaire sur notre territoire, la République démocratique du Congo assume ses responsabilités. Le protocole signé par la direction politique et militaire des FDLR, le 30 mai 2026, prévoit leur désarmement, la démobilisation et le cantonnement de ses combattants en vue de leur rapatriement ou de leur relocalisation, sans préjudice des poursuites judiciaires pour les crimes graves, et ce jusqu’à la dissolution du mouvement », a affirmé Mme Suminwa.
La cheffe du gouvernement congolais a présenté le rapatriement, le 8 septembre dernier, de 120 personnes associées aux FDLR comme une première traduction concrète des engagements pris. Pour Kinshasa, cette démarche doit désormais permettre de dissocier la question des FDLR de celle du maintien de forces étrangères sur le territoire congolais.
Dans la perspective de la mise en œuvre des différents processus de paix, Judith Suminwa a plaidé pour une coordination entre les mécanismes de Washington, de Doha et de l’Union africaine. La Première ministre a notamment insisté sur la nécessité de disposer d’un calendrier précis, d’un mécanisme de vérification indépendant et d’un partage régulier des informations entre les parties concernées.
« Le rapatriement, le 8 septembre dernier, avec l’appui de la MONUSCO, de 120 personnes associées aux FDLR en constitue une première traduction concrète. La question des FDLR ne saurait donc plus servir de prétexte au maintien d’une présence militaire étrangère sur notre territoire. La mise en œuvre coordonnée des mécanismes de Washington, de Doha et de l’Union africaine doit donc reposer sur un calendrier précis, une vérification indépendante, un partage régulier de l’information et des conséquences effectives en cas de violation », a-t-elle indiqué.
L’accord de paix entre la RDC et le Rwanda, signé à Washington le 27 juin 2025 sous facilitation américaine, a placé la question de la neutralisation des FDLR et celle de la levée des mesures défensives du Rwanda parmi les engagements sécuritaires des deux parties. La levée des mesures défensives implique notamment, selon la lecture défendue par Kinshasa, le retrait des forces rwandaises du territoire congolais.
Le nouveau protocole relatif au désarmement, à la démobilisation et au cantonnement des FDLR annoncé par Kinshasa est toutefois contesté par Kigali. Les autorités rwandaises estiment que cette démarche n’est pas conforme aux dispositions de l’accord de Washington. Kigali a qualifié cette initiative de « non-événement » et accusé Kinshasa de ne pas respecter ses engagements.
Kinshasa défend, pour sa part, une lecture différente de la démarche. Pour les autorités congolaises, la neutralisation effective des FDLR doit notamment permettre de priver Kigali de l’argument lié à la présence de ce groupe armé pour justifier le maintien de ses forces sur le territoire congolais.
Cette initiative intervient dans un contexte où deux engagements clés de l’accord de Washington, la neutralisation des FDLR par le gouvernement congolais et la levée des mesures défensives du Rwanda, impliquant le retrait de ses forces du territoire congolais n’ont, selon Kinshasa, pas enregistré d’avancées suffisantes, plus d’un an après la signature de l’accord. Washington, par l’entremise de Massad Boulos, conseiller de l’administration Trump pour les affaires africaines, avait également évoqué les difficultés liées à la mise en œuvre des engagements pris par les deux parties et appelé Kinshasa et Kigali à respecter les dispositions de l’accord.
Malgré la signature de l’accord de Washington, la situation demeure marquée par des divergences persistantes entre les deux parties, notamment sur l’interprétation et la mise en œuvre de leurs engagements respectifs. La poursuite des hostilités sur le terrain, les accusations mutuelles de violations du cessez-le-feu et les divergences d’interprétation des engagements pris par Kinshasa et Kigali compliquent davantage l’application de l’accord et entretiennent la méfiance entre les deux capitales.
Clément MUAMBA