Face à l’ampleur de la crise humanitaire qui frappe la République démocratique du Congo et dans un contexte de baisse croissante des financements humanitaires à l’international, le gouvernement congolais a décidé de donner un nouvel élan à la solidarité nationale. Le président de la République, Félix Tshisekedi, a officiellement donné le coup d’envoi, ce jeudi 27 août à Kinshasa, de la campagne permanente de solidarité nationale, une initiative destinée à mobiliser les Congolais en faveur des personnes les plus vulnérables.
La cérémonie s’est déroulée au centre culturel de Kinshasa, en présence de plusieurs responsables des institutions de la République, de membres du gouvernement, des autorités judiciaires ainsi que de diverses personnalités. L’initiative, portée par le ministère des Affaires sociales, Actions humanitaires et Solidarité nationale, intervient dans un contexte humanitaire particulièrement difficile. Selon ce ministère, plus de 15 millions de Congolais se trouvent en situation de vulnérabilité, notamment en raison des conflits armés, des crises sanitaires et des aléas climatiques.
Des données communiquées précédemment par la ministre de tutelle indiquent que 60 % de ces situations seraient liées aux conflits, 25 % aux chocs sanitaires et 15 % aux événements climatiques. La campagne permanente de solidarité nationale ne se limite pas à une opération ponctuelle de collecte. Le gouvernement entend en faire un mécanisme durable de mobilisation des ressources et, plus largement, un instrument destiné à raviver la culture de solidarité entre les Congolais.
Dans son discours d’orientation, le chef de l’État, Félix Tshisekedi, a appelé chaque citoyen, chaque institution et chaque organisation à contribuer, selon ses moyens, à l’effort national. Selon le garant de la nation, cette campagne permanente doit également devenir un instrument de cohésion nationale et un rempart contre toute forme de tribalisme et d’exclusion.
« Cette campagne offre à chaque citoyen, à chaque institution et à chaque organisation la possibilité de contribuer volontairement, selon ses moyens, à l'effort national. Elle vient renforcer l'action publique par la mobilisation de toutes les énergies de la nation. La solidarité ne peut prospérer là où s'installent la haine, la discrimination et la division. Cette campagne doit également devenir un instrument de cohésion nationale et un puissant rempart contre le tribalisme, le racisme, le régionalisme, les discours de rejet et toutes les formes d'exclusion. La souffrance de nos compatriotes ne connaît ni province, ni ethnie, ni langue, ni religion », a déclaré le chef de l’État, Félix Tshisekedi.
Félix Tshisekedi a ainsi appelé les Congolais à considérer la détresse d’un compatriote comme une préoccupation collective, quelle que soit la région du pays concernée. Dans son adresse, le chef de l’État a également accordé une attention particulière à la jeunesse congolaise, qu’il considère comme « la force vive et l’espérance » de la nation.
« Lorsqu'un Congolais est éprouvé à l'est, à l'ouest, au nord, au sud ou au centre, c'est la nation tout entière qui est touchée. C'est elle tout entière qui doit se sentir concernée et se mobiliser d'un même élan pour lui porter secours. Divisés, nous nous fragilisons. Unis, nous constituons une force qu'aucune épreuve ne peut vaincre. J'en appelle tout particulièrement à la jeunesse congolaise, force vive et espérance de notre nation, afin qu'elle fasse preuve de discernement, de responsabilité et de patriotisme », a ajouté Félix Tshisekedi
Pour le chef de l’État, l’unité nationale n’est pas un simple slogan. Elle constitue une exigence historique et un impératif existentiel. Il a ainsi insisté sur la nécessité de faire de cette campagne un lien entre les Congolais de toutes les régions du pays et ceux établis à l’étranger.
« J'en appelle également à tous les utilisateurs des plateformes numériques, afin qu'ils privilégient la lucidité, la retenue et le sens de l'innovation. L'unité nationale n'est pas un simple slogan. Elle est une exigence historique et un impératif existentiel. À la barbarie, opposons notre humanité. À la haine, opposons notre fraternité. À la volonté de nous diviser, opposons une unité nationale forte, consciente et inviolable. Que cette campagne devienne le ciment qui relie le nord au sud, l'est à l'ouest, nos villes à nos villages, notre diaspora à la mère patrie et toutes les générations congolaises autour d'un même idéal de fraternité », a recommandé le chef de l’État, Félix Tshisekedi.
Ève Bazaiba : « Une dynamique de rupture »
De son côté, Ève Bazaiba Masudi, ministre d’État, ministre des Affaires sociales, Actions humanitaires et Solidarité nationale, a rappelé que l’objectif fondamental de cette Campagne permanente de solidarité nationale s’inscrit dans une dynamique de rupture, notamment avec l’individualisme qui tend à s’installer dans les mentalités des Congolaises et des Congolais.
C’est pourquoi, selon elle, le gouvernement ambitionne de sortir d’une gestion ponctuelle pour instaurer un mécanisme structuré, proactif et durable de réponse aux urgences humanitaires et d’assistance sociale dans toute sa diversité.
« À travers la campagne de solidarité nationale, le Gouvernement donne l’opportunité à chacune et à chacun de nous de contribuer à ce mécanisme, tout en revitalisant notre culture de solidarité et d’unité nationale. Car l’ambition ultime tient à une trilogie essentielle qui guide l’action du ministère des Affaires sociales, Actions humanitaires et Solidarité nationale, sous la coordination de Son Excellence, Madame la Première ministre et Cheffe du Gouvernement. Il s’agit de redonner le sourire, apporter le réconfort et faire renaître l’espoir d’un lendemain meilleur dans le cœur de chaque Congolais qui se trouve dans une situation de vulnérabilité », a fait savoir Ève Bazaiba Masudi.
Pour assurer le succès de cette œuvre collective, le ministère des Affaires sociales, Actions humanitaires et Solidarité nationale a annoncé avoir mis en place un dispositif rigoureux destiné à garantir la gestion optimale, la transparence, la redevabilité et la crédibilité du processus.
« Les dons en espèces, c’est-à-dire la gestion financière et le traçage sécurisé de chaque contribution fiduciaire, seront intégralement assurés par la Caisse nationale de solidarité et de gestion humanitaire des catastrophes, qui est un établissement public de l’État. S’agissant des dons en nature, vivres ou non-vivres, la réception, le tri, le stockage et la distribution logistique des biens matériels seront rigoureusement pris en charge par le Centre de collecte des dons, opérationnel désormais sous la responsabilité de la Direction générale de la Solidarité nationale, service public au sein du ministère des Affaires sociales », a expliqué Ève Bazaiba Masudi.
Et de poursuivre :
« Il a été mis en place, à travers un arrêté ministériel, le Comité de pilotage national, au sein duquel les membres provenant de différentes structures, y compris l’équipe humanitaire pays, prestent à titre bénévole en vue de l’orientation stratégique et de la supervision opérationnelle de la campagne. La régulation et le contrôle des mécanismes de publication régulière des rapports financiers et des audits indépendants sont instaurés pour rassurer chaque donateur. »
Poursuivant son intervention, Ève Bazaiba a rappelé que la solidarité est un devoir civique. En reconnaissance de cet engagement, a-t-elle révélé, le ministère des Affaires sociales, Actions humanitaires et Solidarité nationale procédera à la délivrance de certificats de mérite citoyen afin d’honorer les personnes physiques et morales qui se distingueront par leur générosité envers la Patrie.
« J’en appelle à la participation de tous, que vous soyez opérateurs économiques, fonctionnaires, artisans, membres de la diaspora ou citoyens dits ordinaires. Chaque geste compte, chaque don sauve une vie. Mobilisons-nous ensemble pour que la trilogie sourire, réconfort et espoir ne soit plus un privilège, mais un droit inaliénable pour tous nos compatriotes, et ceci de manière permanente », a indiqué Ève Bazaiba Masudi
Cette initiative du gouvernement de la République démocratique du Congo intervient dans un contexte marqué par l’aggravation des besoins humanitaires. Face à l’impact de la 17ᵉ épidémie d’Ebola en RDC, avec la province de l’Ituri, déjà confrontée aux conflits armés, comme épicentre de la maladie, les besoins humanitaires et les priorités de la réponse ont été révisés afin de renforcer l’assistance aux communautés affectées jusqu’à la fin de l’année.
En 2026, afin de répondre aux besoins vitaux de millions de Congolais, notamment dans l’est du pays, le gouvernement de la République démocratique du Congo et la communauté humanitaire avaient lancé, mercredi 28 janvier 2026 à Kinshasa, un appel de fonds de 1,4 milliard de dollars américains. Alors que près de 15 millions de personnes se trouvaient en situation de détresse, les ressources risquaient de faire défaut en 2026. Cette situation avait contraint les Nations unies et leurs partenaires à concentrer leur assistance sur 7,3 millions de personnes parmi les plus vulnérables.
D’après l’addendum au Plan de réponse humanitaire 2026 rendu public par cet organe des Nations unies, le nombre de personnes dans le besoin a été révisé à 18,5 millions. En raison des contraintes financières, le nouveau plan prévoit de cibler uniquement 10,8 millions de personnes. Concernant le financement requis, celui-ci a également été revu à la hausse et s’élève désormais à 2,13 milliards de dollars américains.
Clément MUAMBA