Taiseux depuis la rencontre entre le chef de l'État, Félix Tshisekedi, et les responsables des confessions religieuses annonçant la tenue prochaine d'un dialogue national, le Mouvement Sauvons la RDC a décidé de briser le silence. Tout en apportant son soutien au principe du dialogue, il pose plusieurs conditions qu'il juge indispensables à la crédibilité de cette démarche, dans un contexte où Kinshasa pose également ses propres conditions à la participation des acteurs censés prendre part à ce rendez-vous.
Si, pour Kinshasa, la crise actuelle est d'abord sécuritaire, du fait de l'agression rwandaise via la rébellion de l'AFC/M23, et que toute participation au dialogue est conditionnée à la reconnaissance de cette agression, selon ce mouvement, né à Nairobi, au Kenya, et proche de l'ancien chef de l'État Joseph Kabila Kabange, la RDC est confrontée à une « crise multidimensionnelle », caractérisée notamment par « la persistance de l'insécurité, l'aggravation des tensions politiques, la fragilisation des institutions, les violations répétées des droits et libertés fondamentaux ainsi que la détérioration continue des conditions de vie » des populations.
Considérant la nécessité de préserver l'unité nationale, la souveraineté de l'État, l'intégrité territoriale et la cohésion du peuple congolais, le Mouvement Sauvons la RDC réaffirme, dans un communiqué rendu public ce samedi 1er août 2026, son attachement à la démocratie, à l'unité nationale, au respect de la Constitution, à l'État de droit, à la paix civile ainsi qu'au dialogue comme mode privilégié de règlement des crises nationales.
« Sauvons la RDC rappelle que, durant la période où il avait la charge de l'État, le président Joseph Kabila Kabange avait, avec succès, fait du dialogue un instrument essentiel de préservation de la paix et de l'unité du pays. Il en veut pour preuves le Dialogue intercongolais, ainsi que plusieurs autres concertations ayant permis de surmonter des crises majeures. Face à la crise politique, institutionnelle, sécuritaire et sociale sans précédent que connaît aujourd'hui le pays, le dialogue constitue donc, en principe, la voie la plus appropriée pour restaurer la cohésion nationale, rétablir la confiance entre les acteurs politiques et jeter, à nouveau, les bases d'une paix durable », rappelle le mouvement dans ce communiqué signé par Moïse Nyarugabo, coordonnateur du Secrétariat technique de Sauvons la RDC.
Sept conditions pour un dialogue réussi
Au regard de cette expérience, Sauvons la RDC souligne cependant que le dialogue ne peut atteindre ces objectifs et mettre fin à la crise que s'il répond à plusieurs exigences.
Premièrement, le mouvement estime que le dialogue doit être préparé, convoqué et conduit par une médiation neutre, indépendante et impartiale, avec l'appui de l'Union africaine et des Nations unies. Deuxièmement, il doit être réellement inclusif, c'est-à-dire réunir toutes les parties prenantes à la crise, sans exclusion ni conditions sélectives, afin de régler l'ensemble des différends qui les opposent et de mettre durablement fin à la guerre. Troisièmement, le dialogue doit se tenir dans un pays tiers afin de garantir la sécurité, la sérénité et la participation effective de toutes les sensibilités politiques.
Poursuivant l'énumération de ses conditions, cette organisation proche de Joseph Kabila estime, en quatrième lieu, que le dialogue doit permettre l'examen, sans tabou, de toutes les causes profondes de la crise, sur la base de termes de référence, d'un calendrier et d'un ordre du jour arrêtés de manière consensuelle par l'ensemble des parties. En cinquième lieu, il doit être assuré du caractère souverain et contraignant de ses résolutions, ainsi que de leur exécution de bonne foi, dans le strict respect de la Constitution, notamment de ses dispositions relatives à la limitation des mandats présidentiels.
« Dans cette optique, tout projet de référendum visant à modifier ou à remplacer la Constitution doit être définitivement abandonné avant l'ouverture du dialogue, afin de dissiper toute suspicion sur l'existence d'un agenda caché », souligne Sauvons la RDC.
En sixième lieu, le mouvement estime que le dialogue doit être précédé de l'adoption de mesures de décrispation politique. Celles-ci comprennent notamment la fin de la diffamation, de l'instrumentalisation de la justice, de la stigmatisation des adversaires politiques, des discours de haine et de la répression ; la levée des condamnations à mort « fantaisistes et injustes » prononcées contre plusieurs leaders politiques ; la libération de tous les prisonniers politiques et d'opinion ; la levée des interdictions frappant les partis et regroupements politiques, notamment Sauvons la RDC et les partis qui en sont membres ; le retour des exilés politiques ainsi que la délivrance ou la restitution de leurs passeports ; la levée de toutes les mesures discriminatoires et des restrictions arbitraires portant atteinte à la liberté de circulation des leaders de l'opposition ; le rétablissement d'un accès équitable et sans discrimination aux médias publics ; ainsi que la dissolution de la milice « Force du progrès ».
En dernier lieu, comme septième condition, le mouvement préconise la mise en place d'un mécanisme crédible impliquant des instances africaines et internationales afin de garantir l'application effective des résolutions du dialogue, d'assurer leur suivi et d'accompagner la mise en œuvre des engagements pris par les différentes parties.
« Un dialogue piloté par Kinshasa sera un échec » prévient le mouvement
Face à cette situation, le Mouvement Sauvons la RDC considère qu'aucun dialogue « commandité, organisé, dirigé ou placé sous l'autorité » du président Félix Tshisekedi ou de son gouvernement ne peut inspirer la confiance nécessaire à des délibérations sereines, encore moins conduire à un règlement durable de la crise.
Pour ce mouvement, que Kinshasa accuse d'être de connivence avec la rébellion de l'AFC/M23 soutenue par le Rwanda, le président Félix Tshisekedi, en tant que principal protagoniste de la crise politique actuelle et premier responsable de sa persistance selon lui, ne peut être à la fois arbitre et garant d'un processus destiné à réconcilier les Congolais.
« Seule une médiation indépendante, impartiale et acceptée par toutes les parties peut permettre d'aboutir à un accord crédible, durable et conforme aux intérêts supérieurs de la Nation », souligne le mouvement.
Cette évolution, marquée par l'engagement ferme de Félix Tshisekedi en faveur de la convocation d'un dialogue national, intervient dans un contexte sociopolitique marqué par la recherche d’un consensus face à la crise sécuritaire persistante dans l’Est de la RDC, où Kinshasa accuse le Rwanda de soutenir la rébellion de l’AFC/M23. Elle survient également dans un climat de fortes divergences autour du débat sur une éventuelle réforme constitutionnelle. L’opposition accuse la majorité au pouvoir de vouloir changer la Constitution afin de permettre au président Félix Tshisekedi de se maintenir au pouvoir au-delà de la limite de deux mandats prévue par la loi fondamentale. De son côté, le pouvoir rejette ces accusations.
Cette nouvelle séquence politique intervient également alors que les initiatives diplomatiques en cours peinent à produire des résultats tangibles. Les accords de Washington, conclus sous l'égide des États-Unis d'Amérique pour tenter de rapprocher Kinshasa et Kigali, ainsi que le processus de Doha, conduit sous la médiation du Qatar entre le gouvernement congolais et la rébellion de l'AFC/M23, n'ont pas encore permis d'améliorer significativement la situation sur le terrain. Malgré les nombreuses réunions et les efforts des médiateurs, les combats et les tensions persistent, tandis que les différentes parties continuent de s'accuser mutuellement de violer les engagements pris dans le cadre de ces processus de paix.
Clément MUAMBA