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Est de la RDC: « Le Conseil de sécurité ne peut exiger des engagements sans veiller à leur application stricte», Kinshasa appelle au respect de la résolution 2773

Une photo d'une réunion du conseil de sécurité des Nations unies

La République démocratique du Congo confrontée aux conflits armés, à l’activisme des groupes armés et aux agressions répétées du Rwanda, appelle le Conseil de sécurité des Nations unies à veiller à l’application stricte des engagements pris par toutes les parties dans le cadre du processus de paix dans l’Est du pays. Sur le terrain, la situation sécuritaire et humanitaire continue de se détériorer, en raison de la poursuite des hostilités entre les forces gouvernementales et la rébellion de l’AFC/M23.

Devant le Conseil de sécurité le 29 septembre dernier, l’ambassadeur et représentant permanent de la RDC auprès de l’ONU, Zénon Mukongo Ngay, a particulièrement insisté sur le retrait des forces rwandaises du territoire congolais et sur la nécessité de disposer d’éléments précis permettant de vérifier la mise en œuvre de cet engagement. Pour Kinshasa, l’évaluation du désengagement des forces rwandaises ne peut être menée de manière abstraite. Elle doit reposer sur des données précises concernant les effectifs concernés, la localisation des forces ainsi que les mesures présentées comme défensives.

« La mise en œuvre du désengagement des forces rwandaises et la levée de leurs mesures prétendument défensives ne peuvent être objectivement évaluées sans précision sur le nombre et la localisation exacte desdites forces et mesures défensives. Cette question nous conduit au cœur de notre préoccupation. Le Conseil de sécurité ne peut exiger des engagements sans veiller à leur application stricte par toutes les parties. La résolution 2773 est pourtant sans équivoque. Le M23 doit cesser les hostilités et se retirer des zones qu’il contrôle, tandis que les forces rwandaises doivent cesser tout soutien au M23 et se retirer sans condition du territoire congolais. Force est de constater que ces obligations demeurent largement inexécutées par Kigali », a dénoncé le diplomate congolais.

M. Mukongo a présenté la période actuelle comme un moment particulièrement important pour la RDC, confrontée simultanément à des enjeux sécuritaires, politiques et diplomatiques.

Le diplomate congolais a toutefois estimé que cette période devait également être placée sous le signe de la responsabilité.

« C’est également un moment de vérité et de responsabilité. La persistance de l’insécurité dans l’Est du pays ne peut laisser ce Conseil indifférent. Face à la mauvaise foi manifeste de ses agresseurs, la République démocratique du Congo continuera avec détermination à défendre son intégrité territoriale et les droits inaliénables de son peuple à vivre dans la paix. Ces exigences sécuritaires sont vitales et non négociables. Aucun obstacle ne pourra nous en détourner ». 

La RDC affirme notamment s’inscrire dans le processus de Doha et soutenir le fonctionnement du Mécanisme conjoint de vérification élargi plus (MCVE+).

« Mon pays s’inscrit pleinement dans le processus de Doha et s’est engagé à favoriser le fonctionnement du Mécanisme conjoint de vérification élargi plus, comme en témoignent les premières missions de vérification effectuées à Minembwe, au Sud-Kivu, et à Masisi, au Nord-Kivu », a ajouté le représentant de la RDC à l’ONU.

Au-delà des considérations militaires et diplomatiques, l’intervention congolaise a accordé une place importante aux conséquences humanitaires du conflit. S’appuyant sur le rapport du Secrétaire général référencé S/2026/749, l’ambassadeur congolais a décrit une situation humanitaire que Kinshasa juge particulièrement préoccupante.

« L’évaluation présentée dans le rapport du Secrétaire général S/2026/749 met en lumière une tragédie humaine que mon gouvernement ne peut plus tolérer. Derrière chaque ligne de ce document se cachent des millions de vies brisées, des mères, des enfants, des familles entières condamnées à l’errance à la suite de l’agression. À cette crise sécuritaire s’ajoute une urgence humanitaire majeure. Plus de 7,4 millions de Congolais sont aujourd’hui déplacés à l’intérieur du pays, tandis que plus de 24 millions d’autres sont confrontés à l’insécurité alimentaire. Cette tragédie humaine est dramatiquement aggravée par la récente flambée de la maladie à virus Ebola ».

L’ambassadeur congolais a également accusé le Rwanda et l’AFC/M23 d’imposer des restrictions à l’accès humanitaire dans les zones sous leur contrôle. Selon Kinshasa, ces restrictions concerneraient notamment l’entrée et la circulation du personnel des agences humanitaires internationales, avec l’imposition de visas et de permis de circulation.

« Au-delà des bombes, le Rwanda et ses supplétifs de l’AFC/M23 imposent des restrictions illégales d’entrée et de circulation au personnel des agences humanitaires internationales, exigeant des visas et des permis de circuler totalement illégitimes pour franchir les lignes de front. Prendre ainsi en otage des millions de civils en détresse constitue un crime de guerre flagrant au regard du droit international humanitaire ».

Adoptée à l’unanimité le 21 février 2025, la résolution 2773 du Conseil de sécurité demande notamment au M23 de cesser immédiatement les hostilités et de se retirer des zones qu’il contrôle. Elle demande également le démantèlement des administrations parallèles établies par le mouvement rebelle. Le texte appelle par ailleurs le Rwanda à cesser son soutien au M23 et à retirer ses forces du territoire de la République démocratique du Congo. Le Conseil de sécurité demande également la facilitation de l’accès humanitaire et la création de conditions permettant le retour sûr et digne des personnes déplacées et des réfugiés.

Plus d’un an après l’adoption de cette résolution, Kinshasa estime que plusieurs de ses dispositions restent à mettre en œuvre, alors que l’AFC/M23 continue, selon les autorités congolaises, à maintenir et à consolider des structures administratives parallèles dans les zones sous son contrôle. À travers son intervention à la 81e Assemblée générale des Nations Unies, la RDC entend ainsi replacer la question de la mise en œuvre effective des décisions internationales au centre du débat sur la paix dans l’Est du pays.

Clément MUAMBA