En République démocratique du Congo, après avoir haussé le ton face aux dérives constatées sur les réseaux sociaux, alors que le pays dispose depuis près de trois ans d’une législation, notamment le Code du numérique, pour réguler le secteur, le gouvernement ne compte pas s’arrêter là. Il entend tout mettre en œuvre pour, selon ses termes, remettre de l’ordre dans ce secteur devenu stratégique et sensible dans la vie de la nation.
C’est dans ce contexte que le gouvernement a décidé de renforcer son dispositif de protection de l’espace informationnel national face à la montée des contenus abusifs, des campagnes coordonnées et des phénomènes de nuisance sur les réseaux sociaux et les plateformes numériques.
Après les interpellations du ministère de la Justice, la question a de nouveau été portée, vendredi 28 août 2026, devant la 97e réunion du Conseil des ministres par le ministre de la Communication et des Médias, Patrick Muyaya. Le porte-parole du gouvernement a présenté une série de mesures destinées à faire évoluer la réponse gouvernementale, d’une approche essentiellement réactive vers une stratégie globale et permanente de gouvernance de l’espace informationnel congolais.
Dans la présentation de sa note d’information, le ministre de la Communication et des Médias et porte-parole du gouvernement a attiré l’attention du gouvernement sur la nécessité de revoir l’approche face aux nouvelles formes de manipulation et de nuisance numériques.
Selon lui, la réponse de l’État devrait évoluer vers une stratégie globale de protection de l’intégrité de l’espace informationnel, en s’attaquant au cœur du modèle économique de la nuisance, aux réseaux coordonnés, aux campagnes commanditées et à l’amplification algorithmique.
À ce sujet, renseigne le compte rendu de la réunion, des actions permanentes à court, moyen et long terme ont été expliquées. Pour passer d’une approche réactive à une véritable gouvernance de l’espace informationnel national, les recommandations suivantes ont été formulées :
• La mise en place d’une task force interministérielle, élargie aux services spécialisés et pilotée par son ministère, chargée d’opérationnaliser les dispositifs permanents de veille et d’orientation, ainsi que de définir le cadre de coopération, de transparence et de représentation légale des grandes plateformes en République démocratique du Congo ;
• Le renforcement du volet préventif, à travers une campagne nationale permanente, un mécanisme citoyen d’alerte strictement encadré et l’intégration progressive de l’éducation aux médias dans les cursus scolaires. Il est également prévu le déploiement d’une campagne nationale permanente sur le bon usage des réseaux sociaux ;
• L’élaboration d’un rapport technique et juridique déterminant les adaptations réglementaires et législatives nécessaires, avec le Code du numérique de 2023 comme socle des obligations applicables aux plateformes numériques.
Dans un autre registre, précise la note d’information du ministre de la Communication et des Médias, Patrick Muyaya entend également impliquer le ministère de la Justice, le Conseil supérieur de l’audiovisuel et de la communication (CSAC), ainsi que les services spécialisés de l’État dans cette nouvelle stratégie.
« Pour clore son intervention, le ministre de la Communication et des Médias a rappelé que ses attributions fondent son rôle d’initiative et de coordination gouvernementale de cette démarche, dans le respect des compétences du Conseil supérieur de l’audiovisuel et de la communication, qui sera impliqué dans cette dynamique au regard de ses prérogatives de gestion du contenu des médias, du ministère de la Justice, des ministères sectoriels et des services spécialisés », ajoute le compte rendu de la réunion.
Par ailleurs, à la suite de la présentation de sa note d’information, poursuit le compte rendu de la réunion, le ministre de la Communication et des Médias a été complété par son collègue, le ministre d’État, ministre de la Justice et garde des Sceaux, qui a fait le point au Conseil sur les initiatives en cours, notamment celles visant à traduire en justice, en procédure de flagrance, certains Congolais qui se sont illustrés ces derniers jours dans des campagnes massives d’insultes.
D’autres initiatives, souligne le garde des Sceaux congolais dans le compte rendu de la réunion, sont également en cours, notamment « au niveau international, pour que l’usage des réseaux sociaux ne serve pas de vecteur de propagation des discours de haine, de diffamation ou d’insultes contraires à nos valeurs »
La RDC dispose depuis mars 2023 d’un Code du numérique encadrant l’usage des technologies de l’information, notamment les infractions et sanctions liées au numérique. Près de trois ans après sa promulgation, Félix Tshisekedi avait lors d'une réunion du Conseil des ministres demandé au gouvernement d’accélérer sa vulgarisation et de renforcer l’encadrement des réseaux sociaux afin de promouvoir un usage responsable et respectueux des libertés fondamentales.
Clément MUAMBA