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Dialogue national : Bob Kabamba redoute un processus « tronqué » et une bascule vers le Katanga

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Un dialogue national amputé de ses principaux contradicteurs offrirait à la rébellion le prétexte d'une offensive vers le Katanga, avec un risque de rupture de l'ordre constitutionnel. C'est le scénario esquissé vendredi par le professeur Bob Kabamba, invité du Space live organisé par Stanis Bujakera Tshiamala.

Interrogé sur l'hypothèse d'un échec des négociations autour du format et des termes du dialogue convoqué par le chef de l'État, le politologue n'a pas hésité. « On va d'abord avoir un dialogue tronqué, avec ce qu'on va appeler des "transfuges", c'est sûr et certain », a-t-il prédit, désignant ces figures de l'opposition que le pouvoir chercherait à rallier pour donner au processus une apparence d'inclusivité. Un artifice qui, selon lui, se retournerait contre Kinshasa : « ça va donner aussi des arguments à la rébellion ».

Il en a livré le raisonnement présumé. « Ça ne m'étonnerait pas que la rébellion décide de dire : "Puisque apparemment nous sommes exclus de tous les systèmes, alors que nous avons signé avec Kinshasa pour que vous puissiez dialoguer et résoudre les problèmes et les causes profondes, et que Kinshasa ne veut pas de nous, dans ce cas-là nous allons attaquer le coffre-fort." »

Ce « coffre-fort », le professeur le nomme sans détour. « On sait bien que le pouvoir, c'est d'une part les moyens financiers et d'autre part les moyens sécuritaires. On sait que Kinshasa n'a pas vraiment les moyens sécuritaires, mais plutôt les moyens financiers. Et si on attaque les moyens financiers, ça veut dire qu'on vise le coffre-fort, c'est-à-dire le Katanga. » La conclusion tombe, brutale : « Si la rébellion occupe le Katanga, je peux vous dire que Kinshasa ne va pas tenir longtemps. On va arriver à un système qui va changer effectivement l'ordre constitutionnel. On va avoir un nouveau pouvoir qui pourrait s'installer à Kinshasa. »

Reste la question des conditions d'un dialogue utile. Là, Bob Kabamba plaide pour la levée d'un tabou : celui du maintien au pouvoir de Félix Tshisekedi, selon lui l'objet réel des blocages actuels. « Il faudrait que Kinshasa s'approprie d'abord le fait que le dialogue ne peut être là que pour essayer de résoudre les problèmes que nous tous nous savons. Et si pour eux c'est une question de préservation du pouvoir, ça fait partie de l'objet des discussions. » Plutôt que d'en faire un interdit, il suggère de le mettre sur la table : « On peut dire clairement : "Oui, il veut rester au pouvoir." D'accord, dans le cadre du dialogue on peut dire "oui il reste au pouvoir", mais on va trouver des mécanismes à mettre en place. » Autrement dit, poursuit-il, « on ne rejette pas nécessairement l'objectif poursuivi par Kinshasa, mais on essaye de l'atténuer, de l'intégrer et de le faire adopter ». Le tout sous un principe qu'il résume d'une formule : « Sauvons le Congo. »

Le politologue a enfin élargi son propos à la riposte contre Ebola, qu'il juge symptomatique d'un désengagement de l'État. « Regardez simplement ce qui est en train de se passer. C'est assez catastrophique et on a l'impression qu'à Kinshasa on ne s'en préoccupe pas. On laisse la riposte à la communauté internationale, alors qu'il s'agit d'une affaire de Congolais qui sont en train de mourir. » Il conteste par ailleurs les chiffres officiels : « On parle de plus de mille morts, et l'OMS et le CDC disent qu'il y a plus du double, voire le triple des gens qui sont déjà morts. Et l'étendue de l'épidémie n'est pas celle qui est en train d'être diffusée. » Un constat qu'il referme sur un appel : « Il faut que le Congo puisse véritablement se remettre à s'en préoccuper. »