Kinshasa, capitale de la République démocratique du Congo, est secouée par une succession d’incendies meurtriers et dévastateurs depuis le week-end dernier. Le premier, survenu dans la nuit du 4 au 5 septembre à la salle de fête Panacée, a coûté la vie à une dizaine de personnes lors d’un mariage. Deux jours plus tard, le lundi 7 septembre, deux autres sinistres ont éclaté : l’un au Petit collège Saint Pierre dans la commune de Kinshasa, et l’autre dans une parcelle abritant une salle de fête à Limete.
À chaque fois, le constat est le même : les sapeurs-pompiers arrivent en retard, et souvent avec des moyens limités. La ville ne disposerait que de moins de dix camions anti-incendie. Certaines sources parlent même de moins de cinq. Mais toutes s’accordent sur l’insuffisance flagrante de ce parc automobile pour une métropole d’environ 15 millions d’habitants répartis dans les 24 communes. Un pompier rencontré sur les lieux du sinistre du Petit collège Saint Pierre a même révélé que le camion utilisé ce jour-là ne provenait pas de l’Hôtel de Ville, mais d’un véhicule privé loué en urgence.
De la proposition de loi à la création d’un service public
Le débat sur l’organisation et la modernisation du corps des sapeurs-pompiers n’est pas nouveau. Le 20 novembre 2022, Ados Ndombasi, alors député national avait déposé une proposition de loi portant organisation et fonctionnement du corps national des sapeurs-pompiers. Ce texte, selon son auteur, visait à créer un corps national moderne, aligné sur les normes internationales de l’Organisation de la protection civile. Il proposait notamment : l’accès au métier conditionné par un concours et un serment, à l’instar des professions libérales comme les avocats ou les huissiers ; la création d’un Conseil national des sapeurs-pompiers et de conseils provinciaux ; la promotion de dispositifs anti-incendie dans les habitations et la sensibilisation aux gestes de premiers secours. Bref, renforcer l’efficacité des sapeurs-pompiers dans les interventions de terrain.
Mais cette initiative n’avait pas été examinée à l’Assemblée nationale puisque ne relevant pas du domaine de la loi. Elle avait alors été transmise au ministère de l’Intérieur. Deux décrets ont été pris tour à tour sous la tutelle dudit ministère. D’abord, le décret n° 24/02 du 12 février 2024 portant création, organisation et fonctionnement d'un service public dénommé Direction Générale de Secours et d'Incendie (DGSI), puis le décret n° 24/03 du 12 février 2024 portant création, organisation et fonctionnement d'un corps des sapeurs-pompiers en RDC. Ces deux décrets ont finalement été abrogés en novembre 2025, laissant place au décret (nº25/039 du 29 novembre 2025) portant organisation et fonctionnement de la Direction Générale de la Protection Civile (DGPC), intégrant le corps des sapeurs-pompiers.
Selon ce texte, la DGPC est un service public autonome placé sous la tutelle du ministre de l’Intérieur. Elle coordonne la gestion des risques de catastrophe (prévention, urgence et relèvement) à travers une structure hiérarchisée (directions centrales et provinciales, unités opérationnelles) et censée disposer de ressources propres.
Ces derniers incendies meurtriers de Kinshasa rappellent la nécessité de renforcer le secteur des sapeurs-pompiers. Le bourgmestre de la commune de Kinshasa, Bienvenu Mbalibi, qui s’est rendu au Petit collège Saint Pierre, a plaidé pour que chaque commune soit dotée d’au moins un camion anti-incendie. Il a également appelé à contraindre les lieux publics à disposer d’extincteurs afin de prévenir de nouveaux drames.
Japhet Toko